Déploiement de la 5G : pourquoi le Ghana abandonne le modèle de réseau partagé
mardi 21 juillet 2026
En août 2023, les autorités ghanéennes ont annoncé une approche innovante visant à accélérer le déploiement de la 5G. Trois ans plus tard, la technologie reste indisponible pour les consommateurs.
Le régulateur télécoms ghanéen a lancé la semaine dernière un appel à candidatures pour l’attribution de licences de spectre destinées au déploiement de la 5G dans le pays. Cette initiative marque la fin du modèle de réseau de gros partagé confié à un acteur unique, initialement retenu par les autorités ghanéennes pour introduire la technologie.
Publié le 16 juillet par la National Communications Authority (NCA), l’appel à candidatures est ouvert jusqu’au 6 août 2026. Il s’adresse aux opérateurs de réseaux mobiles (MNO), aux opérateurs de réseaux mobiles virtuels (MVNO), aux fournisseurs d’accès sans fil, aux fournisseurs d’accès Internet (FAI), ainsi qu’aux nouveaux entrants détenus à 100 % par des capitaux ghanéens. Les licences seront attribuées pour une durée de 15 ans.
La fin de l’exclusivité accordée à NGIC
Le lancement du processus intervient quelques heures après que la NCA a annoncé la levée de l’exclusivité accordée à Next Gen Infraco Limited (NGIC) pour l’exploitation du réseau 5G de gros, dont la mission était de fournir des capacités aux autres opérateurs du marché.
Le régulateur explique avoir conclu que « l’intérêt public serait mieux servi par un marché 5G de gros concurrentiel favorisant les investissements, l’innovation, la résilience des réseaux, la qualité des services et un accès plus large aux services de communications avancés ».
NGIC perd ainsi l’exclusivité sur l’infrastructure de gros 5G, après avoir déjà perdu celle sur le déploiement de l’infrastructure 5G elle-même. En février 2026, Sam Nartey George, ministre des Communications, des Technologies numériques et de l’Innovation, annonçait que « la décision a été prise de retirer le mandat d’exclusivité accordé au détenteur unique de la licence et de mettre les ressources en fréquences à la disposition du marché par le biais d’un processus national d’appel d’offres concurrentiel, permettant un déploiement de la technologie 5G piloté par les opérateurs de réseaux ».
Les limites du modèle NGIC
À son lancement en mai 2024, issu d’un partenariat entre des acteurs publics et privés, NGIC était au cœur d’une approche de déploiement de la 5G présentée comme innovante par les autorités ghanéennes. Le pays avait alors choisi un réseau neutre partagé plutôt qu’une attribution classique du spectre aux opérateurs.
Cette stratégie visait une disponibilité rapide et nationale de la 5G, y compris dans les zones rurales. Selon les autorités, un modèle traditionnel basé sur des enchères risquait de concentrer les investissements dans la capitale Accra et quelques grandes villes au détriment des zones moins rentables.
Toutefois, la disponibilité commerciale effective de la 5G a connu plusieurs reports. Initialement annoncée pour septembre, puis décembre 2024, elle a ensuite été repoussée à janvier, mai puis juin 2025. Un événement de lancement du réseau a finalement eu lieu en novembre 2024, sans activation commerciale immédiate pour les abonnés.
Face à ces retards, NGIC s’est vu fixer un ultimatum pour fin 2025. L’entreprise devait déployer au moins 50 sites 5G à Accra et Kumasi, contre seulement 16 sites en juillet, selon les autorités. Sam George avait indiqué qu’en cas de non-respect de cet engagement, le ministère procéderait à un examen de la situation et à une éventuelle renégociation des conditions de la licence.
L’objectif fixé n’a pas été atteint. En mars 2026, NGIC a annoncé le lancement commercial de son infrastructure. Toutefois, aucun opérateur télécom n’a encore publiquement annoncé son interconnexion au réseau pour fournir des services 5G à ses abonnés. MTN Ghana et Telecel Ghana ont indiqué, selon la presse locale, attendre l’attribution des fréquences pour déployer leurs propres réseaux.
Les opérateurs face aux grandes ambitions des autorités
Les opérateurs qui obtiendront des fréquences 5G devront respecter des obligations précises de couverture et de déploiement fixées par la NCA. Ces engagements seront intégrés aux licences et leur non-respect pourra entraîner des sanctions financières, une suspension, voire un retrait de la licence.
D’ici au 6 mars 2027, chaque détenteur de licence devra fournir une couverture haut débit mobile extérieure à au moins 70 % de la population totale du Ghana, sur la base des données du recensement national de 2021. Cette couverture devra notamment inclure l’ensemble de la région du Grand Accra, celle du Grand Kumasi, les 16 capitales régionales ainsi que toutes les capitales de district.
Au-delà de cette première échéance, les opérateurs devront progressivement étendre leur couverture à l’ensemble des circonscriptions administratives du pays. Dans un délai de trois ans après l’entrée en vigueur de la licence, ils devront couvrir toutes les capitales de district. La couverture devra ensuite être étendue à toutes les villes des zones métropolitaines dans un délai de cinq ans, aux villes des municipalités dans un délai de dix ans et aux villes des districts au terme des quinze années de validité de la licence.
La NCA impose également des exigences en matière de qualité d’expérience utilisateur. Les réseaux devront garantir un débit descendant minimal de 7 Mbps durant les trois premières années suivant le lancement opérationnel, puis de 25 Mbps entre la troisième et la septième année, avant d’atteindre 50 Mbps à partir de la septième année jusqu’à la fin de la licence. Le régulateur encourage les opérateurs à viser un débit de 100 Mbps.
Si la date de disponibilité commerciale de la 5G pour les consommateurs ghanéens reste encore inconnue, le processus d’attribution du spectre devrait permettre aux opérateurs d’obtenir leurs licences au plus tard le 28 septembre 2026. Ils pourront ensuite engager leurs propres déploiements en fonction de leurs stratégies, de leurs capacités financières et des obligations de couverture imposées par la NCA.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 21 juillet 2026)
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