Cybersécurité : le Niger sollicite l’expérience du Burkina Faso pour son SOC national
mardi 3 novembre 2026
Les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) cherchent à renforcer leur coopération dans le domaine du numérique afin de mutualiser leurs compétences et de soutenir leurs ambitions de transformation numérique et de souveraineté technologique. Cette dynamique concerne aussi la cybersécurité.
Le Niger sollicite l’expertise du Burkina Faso pour préparer la mise en place de son Centre opérationnel de sécurité (SOC) national. Cette structure doit renforcer la surveillance des systèmes d’information, la détection des cybermenaces et la protection des infrastructures critiques.
Du lundi 2 au vendredi 6 novembre, une délégation nigérienne conduite par Mohamed Ghadfi, secrétaire général adjoint du ministère de la Communication et des Nouvelles technologies de l’information, effectue une mission d’étude auprès de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information du Burkina Faso (ANSSI-BF). Au cours de la visite, la délégation doit prendre connaissance du cadre juridique et institutionnel de l’ANSSI-BF, de ses missions et de ses méthodes de travail. Le programme prévoit également une visite du SOC burkinabè, des échanges sur son fonctionnement et ses référentiels techniques, ainsi que le partage d’expériences en vue d’adapter certaines pratiques au contexte nigérien.
Le SOC burkinabè, un dispositif déjà en service
Au Burkina Faso, le SOC est piloté par l’ANSSI-BF. Sa mise en place s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de cybersécurité. Selon un rapport d’achèvement du projet e-Burkina publié par la Banque mondiale en juin 2023, le processus de passation des marchés pour son installation s’est déroulé entre 2019 et 2021. Lors de la publication du document, le centre travaillait avec cinq entités : le ministère de l’Économie, des Finances et du Développement, la Société nationale burkinabè d’électricité (SONABEL), l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), l’ANSSI et l’Agence nationale de promotion des TIC (ANPTIC).
Sur le plan opérationnel, le SOC centralise la surveillance des systèmes informatiques des organismes connectés, détecte les activités inhabituelles et signale les incidents de sécurité. Il complète le travail du CSIRT, l’équipe nationale chargée de l’analyse et de la gestion des incidents. En avril 2025, le gouvernement burkinabè a annoncé la mise en service effective des plateaux techniques des deux structures.
Selon son directeur général, Boukaré Sébastien Yougbaré, l’ANSSI-BF reçoit plus de 900 alertes par jour et a traité 79 alertes majeures au premier semestre 2025. En 2024, l’agence a diffusé 19 alertes de sécurité aux organismes interconnectés au SOC, contre 50 en 2023. Elle a aussi audité 64 plateformes et détecté 35 types de vulnérabilités. Le taux de résolution des incidents signalés s’est établi à 67 %. Ces données concernent l’ensemble de l’ANSSI-BF et non le seul SOC.
Le Niger renforce progressivement son dispositif institutionnel
Le Niger s’est doté d’une Stratégie nationale de cybersécurité adoptée en décembre 2022, pour la période 2023-2027. Elle prévoit notamment la sécurisation des infrastructures critiques, le renforcement des capacités des structures opérationnelles et la mise en place de dispositifs de prévention et de détection des cyberattaques. La création d’un Centre national de cybersécurité figure parmi les mesures retenues.
Cette orientation a franchi une étape institutionnelle en octobre 2025, avec l’adoption par le gouvernement des décrets portant création du Centre national de cybersécurité (CNAC) et approbation de ses statuts. Érigé en établissement public à caractère administratif, le centre a pour mission de coordonner la mise en œuvre de la stratégie nationale de sécurisation et de défense des systèmes d’information et des infrastructures sensibles et critiques.
Cela intervient dans un contexte d’accélération de la transformation numérique et de multiplication des risques liés à la sécurité informatique. Pour rappel, le Niger se classe dans la quatrième catégorie (T4) sur 5 du « Global Cybersecurity Index 2024 » de l’UIT. Le pays affiche des performances relativement bonnes en matière de cadre réglementaire. Toutefois, des efforts restent nécessaires concernant les mesures techniques et organisationnelles, le développement des capacités et la coopération.
Isaac K. Kassouwi
(Source : WeAreTechAfrica, 3 novembre 2026)
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