OSIRIS

Observatoire sur les systèmes d’information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal

Show navigation Hide navigation
  • OSIRIS
    • Objectifs
    • Partenaires
  • Ressources
    • Société de l’Information
    • Politique nationale
    • Législation et réglementation
    • Etudes et recherches
    • Points de vue
  • Articles de presse
  • Chiffres clés
    • Le Sénégal numérique
    • Principaux tarifs
    • Principaux indicateurs
  • Opportunités
    • Projets

Accueil > Ressources > Points de vue > 2026 > Cybersécurité et gouvernance numérique au Sénégal : l’alerte de trop

Cybersécurité et gouvernance numérique au Sénégal : l’alerte de trop

jeudi 12 février 2026

Point de vue

L’attaque récente contre la Direction de l’automatisation des fichiers (Daf) n’est pas un simple incident technique. Elle révèle, une fois de plus, les failles structurelles de la gouvernance numérique au Séné­gal, et pose une question centrale : mon pays a-t-il fait les bons choix institutionnels et humains pour piloter un domaine aussi stratégique que le numérique ?

Une cyberattaque qui met à nu le système

A l’heure où l’Etat sénégalais affiche des ambitions fortes en matière de transformation digitale, la cyberattaque visant la Daf agit comme un électrochoc pour nous les Sénégalais de l’extérieur expérimentés dans le domaine. Elle rappelle une vérité souvent ignorée : le numérique n’est pas qu’une question de plateformes, de logiciels ou de connectivité, mais avant tout de gouvernance, de compétences et de sécurité.

Ce type d’incident n’est jamais le fruit du hasard. Il est presque toujours la conséquence de failles accumulées : systèmes d’information mal protégés, absence d’audits sérieux, sous-investissement dans la cybersécurité et, surtout, mauvais positionnement des compétences aux postes de décision.

De l’Adie à Sénégal Numérique : une erreur de fond et de forme

Le remplacement de l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) par Sénégal Numérique S.a. devait marquer une nouvelle ère de modernisation. Dans les faits, ce changement soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations.

Sur la forme, la transformation d’une agence stratégique en société nationale à capitaux publics a brouillé les responsabilités entre logique de service public, impératifs commerciaux et missions de souveraineté numérique.

Sur le fond, la question essentielle demeure : Sénégal Numérique joue-t-elle réellement son rôle de direction managériale de l’informatique de l’Etat ?

Quel rôle dans la crise actuelle ?

Face à une attaque d’une telle ampleur, une question s’impose : où est Sénégal Numérique ? Quelle a été sa réaction ? Quel accompagnement a-t-elle apporté ? Quelle expertise a été mobilisée pour protéger, auditer ou renforcer les systèmes d’information touchés ?

Le silence institutionnel, ou la faiblesse de la communication publique dans ce type de crise, pose problème. Une direction nationale de l’informatique de l’Etat ne peut se limiter à des annonces de projets ou de partenariats. Elle doit être au cœur de la gestion des incidents, de la prévention des risques et de la coordination nationale en matière de cybersécurité. Alors, si la réponse est : une crise de cette envergure doit être gérée de manière sectorielle, c’est méconnaître les fondamentaux relevant des systèmes d’information.

Organisation, schéma directeur, objectifs et résultats : un flou persistant

Sénégal Numérique affiche des objectifs ambitieux : modernisation de l’Adminis­tration, rationalisation des dépenses It, dématérialisation des services publics. Mais quel est son schéma directeur réel ? Quels sont les objectifs et résultats concrets depuis son installation ?

La question n’est pas de nier les initiatives engagées, mais d’en évaluer l’impact réel sur la sécurité et la résilience des systèmes d’information de l’Etat. Or, aujourd’hui, force est de constater que les failles persistent, parfois au cœur même des structures les plus sensibles -pour ne pas dire de la majorité d’entre elles.

Il serait souhaitable que les journalistes invitent sur les plateaux de télévision les responsables en charge des systèmes d’information de l’Etat, afin qu’ils expliquent le pourquoi du comment et, surtout, présentent clairement les solutions mises en œuvre pour sécuriser au mieux le Si concerné. A un moment donné, lorsqu’on parle d’It, il faut parler de technicité et sortir du discours purement théorique.

