De Lagos à Kigali : les données de santé africaines sortent de leurs silos
lundi 5 octobre 2026
Face à la fragmentation des données de santé, plusieurs pays africains cherchent à mieux faire communiquer leurs systèmes d’information sanitaire. Au Nigeria, le gouvernement développe une architecture nationale destinée à réduire cette fragmentation.
Au Nigeria, les autorités sanitaires cherchent à mettre fin à une fragmentation qui limite encore l’exploitation des données de santé. Le pays développe une architecture numérique nationale destinée à assurer l’interopérabilité des différents systèmes utilisés par les établissements et programmes de santé, avec l’objectif de disposer de données plus complètes pour les soins, la surveillance et la décision publique.
« Dans le cadre de l’initiative nigériane “Digital in Health”, nous avons développé une architecture nationale de santé numérique (NDHA), approuvée par notre Conseil national de la santé et par les collectivités territoriales, afin d’établir le plan directeur national et les règles selon lesquelles notre écosystème de santé numérique doit évoluer », a indiqué Iziaq Salako, ministre d’État chargé de la Santé et des Affaires sociales.
Briser le cloisonnement des données de santé
L’initiative s’inscrit dans la Nigeria Digital in Health Initiative (NDHI). Le dispositif repose notamment sur un Health Information Exchange, un dossier de santé partagé et des registres nationaux des patients, des établissements et des professionnels de santé. Le principe affiché est celui d’un dossier de santé associé à chaque patient et accessible à travers différents niveaux du système. La National Digital Health Architecture (NDHA), approuvée par le National Council on Health, doit définir les standards et les règles communes nécessaires à cette interopérabilité.
L’enjeu dépasse toutefois la seule modernisation informatique des établissements. Pendant plusieurs années, les investissements numériques ont conduit au développement au Nigeria de solutions destinées à des programmes ou à des institutions spécifiques, sans nécessairement permettre l’échange de données avec d’autres systèmes. Le ministère de la Santé reconnaît que certains établissements utilisent déjà des dossiers médicaux électroniques, mais que ces solutions ne sont pas toujours standardisées ni interconnectées. Une partie du système repose encore sur des procédures papier.
L’interconnexion de ces systèmes doit permettre de réunir des informations aujourd’hui dispersées entre les établissements, les programmes de santé et les différents niveaux administratifs. Pour les patients, l’enjeu est notamment de permettre aux professionnels autorisés d’accéder à une information de santé plus complète au cours de leur prise en charge. Pour les autorités, des données mieux connectées peuvent aussi faciliter la surveillance des maladies, le suivi des performances des établissements et l’allocation des ressources.
Sénégal, Côte d’Ivoire, Rwanda : des initiatives similaires
En Côte d’Ivoire et au Sénégal, les autorités développent également des mécanismes destinés à faire communiquer les différents systèmes d’information sanitaire. En Côte d’Ivoire, une plateforme nationale d’interopérabilité est progressivement mise en place pour permettre l’échange sécurisé et standardisé des données entre les systèmes d’information de santé. Le pays dispose également d’une Plateforme nationale des données de santé qui centralise des indicateurs issus du système national d’information sanitaire et permet l’accès aux données via des interfaces de programmation (API).
Au Sénégal, le déploiement du Dossier patient informatisé est en cours, avec une première phase couvrant 51 structures sanitaires, tandis que le gouvernement prévoit un dossier patient unique et partagé et identifie l’interopérabilité comme l’un des défis de la transformation numérique du secteur. Le but est d’assurer la portabilité, la disponibilité et la sécurité des données de santé.
De son côté, le Rwanda cherche déjà à exploiter les données issues de plusieurs systèmes pour orienter les décisions de santé. Son Health Intelligence Center, lancé en 2025, centralise et analyse des données provenant de plusieurs systèmes nationaux, couvrant notamment les soins primaires, la surveillance épidémiologique, les ressources humaines, le financement, les chaînes d’approvisionnement et l’état civil. L’objectif n’est plus seulement de faire circuler les données, mais de les transformer en informations utilisables pour la décision.
L’appel de l’OMS pour une gouvernance unifiée des données sanitaires
Cette évolution répond à un problème que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) identifie à l’échelle régionale. Selon l’OMS Afrique, la fragmentation des données entre plusieurs systèmes, le manque d’interopérabilité et les faiblesses de la gouvernance des données constituent des causes majeures de sous-utilisation des données sanitaires. En 2024, la maturité moyenne des systèmes d’information sanitaire des 37 pays évalués dans la région n’atteignait que 58 %. Ce niveau était classé dans la catégorie « précoce ».
L’organisation a d’ailleurs lancé en août 2026 son Regional Health Data Hub pour rapprocher les données provenant de différents programmes et systèmes sanitaires. La plateforme comptait alors 53 jeux de données et 7 965 indicateurs, avec pour objectif de transformer des informations dispersées en données exploitables pour les décisions de santé publique.
Pour les systèmes de santé africains, l’enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage de données. Il consiste à faire en sorte que ces informations puissent être échangées, comprises et utilisées au bon moment. L’OMS Afrique identifie ainsi le renforcement des capacités des systèmes d’information sanitaire, de la gouvernance des données et de leur utilisation pour la décision comme des conditions essentielles d’une meilleure exploitation de l’information sanitaire.
Adoni Conrad Quenum
(Source : Agence Ecofin, 5 octobre 2026)
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