Derrière les escroqueries en ligne, des réseaux de traite
vendredi 20 février 2026
Un nouveau rapport publié vendredi par l’Organisation des Nations Unies révèle l’ampleur d’un système transnational de traite des êtres humains alimentant l’industrie florissante des arnaques en ligne.
En Asie du Sud-Est, des centaines de milliers de personnes seraient contraintes de travailler dans des centres d’escroquerie, dans des conditions marquées par des violences extrêmes, des tortures et des abus sexuels.
Selon le document du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), ces pratiques sont orchestrées par des réseaux criminels structurés, principalement implantés dans le bassin du Mékong.
Attirées par de fausses offres d’emploi, les victimes sont kidnappées, séquestrées dans des complexes hautement sécurisés, puis forcées de mener des opérations frauduleuses en ligne, allant de l’usurpation d’identité aux escroqueries sentimentales et financières.
« La litanie des abus est stupéfiante et en même temps déchirante », a déclaré le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, à l’occasion de la publication du rapport.
Au moins 300 000 personnes issues de 66 pays seraient impliquées, souvent sous la contrainte, dans ces réseaux mondialisés. Portée par l’essor des cryptomonnaies et de la finance numérique, cette économie criminelle générerait jusqu’à 64 milliards de dollars par an.
La seule région du Mékong concentrerait plus des deux tiers de ces revenus illicites, avec des ramifications vers l’Asie du Sud, le Pacifique, les États du Golfe, l’Afrique de l’Ouest et les Amériques.
Fondé sur des témoignages recueillis entre 2021 et 2025 dans neuf pays, le rapport documente des cas de traite vers des centres situés notamment au Cambodge, au Laos, au Myanmar, aux Philippines et aux Émirats arabes unis. Des survivants décrivent des complexes clos, assimilables à de véritables villes fortifiées, sous surveillance armée permanente.
Les récits font état de violences systématiques : passages à tabac, privations, tortures dans des conteneurs remplis d’eau, chantages aux rançons via des appels vidéo aux familles, et sanctions sévères en cas d’objectifs financiers non atteints. Certaines tentatives de fuite se seraient soldées par la mort.
Face à l’ampleur du phénomène, le HCDH juge la réponse internationale urgente. Volker Türk appelle à des opérations de sauvetage coordonnées, au respect du principe de non-refoulement et à la mise en place de mécanismes de soutien pour la réadaptation des victimes.
Il exhorte également les États à lutter contre une corruption « profondément enracinée », à poursuivre les réseaux criminels et à garantir l’action sans entrave des ONG et des médias, avertissant qu’à défaut d’une réponse collective renforcée, l’expansion de ces centres d’escroquerie risque de s’accélérer.
(Source : APAnews, 20 février 2026)
OSIRIS