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Accueil > Ressources > Points de vue > 2026 > Contribution : Starlink au Sénégal, ouvrir le ciel numérique sans maîtriser (…)

Contribution : Starlink au Sénégal, ouvrir le ciel numérique sans maîtriser le sol ?

samedi 7 février 2026

Point de vue

L’arrivée annoncée de 𝐒𝐭𝐚𝐫𝐥𝐢𝐧𝐤 au Sénégal est présentée comme une avancée, presque comme une évidence. On parle de modernité, de couverture, de rattrapage technologique. Mais ce débat est mal posé.
𝐋𝐞 𝐯𝐫𝐚𝐢 𝐬𝐮𝐣𝐞𝐭 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐒𝐭𝐚𝐫𝐥𝐢𝐧𝐤. 𝐋𝐞 𝐯𝐫𝐚𝐢 𝐬𝐮𝐣𝐞𝐭, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐬𝐞́𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐚𝐢𝐬 𝐞𝐭 𝐬𝐚 𝐜𝐚𝐩𝐚𝐜𝐢𝐭𝐞́ 𝐫𝐞́𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐚̀ 𝐫𝐞́𝐠𝐮𝐥𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐧𝐮𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞.

Je m’exprime ici en essayant de répondre aux interpellations de nombreux citoyens : pour certains en tant qu’ex-président du FDSUT (Fonds de développement du service universel des télécommunications), même si le séjour était bref avant de me consacrer pleinement à l’Assemblée en tant que député » du numérique » , et pour d’autres en tant qu’expert et passionné du numérique.

Mon propos est volontairement centré sur deux institutions clés du dispositif national : 𝐥’𝐀𝐑𝐓𝐏 (Autorité de régulation des télécommunications et des postes) et le FDSUT (Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications ) Et ce que je dis est simple : 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐚𝐯𝐨𝐧𝐬 𝐯𝐨𝐥𝐨𝐧𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐟𝐟𝐚𝐢𝐛𝐥𝐢 𝐧𝐨𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐫𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐫𝐞́𝐠𝐮𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧, puis nous faisons semblant de découvrir les conséquences lorsque de nouveaux acteurs arrivent.

Aujourd’hui, l’ARTP est juridiquement forte, mais matériellement affaiblie. Sa ressource naturelle, la taxe de régulation, a été diluée dans une contribution globale, le CST. Concrètement, on demande à l’ARTP de réguler, de contrôler, d’auditer, d’arbitrer un secteur stratégique… 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐮𝐢 𝐞𝐧 𝐝𝐨𝐧𝐧𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐦𝐨𝐲𝐞𝐧𝐬 𝐟𝐢𝐧𝐚𝐧𝐜𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐞𝐭 𝐭𝐞𝐜𝐡𝐧𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐫𝐞́𝐞𝐥𝐬.

Ce n’est pas une maladresse administrative. 𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧 𝐜𝐡𝐨𝐢𝐱 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞, issu d’un combat entre deux belligérants de Macky Sall, que nous peinons à rétablir 19 mois après.

Ce constat, que j’ai personnellement dénoncé devant le ministre des Finances et du Budget lors des deux derniers marathons budgétaires, n’est pas une opinion. Il a été formellement exposé devant la représentation nationale lors de l’atelier organisé par l’ARTP les 02 et 03 février 2026, avec la commission chargée des affaires numériques.

Tout le monde le sait. Peu osent le dire publiquement. 𝐍𝐨𝐮𝐬 𝐚𝐯𝐨𝐧𝐬 𝐮𝐧𝐞 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐫𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞 𝐫𝐞́𝐠𝐮𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐫𝐢𝐯𝐞́𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐞𝐬 𝐥𝐞𝐯𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐞𝐬𝐬𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞𝐥𝐬, qui n’est autorité que sur ses propres textes.

Le même raisonnement vaut pour le Fonds de service universel.

Le 𝐅𝐃𝐒𝐔𝐓 n’est pas un simple compte financier destiné à combler le vide des dites zones blanches que les opérateurs laissent volontairement pour des raisons de rentabilité. Il est historiquement, techniquement et stratégiquement lié à la régulation.

