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Déclaration d’Alger : l’Afrique ébauche une régulation commune pour Facebook, X, Tik Tok, Spotify, Netflix …

jeudi 11 décembre 2025

Médias/Réseaux sociaux

Afin de relever les défis de la gouvernance des données et contenus, de la désinformation et autres préoccupations que soulèvent les services numériques en Afrique, un cadre réglementaire cohérent s’impose. Pour éviter une approche fragmentée qui affaiblirait sa position face aux géants étrangers du domaine et fragiliserait ses réclamations légitimes, le continent doit plus que jamais parler d’une seule voix.

En marge de la 4ᵉ Conférence africaine des start-up tenue du 6 au 8 décembre 2025 à Alger en Algérie, les ministres africains en charge des Télécoms, des TIC et de l’Économie numérique ont adopté la « Déclaration d’Alger sur des plateformes numériques équitables, sûres et responsables en Afrique ». Le texte fixe les grands principes d’un futur cadre commun de régulation des plateformes OTT, ces services en ligne qui embarquent contenus et communications sans passer par les réseaux traditionnels.

Élaboré sous l’égide de l’Union africaine des télécommunications (UAT), il doit maintenant être transmis à l’Union africaine pour une adoption politique attendue début 2026, selon les autorités algériennes.

Reprendre la main face aux géants du numérique

Les plateformes dites « OTT » (Over-The-Top) regroupent un large éventail de services : réseaux sociaux, plateformes de streaming, applications de messagerie ou solutions d’IA accessibles en ligne. Alors qu’elles captent une part de plus en plus grande de la valeur créée sur les marchés africains, elles restent pour la plupart régies par les lois de leurs pays d’origine, à l’étranger.

Ainsi, depuis plusieurs années, les opérateurs télécoms du continent dénoncent un déséquilibre : ils investissent massivement dans les réseaux, mais ce sont les géants du numérique – souvent américains, européens ou chinois – qui récoltent l’essentiel des revenus. La Déclaration d’Alger se présente comme une réponse collective à cette situation. Le texte affirme d’abord une ambition politique : forger une position africaine commune pour peser dans la gouvernance numérique mondiale.

« L’Afrique refuse d’être simplement un marché consommateur ou une source de données africaines sans partenariat équitable (…) Le projet de Déclaration d’Alger, adopté aujourd’hui, est un message fort d’unité africaine », a déclaré le ministre algérien des TIC, Sid Ali Zerrouki. Pour le Secrétaire général de l’UAT, John Omo, « Il est temps de discuter des bénéfices que le continent tire de l’activité des plateformes OTT mondiales qui y opèrent, et d’examiner ensemble l’avenir de la circulation des données et leur sécurité ».

Concrètement, plusieurs axes se dégagent. Les pays africains s’engagent à coordonner leurs négociations avec les grands acteurs mondiaux pour accroître leur influence et éviter la dispersion des exigences par pays. La Déclaration prévoit aussi que les plateformes contribuent au financement des infrastructures locales, au développement des talents numériques, et qu’elles réinvestissent une part de leurs revenus sur le continent.

Le texte insiste par ailleurs sur la mise en place de mécanismes robustes de protection des données personnelles, et sur des standards « responsables » pour les usages de l’intelligence artificielle, afin de limiter les risques de discrimination ou de surveillance abusive. Il appelle aussi à mieux encadrer les contenus diffusés – de la lutte contre les discours de haine à la désinformation – tout en promettant de respecter les principes de liberté d’expression.

Une opportunité pour les acteurs locaux ?

La Déclaration d’Alger s’inscrit dans des cadres plus larges développés par l’UA autour des données, de la cybersécurité ou des infrastructures numériques. Le texte se veut complémentaire de ces instruments en mettant l’accent sur la relation avec les grandes plateformes, un champ souvent traité de manière éclatée dans les législations nationales. Au-delà des géants mondiaux, il intéresse également les start-up africaines et les opérateurs régionaux.

Plusieurs responsables ont insisté sur la nécessité d’éviter qu’un futur cadre continental ne se transforme en barrière à l’entrée pour les jeunes pousses locales. Des experts évoquent un scénario où des obligations strictes pour les très grandes plateformes seraient assorties de régimes plus souples pour les acteurs émergents. Les contributions exigées des OTT mondiales pourraient ainsi financer des programmes de soutien aux contenus africains, ou de formation de développeurs.

La prochaine étape se jouera à Addis-Abeba, où la Déclaration doit être portée pour une adoption formelle et, à terme, traduite en instruments juridiques contraignants. Entre-temps, les États sont invités à poursuivre les consultations nationales avec tous les acteurs concernés. La Déclaration d’Alger ne répond pas d’un coup aux questions sur la relation entre l’Afrique et les géants du numérique. Elle trace cependant les contours d’un front commun : les prémices d’une régulation continentale dont les prochains mois diront si elle pourra passer du symbole à l’effectivité.

Muriel Edjo

(Source : Agence Ecofin, 11 décembre 2025)

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