Compétences et leadership : le nœud du problème

Le numérique est un domaine vaste, complexe et en évolution permanente. Il exige des dirigeants disposant d’une expérience technique solide, d’une culture approfondie de la cybersécurité et d’une vision stratégique de long terme du domaine It en général.

Au Sénégal, comme dans de nombreux pays, les postes clés de l’It public sont encore trop souvent attribués selon des critères politiques ou administratifs, plutôt que sur la base de la compétence et de l’expertise. Cette politisation affaiblit durablement les systèmes d’information et expose l’Etat à des risques majeurs.

Un mauvais rattachement institutionnel ?

Le système d’information est transverse à tous les secteurs : finances, défense, santé, éducation, justice, etc. Le placer sous la responsabilité d’un ministère à forte coloration sociopolitico-technique pose un problème structurel.

N’aurait-il pas été plus cohérent et plus efficace de rattacher la direction de l’informatique de l’Etat directement à la présidence de la République, afin qu’elle puisse accompagner l’ensemble des politiques publiques, imposer des normes strictes de sécurité et agir avec une véritable autorité transversale ?
Dans de nombreux pays, la gouvernance numérique et la cybersécurité relèvent du plus haut niveau de l’Etat, précisément parce qu’il s’agit d’enjeux de souveraineté nationale.

Repenser d’urgence la gouvernance numérique

La cyberattaque contre la Daf doit être un tournant, car on a vu d’autres attaques ces années passées. Au-delà du constat, il est impératif de formuler des propositions concrètes, techniques et organisationnelles, capables de renforcer durablement la sécurité et la crédibilité du numérique sénégalais.

1. Propositions organisationnelles et institutionnelles

• Rattacher la gouvernance du numérique et des systèmes d’information au plus haut niveau de l’Etat, idéalement à la Présidence de la République ;
• Clarifier le rôle de Sénégal Numérique comme direction stratégique de l’informatique de l’Etat, avec des obligations de résultats mesurables, et revoir son statut ;
• Dépolitiser les postes It stratégiques (Dsi, Rssi, architectes Si) par des recrutements fondés sur des critères stricts de compétence, de certification et d’expérience ;
• Mettre en place un Conseil national du numérique et de la cybersécurité, indépendant, composé d’experts reconnus des secteurs public et privé.

2. Propositions techniques et opérationnelles

• Elaborer et publier un Schéma directeur des systèmes d’information de l’Etat (Sdsi) ;
• Rendre obligatoires les audits de sécurité indépendants pour les administrations sensibles ;
• Déployer une architecture de cybersécurité unifiée (Soc national, gestion des identités, segmentation des réseaux) ;
• Mettre en œuvre des plans de continuité et de reprise d’activité (Pca/Pra) ;
• Aligner les systèmes sur des standards internationaux (Iso 27001, Nist, Itil, Cobit).

3. Capital humain et compétences

• Investir massivement dans la formation continue des agents It de l’Etat ;
• Valoriser les talents nationaux et réduire la dépendance excessive aux prestataires externes ;
• Mettre en place un cadre de carrière attractif pour recruter et retenir les experts du numérique.

4. Culture du risque et responsabilité

• Instaurer une véritable culture du risque numérique au plus haut niveau décisionnel ;
• Responsabiliser juridiquement et administrativement les dirigeants en cas de négligence grave ;
• Améliorer la communication de crise, avec transparence et pédagogie.

5. Partenariats et souveraineté numérique

• Développer des partenariats stratégiques avec les universités et entreprises locales, et créer des centres de recherche si nécessaire ;
• Renforcer la souveraineté des données, notamment par l’hébergement maîtrisé des données sensibles ;
• Positionner la cybersécurité comme un pilier de la sécurité nationale.

Conclusion

Le numérique est une opportunité majeure pour le Sénégal. Mal gouverné, il devient une menace silencieuse. Changer de structures sans changer de pratiques, de compétences et de vision stratégique, est une illusion dangereuse. L’attaque contre la Daf n’est pas un simple incident : c’est un avertissement clair. Le Sénégal doit désormais choisir entre un numérique de façade et une gouvernance de l’It et du numérique solide, sécurisée et souveraine.

