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DÉCRYPTAGE POLITIQUE ET ANALYSE : Plongée au cœur de la machine numérique du PASTEF

dimanche 16 novembre 2025

Point de vue

Nous sommes samedi soir. Comme succomber à la solitude n’est pas dans mes habitudes, je profite de mon repos bien mérité pour faire ce que je sais le mieux faire : réfléchir et écrire. Ce soir, je vous amène dans le cyberespace sénégalais, contexte que je connais très bien puisqu’il fut le field de ma thèse de doctorat. Et si je vous y entraîne, ce n’est pas pour une simple promenade intellectuelle, mais pour comprendre comment une force politique nouvelle a redéfini les règles de la confrontation au Sénégal, comment un mouvement devenu parti a réussi à redessiner la carte des pouvoirs à partir d’un territoire invisible : le territoire numérique. Le PASTEF n’a pas seulement investi les réseaux sociaux ; il les a transformés en champ de bataille, en espace d’émancipation, en laboratoire de la vérité populaire et en instrument de reprogrammation des imaginaires politiques. Cette transformation implique une analyse qui croise sociologie des réseaux, infopolitique, humanités numériques et épistémologie politique, afin de saisir les dynamiques complexes qui ont propulsé le PASTEF au cœur du landerneau politique sénégalais.

La montée en puissance du « click pastefien » ne se comprend pas comme un simple phénomène viral superficiel. Il s’agit d’une stratégie délibérée, structurée et planifiée, reposant sur la compréhension fine de l’écosystème numérique et des comportements des internautes. Comme l’ont montré Barabási (2002) et Rogers (2013), les réseaux sociaux fonctionnent selon des logiques de graphes distribués où certains nœuds concentrent disproportionnellement l’attention et le flux de l’information. Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye ont constitué de tels nœuds centraux, véritables hubs autour desquels se structurent les flux d’information, relayés ensuite par une constellation de nœuds secondaires : militants, influenceurs, sympathisants, et membres de la diaspora sénégalaise. Ces relais assurent une diffusion massive et rapide, produisant ce que l’on pourrait qualifier de « super-nœud distribué », capable de maintenir le lien avec la base même lorsque les médias classiques sont verrouillés ou neutralisés. Cette architecture a permis au PASTEF de créer un rapport de force asymétrique dans l’espace politique, en contournant les contraintes institutionnelles traditionnelles.

Le « click pastefien » ne se limite pas à la diffusion d’information : il est un acte politique à part entière. Les interactions numériques — likes, partages, commentaires — constituent des micro-actes de participation qui, cumulés, produisent des dynamiques collectives d’une puissance équivalente, parfois supérieure, aux mobilisations physiques. Papacharissi (2015) et Tufekci (2017) insistent sur cette dimension affective et performative des interactions numériques : elles sont chargées d’émotions — indignation, espoir, loyauté — et produisent un engagement actif. Dans le contexte sénégalais, où l’incertitude électorale et la répression ont souvent limité la participation physique, le clic est devenu une expression symbolique du vote, un moyen de présence politique et de légitimation de l’opinion populaire.

La stratégie numérique du PASTEF s’inscrit également dans un glissement épistémologique profond. Là où les partis traditionnels cherchaient à imposer la vérité par les médias classiques ou les institutions, le PASTEF a construit une « vérité en réseau », validée par les interactions des participants eux-mêmes. Cette vérité est produite collectivement : la « street data » — tendances, vues, commentaires, partages — constitue une preuve empirique de l’opinion populaire, et permet d’argumenter sur la force du mouvement. Cette logique s’inspire de l’approche foucaldienne de la vérité et du pouvoir (Foucault, 1975) et illustre la montée d’une connaissance post-institutionnelle (Weinberger, 2012) où la légitimité est distribuée plutôt que centralisée.

L’infopolitique, au cœur de cette machine, est un mode de gouvernement par l’information et la circulation des narratifs. Le PASTEF a construit un système nerveux numérique distribué où chaque militant devient un acteur de production et de propagation de l’information politique. Castells (2012) décrit les mouvements contemporains comme des réseaux de réseaux capables de produire de la puissance sans hiérarchie traditionnelle. Dans le cas sénégalais, cette puissance est amplifiée par la diaspora, qui agit comme multiplicateur transnational et permet de contourner les contraintes locales ( Sarr, 2003). Ce réseau distribué fonctionne comme un dispositif d’alerte, de correction et d’amplification : chaque attaque médiatique, chaque désinformation, chaque campagne hostile est immédiatement détectée et traitée par les relais du réseau.

L’ethos numérique du PASTEF est une autre clé de sa puissance. En incarnant l’image du leader intègre et incorruptible, le parti a construit un contraste moral avec les figures politiques traditionnelles, perçues comme sclérosées ou corrompues. Amossy (2010) rappelle que l’éthos, dans le discours politique, est performatif et moral ; le PASTEF l’a transformé en une dimension numérique, où l’image du leader est codée, amplifiée et partagée sur toutes les plateformes. L’emprisonnement de Sonko, la fidélité affichée de Diomaye, les images de lutte et les messages moraux ont constitué une narration permanente, où chaque interaction renforce le récit de la rupture et de la vertu.

