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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Mai 2026 > Cryptoactif, la monnaie numérique qui menace

Cryptoactif, la monnaie numérique qui menace

mercredi 13 mai 2026

Fintech

La technologie a apporté des mutations jusque dans des segments jadis très conservateurs. C’est le cas de la monnaie. De la monnaie classique, on est passée à la monnaie électronique. Aujourd’hui, on parle de cryptoactifs. En quoi consiste-t-il ? Il s’agit de monnaies numériques utilisées sur Internet. Contrairement à l’argent classique, comme le franc CFA ou l’euro, elles n’existent pas sous forme de billets ou de pièces. Elles sont stockées dans des portefeuilles numériques appelés « wallets » et peuvent être envoyées rapidement entre utilisateurs grâce à Internet. Le cryptoactif le plus connu est Bitcoin. Ces cryptoactifs fonctionnent avec une technologie appelée blockchain. Elle permet d’enregistrer et de sécuriser toutes les transactions réalisées entre les utilisateurs. Les cryptoactifs peuvent être utilisés pour acheter des produits, envoyer de l’argent ou faire des investissements. Certaines personnes achètent des cryptoactifs dans l’espoir de les revendre plus cher plus tard. Si le prix augmente, elles gagnent de l’argent. Mais si le prix baisse, elles peuvent aussi perdre de l’argent.En Afrique, les cryptoactifs se développent rapidement. De plus en plus de jeunes utilisent ces monnaies numériques pour effectuer des paiements, recevoir de l’argent ou investir. Leur succès s’explique notamment par l’utilisation du téléphone mobile et le développement des services numériques. Pour beaucoup d’acteurs, les cryptoactifs peuvent favoriser l’innovation, accélérer les paiements et réduire le coût des transferts, en particulier pour les diasporas. D’après un rapport publié récemment, près de 154 milliards de dollars ont été reçus en 2025 par des adresses illicites dans le monde, dont 84 % en stablecoins. À cela s’ajoutent les menaces liées à la forte volatilité des actifs virtuels qui expose les investisseurs à des pertes importantes. Il faut également ajouter les risques de blanchiment de capitaux, de financement d’activités illicites, de fraude, de cybercriminalité et de faible protection des consommateurs.

Autant de menaces qui n’échappent pas à l’attention de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Mais l’enjeu est important et plus ou moins complexe. Il s’agit d’un côté d’encourager l’inclusion financière, ce qu’offre avec efficacité la technologie. Mais l’inquiétude demeure quand l’intégrité du système financier est menacée. En effet, selon plusieurs chercheurs, une expansion non encadrée des actifs numériques pourrait, à terme, affaiblir l’efficacité de la politique monétaire et compliquer davantage la supervision du secteur financier régional. Confrontée à cette équation, l’Union européenne a instauré le règlement Mica (Markets in Crypto-Assets). Entré en vigueur en juin 2023 et applicable fin 2024, il a instauré un cadre harmonisé pour les actifs virtuels dans l’espace, en imposant des règles strictes aux émetteurs et prestataires de services pour protéger les consommateurs et assurer la stabilité financière. Aujourd’hui, le défi pour la Bceao c’est de trouver une législation qui, sans freiner l’innovation, encadre un segment nouveau qui n’a pas fini avec ses mutations, mais qui, sans encadrement, peut avoir des impacts réels sur le système financier régional.

Oumar Fédior

(Source : Le Soleil, 13 mai 2026)

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