Cyberattaques : « le Sénégal n’a jamais payé de rançon » affirme le colonel Aly Mime
dimanche 13 septembre 2026
Le Sénégal n’a jamais payé de rançon à la suite d’une cyberattaque. L’affirmation est claire et sans ambiguïté. Elle émane du colonel Aly MIME, alors que le pays a été confronté ces dernières années à plusieurs attaques visant notamment des systèmes de l’administration publique.
Interrogé sur la possibilité que les victimes soient contraintes de payer pour récupérer leurs données ou rétablir leurs systèmes, le responsable de la cybersécurité nationale a tenu à lever toute équivoque :
« Non, pour le paiement, il faut que là, qu’on soit clair. Pour le Sénégal, on n’a jamais payé une rançon. »
Cette position intervient dans un contexte où le ransomware s’est imposé comme l’un des principaux modèles économiques de la cybercriminalité. Les attaquants prennent en otage des systèmes ou des données avant d’exiger une contrepartie financière, généralement en cryptomonnaies.
Des attaques qui ne signifient pas nécessairement une victoire des cybercriminels
Le colonel Aly MIME cite notamment les attaques ayant touché la DAF, le Trésor ou encore la DGID. Pour lui, ces incidents doivent être replacés dans une réalité plus complexe : les cyberattaquants peuvent aussi exagérer leurs résultats et communiquer sur des données qu’ils prétendent avoir récupérées.
« Il y a beaucoup de bluffs », explique-t-il, estimant que les déclarations des groupes cybercriminels sur l’ampleur des informations obtenues doivent être analysées avec prudence.
L’essentiel, selon lui, réside désormais dans la capacité de l’État à encaisser une attaque, limiter ses conséquences et rétablir rapidement ses services. Une approche qui repose sur la résilience des systèmes plutôt que sur la promesse d’une protection absolue.
« Personne ne peut vous dire que, oui, je peux arrêter les cyberattaques », souligne-t-il. La stratégie consiste donc à renforcer continuellement les dispositifs de protection et surtout à réduire le temps nécessaire pour revenir à un fonctionnement normal lorsqu’un incident survient.
Une menace devenue une véritable industrie
Cette capacité de résistance prend d’autant plus d’importance que le profil des cyberattaquants a profondément changé. L’image du hacker solitaire opérant depuis sa chambre ne correspond plus, selon le responsable sénégalais, à la réalité dominante de la menace.
Le cybercrime repose aujourd’hui sur des groupes organisés, avec des spécialistes, des sous-traitants et des modèles économiques structurés. À ces réseaux s’ajoutent des groupes d’escrocs ciblant les particuliers, des acteurs travaillant pour certains États, susceptibles de conduire des opérations de sabotage ou d’espionnage, mais également des organisations terroristes et des activistes. Tous exploitent une même faiblesse : la difficulté à garantir une identification immédiate de l’auteur d’une attaque.
Le défi de l’anonymat et de l’attribution
Darkweb, VPN et autres dispositifs techniques permettent aux cybercriminels de masquer leur véritable localisation. Une attaque semblant provenir d’un pays ne permet donc pas automatiquement d’établir que son auteur s’y trouve.
« C’est pourquoi c’est difficile l’attribution d’une attaque ou d’une cyberattaque », relève le colonel Aly MIME. Les enquêtes peuvent durer et nécessitent de croiser plusieurs sources d’information. Les grandes plateformes internationales spécialisées dans la lutte contre la cybercriminalité, notamment le FBI et Interpol, parviennent régulièrement à démanteler des réseaux, mais l’identification des véritables commanditaires reste parfois complexe.
Pour le Sénégal, cette réalité impose une vigilance permanente. La multiplication des usages numériques, le développement du commerce électronique et de la finance digitale font de la confiance numérique un enjeu économique autant que sécuritaire.
Dans ce contexte, le refus affiché de payer des rançons apparaît comme un élément d’une doctrine plus large : ne pas céder au chantage, renforcer les systèmes et développer la capacité de résilience de l’État face à une menace que nul pays ne peut prétendre éliminer totalement.
(Source : RTS, 13 septembre 2026)
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