Cybersécurité et données personnelles : le Mozambique se rapproche des États-Unis
mardi 17 février 2026
L’UIT considère la cybersécurité comme un pilier stratégique pour les pays qui veulent profiter pleinement des avantages de la transformation numérique. Dans ce contexte, plusieurs États africains misent sur la coopération régionale et internationale pour renforcer leurs dispositifs.
Le gouvernement mozambicain explore ainsi un partenariat avec les États-Unis d’Amérique dans les domaines de la cybersécurité et de la protection des données personnelles. Les perspectives de collaboration ont été discutées le vendredi 13 février, lors de la visite d’une délégation de l’ambassade des États-Unis à l’Institut national des technologies de l’information et de la communication (INTIC).
Le partenariat et l’appui technique envisagés porteraient notamment sur le renforcement des capacités institutionnelles du secteur. Lourino Chemane, président du conseil d’administration de l’INTIC, a souligné la nécessité d’un soutien technique pour consolider le CSIRT (équipe nationale de réponse aux incidents de cybersécurité), afin d’assurer une réponse plus rapide et efficace aux incidents, dans un contexte de numérisation croissante des services et de l’économie.
La délégation américaine a également manifesté son intérêt pour approfondir sa connaissance d’un décret adopté en 2025, qui régit l’enregistrement et l’octroi de licences aux prestataires intermédiaires de services électroniques et aux opérateurs de plateformes numériques au Mozambique.
Intensification de la coopération internationale
Ce rapprochement intervient dans un contexte d’accélération de la transformation numérique. Les autorités mozambicaines misent sur les TIC pour soutenir le développement socio-économique. La réunion avec la délégation américaine s’est tenue au lendemain de la première Conférence nationale sur la transformation numérique, organisée du 11 au 12 février, marquée par le lancement des travaux d’élaboration de la stratégie nationale de transformation numérique.
En novembre 2025, Maputo avait déjà signé un protocole d’accord avec le Togo dans le domaine de la cybersécurité, à l’occasion de la 1ʳᵉ Conférence de la Semaine internationale de la cybersécurité du Mozambique. L’accord couvre notamment la consolidation des capacités techniques et opérationnelles des CSIRT des deux pays, le partage d’informations sur les menaces et vulnérabilités émergentes, ainsi que l’échange de bonnes pratiques.
Le Mozambique figure également parmi les 21 pays africains (sur 72 au total) ayant signé la Convention des Nations unies contre la cybercriminalité, fin octobre 2025 à Hanoï. Ce cadre vise à renforcer la coopération internationale, l’assistance technique et le développement des capacités, notamment dans les pays en développement.
Le pays avait déjà ratifié en 2019 la Convention de l’Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données personnelles (Convention de Malabo). En février 2024, il a également été invité à accéder à la Convention de Budapest sur la cybercriminalité. Ces différents instruments offrent au Mozambique des plateformes de coopération dans un contexte d’intensification des menaces numériques.
Les États-Unis : un partenaire stratégique ?
Dans ce contexte, les États-Unis apparaissent comme un partenaire stratégique potentiel. Selon l’Indice mondial de cybersécurité 2024 de l’Union internationale des télécommunications (UIT), le pays figure parmi les modèles mondiaux, avec un score global de 99,86 sur 100. Il abrite en outre plusieurs entreprises de premier plan dans le domaine, à l’image de Cybastion. Cette dernière est déjà présente dans plusieurs pays africains, dont la Guinée, le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Liberia et le Bénin.
Le Mozambique, pour sa part, se classe au troisième palier sur cinq de l’indice 2024, avec un score de 66,05 sur 100. Des marges de progression subsistent, notamment dans les domaines des mesures légales, techniques et du développement des capacités, même si les résultats sont jugés relativement satisfaisants en matière organisationnelle et de coopération.
À ce stade, le partenariat envisagé entre Maputo et Washington reste toutefois à l’étape des discussions. Aucun accord formel n’a encore été annoncé publiquement. Les prochaines étapes permettront d’évaluer la portée concrète de ce rapprochement dans un environnement numérique de plus en plus exposé aux risques. Selon Interpol, les incidents de cybersécurité en Afrique ont entraîné des pertes financières supérieures à 3 milliards de dollars entre 2019 et 2024.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 17 février 2026)
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