L’impact sur la gouvernance est immédiat et structurel. La puissance du click impose une transparence et une reddition des comptes quasi-instantanées. Les citoyens, formés à l’interaction numérique, attendent des preuves concrètes et immédiates, et la moindre incohérence est rapidement exposée. La temporalité de l’État — lente, administrative, diplomatique — entre en tension avec la temporalité numérique — rapide, affective et réactive. Tufekci (2017) décrit ce phénomène comme une nouvelle forme de pression sur le pouvoir, où la base numérique impose ses exigences à l’appareil d’État.

La maîtrise de cette infopolitique a également transformé la manière dont les futurs partis et coalitions devront fonctionner. La compétition électorale ne pourra plus s’appuyer uniquement sur des rassemblements physiques, des médias classiques ou des machines clientélistes : elle devra intégrer des stratégies de guerre informationnelle, des architectures de réseau distribuées, des narratifs émotionnels et des dynamiques de validation horizontale. Les prochains acteurs politiques devront produire un ethos numérique crédible, des narratifs cohérents et mobilisateurs, et s’adapter à une temporalité accélérée où chaque événement est instantanément commenté, partagé et interprété.

La machine numérique du PASTEF est donc un exemple paradigmatique de la transformation du pouvoir politique à l’ère des humanités numériques. Cardon (2015) souligne que les réseaux numériques ne sont pas de simples vecteurs de communication, mais des espaces où se produisent des relations sociales nouvelles et où se négocie la légitimité politique. Le PASTEF a non seulement compris cette dynamique, mais l’a intégrée dans son organisation et sa stratégie, créant une infrastructure numérique capable de produire de la puissance politique. Cette puissance, distribuée, émotionnelle et algorithmique, modifie profondément les rapports entre la base et les élites, entre l’État et la société, et entre la vérité institutionnelle et la vérité populaire.

Il me semble donc, aprés ce grand tour d’horizon soutenu par un solide état de l’art, que cette domination numérique n’est pas sans conséquence pour l’avenir politique du Sénégal. Elle impose un nouveau standard : aucun acteur politique ne pourra ignorer le rôle des réseaux, la puissance de l’infopolitique, ni la nécessité de construire des narratifs émotionnellement mobilisateurs et cohérents. Les prochains cycles électoraux, surtout les élections municipales à venir, se joueront simultanément dans les urnes et dans le cyberespace, et celui qui maîtrise cette dualité détient un avantage stratégique considérable. Le PASTEF a ainsi inauguré une nouvelle ère politique sénégalaise, où le cyberespace devient un lieu de souveraineté, de légitimité et de transformation du lien social.

Moussa SARR, Ph.D.
Président Directeur Général
Lachine Lab - l’Auberge Numérique
Chercheur principal
Fondateur du Centre de Liaison et Transfert Ndukur

Source Facebook 16 novembre

BIBLIOGRAPHIE : Références principales citées

Ahmed, S. (2004). The Cultural Politics of Emotion. Routledge.

Amossy, R. (2010). L’éthos dans le discours politique. Armand Colin.

Barabási, A.-L. (1999). Emergence of Scaling in Random Networks. Science.

Barabási, A.-L. (2002). Linked : The New Science of Networks. Perseus Publishing.

Berry, D. M. (2012). Understanding Digital Humanities. Palgrave Macmillan.

Boyd, D., & Ellison, N. (2007). Social Network Sites : Definition, History, and Scholarship. Journal of Computer-Mediated Communication.

Castells, M. (1997). The Power of Identity. Blackwell.

Castells, M. (2012). Networks of Outrage and Hope : Social Movements in the Internet Age. Polity Press.

Chadwick, A. (2013). The Hybrid Media System : Politics and Power. Oxford University Press.

Foucault, M. (1975). Surveiller et punir. Gallimard.

Gerbaudo, P. (2012). Tweets and the Streets : Social Media and Contemporary Activism. Pluto Press.

Mbembe, A. (2000). De la postcolonie. Karthala.

Papacharissi, Z. (2015). Affective Publics : Sentiment, Technology, and Politics. Oxford University Press.

Rogers, R. (2013). Digital Methods. MIT Press.

Sarr, M. (2003). Du cyberespace à New York, la communautique et l"intelligence collective, Bibliothèque et Archives Canada et UL.

Thioub, I. (2014). La politique sénégalaise contemporaine. CODESRIA.

Tufekci, Z. (2017). Twitter and Tear Gas : The Power and Fragility of Networked Protest. Yale University Press.

Weinberger, D. (2012). Too Big to Know. Basic Books.

Cardon, D. (2015). La démocratie internet. Seuil.

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