Delphonse MARTIN
Manager Consultant IT
Expert SAP (SD MM)

(Source : Le Quotidien, 1é février 2026)

Fil d'actu

  • Charte de membre Africollector Burkina NTIC (25 février 2026)
  • TIC ET AGRICULTURE AU BURKINA FASO Étude sur les pratiques et les usages Burkina NTIC (9 avril 2025)
  • Sortie de promotion DPP 2025 en Afrique de l’Ouest Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Nos étudiant-es DPP cuvée 2024 tous-tes diplomés-es de la Graduate Intitute de Genève Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Retour sur images Yam Pukri en 2023 Burkina NTIC (7 mai 2024)

Liens intéressants

  • NIC Sénégal
  • ISOC Sénégal
  • Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP)
  • Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT)
  • Commission de protection des données personnelles (CDP)
  • Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA)
  • Sénégal numérique (SENUM SA)

Navigation par mots clés

  • 4630/5333 Régulation des télécoms
  • 415/5333 Télécentres/Cybercentres
  • 3697/5333 Economie numérique
  • 1806/5333 Politique nationale
  • 5282/5333 Fintech
  • 560/5333 Noms de domaine
  • 2523/5333 Produits et services
  • 1611/5333 Faits divers/Contentieux
  • 787/5333 Nouveau site web
  • 5333/5333 Infrastructures
  • 1926/5333 TIC pour l’éducation
  • 196/5333 Recherche
  • 261/5333 Projet
  • 3577/5333 Cybersécurité/Cybercriminalité
  • 1970/5333 Sonatel/Orange
  • 1699/5333 Licences de télécommunications
  • 290/5333 Sudatel/Expresso
  • 1522/5333 Régulation des médias
  • 1340/5333 Applications
  • 1215/5333 Mouvements sociaux
  • 1765/5333 Données personnelles
  • 136/5333 Big Data/Données ouvertes
  • 642/5333 Mouvement consumériste
  • 391/5333 Médias
  • 672/5333 Appels internationaux entrants
  • 1801/5333 Formation
  • 100/5333 Logiciel libre
  • 2194/5333 Politiques africaines
  • 1078/5333 Fiscalité
  • 177/5333 Art et culture
  • 592/5333 Genre
  • 1869/5333 Point de vue
  • 1067/5333 Commerce électronique
  • 1532/5333 Manifestation
  • 339/5333 Presse en ligne
  • 133/5333 Piratage
  • 218/5333 Téléservices
  • 955/5333 Biométrie/Identité numérique
  • 313/5333 Environnement/Santé
  • 404/5333 Législation/Réglementation
  • 367/5333 Gouvernance
  • 1911/5333 Portrait/Entretien
  • 155/5333 Radio
  • 829/5333 TIC pour la santé
  • 289/5333 Propriété intellectuelle
  • 61/5333 Langues/Localisation
  • 1419/5333 Médias/Réseaux sociaux
  • 2181/5333 Téléphonie
  • 210/5333 Désengagement de l’Etat
  • 1173/5333 Internet
  • 122/5333 Collectivités locales
  • 503/5333 Dédouanement électronique
  • 1154/5333 Usages et comportements
  • 1089/5333 Télévision/Radio numérique terrestre
  • 577/5333 Audiovisuel
  • 3517/5333 Transformation digitale
  • 420/5333 Affaire Global Voice
  • 172/5333 Géomatique/Géolocalisation
  • 355/5333 Service universel
  • 686/5333 Sentel/Tigo
  • 180/5333 Vie politique
  • 1621/5333 Distinction/Nomination
  • 37/5333 Handicapés
  • 760/5333 Enseignement à distance
  • 813/5333 Contenus numériques
  • 612/5333 Gestion de l’ARTP
  • 191/5333 Radios communautaires
  • 1860/5333 Qualité de service
  • 456/5333 Privatisation/Libéralisation
  • 137/5333 SMSI
  • 551/5333 Fracture numérique/Solidarité numérique
  • 2855/5333 Innovation/Entreprenariat
  • 1417/5333 Liberté d’expression/Censure de l’Internet
  • 49/5333 Internet des objets
  • 174/5333 Free Sénégal
  • 833/5333 Intelligence artificielle
  • 209/5333 Editorial
  • 2/5333 Gaming/Jeux vidéos
  • 35/5333 Yas

2026 OSIRIS
Plan du site - Archives (Batik)

Suivez-vous