Le dissocier de l’ARTP, puis le priver lui aussi de ressources propres en le fondant dans le 𝐂𝐒𝐓, revient à créer 𝐮𝐧 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞̀𝐦𝐞 𝐢𝐧𝐜𝐨𝐡𝐞́𝐫𝐞𝐧𝐭 : une régulation sans moyens, un fonds sans pilotage technique fort, et une politique d’inclusion numérique vidée de sa substance.

Avant même de parler de nouveaux opérateurs, il faut regarder la réalité en face : 𝐥𝐞 𝐒𝐞́𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥 𝐧𝐞 𝐦𝐚𝐢̂𝐭𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐚𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝’𝐡𝐮𝐢 𝐥’𝐚𝐮𝐝𝐢𝐭 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐥𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐧 𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐞 𝐧𝐮𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞.

Nous fonctionnons largement sur un régime déclaratif. Or, dans plusieurs segments clés, les écarts entre ce qui est déclaré et ce qui circule réellement sont connus : appels internationaux entrants, flux de données, plateformes numériques, monétisation des contenus, services transfrontaliers.

L’État n’a ni l’outillage technique suffisant ni les ressources financières adéquates pour exercer un contrôle rigoureux.

Dans ce contexte précis, autoriser un opérateur satellitaire mondial, dont les données peuvent ne jamais transiter par le territoire national, dont les flux échappent aux points de contrôle classiques, dont l’infrastructure est totalement externalisée, 𝐜𝐞 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐮𝐧 𝐚𝐜𝐭𝐞 𝐧𝐞𝐮𝐭𝐫𝐞. C’est accepter par avance une perte supplémentaire de capacité de contrôle.

C’est institutionnaliser l’opacité.

C’est fragiliser davantage la souveraineté numérique. C’est exposer les opérateurs locaux à une concurrence asymétrique et, à terme, mettre en risque des emplois et des investissements nationaux.

Ce débat n’est pas idéologique. Il n’est pas technophobe. 𝐈𝐥 𝐞𝐬𝐭 𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥. 𝐔𝐧 𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐪𝐮𝐢 𝐧𝐞 𝐬𝐚𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐚𝐮𝐝𝐢𝐭𝐞𝐫 𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐞 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐚 𝐟𝐢𝐛𝐫𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐭-𝐢𝐥 𝐬𝐞́𝐫𝐢𝐞𝐮𝐬𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐫𝐞́𝐭𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐨̂𝐥𝐞𝐫 𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐞 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐞 𝐬𝐚𝐭𝐞𝐥𝐥𝐢𝐭𝐞 ?

Avant toute autorisation de cette ampleur, l’État aurait dû commencer par se donner les moyens de ses ambitions : restaurer les ressources propres de l’ARTP, réarticuler clairement le FDSUT avec la régulation, mettre en place une assistance à maîtrise d’ouvrage indépendante capable d’auditer l’existant et d’accompagner l’État dans l’accueil d’un opérateur de ce type, en imposant des obligations fortes de présence locale, d’emplois et de contribution réelle au service universel.

𝐀𝐮𝐭𝐨𝐫𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐨̂𝐥𝐞𝐫, 𝐜𝐞 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐦𝐨𝐝𝐞𝐫𝐧𝐢𝐬𝐞𝐫. 𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐫𝐞𝐧𝐨𝐧𝐜𝐞𝐫 𝐚̀ 𝐮𝐧𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐢𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐧 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐫𝐢𝐭𝐞́.
Le vrai débat n’est donc pas Starlink. 𝐋𝐞 𝐯𝐫𝐚𝐢 𝐝𝐞́𝐛𝐚𝐭, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐜𝐚𝐩𝐚𝐜𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐬𝐞́𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐚𝐢𝐬 𝐚̀ 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐞𝐫 𝐦𝐚𝐢̂𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐨𝐢𝐱 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐧𝐮𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞. Tant que l’ARTP restera affaiblie et que le service universel restera désarticulé de la régulation, chaque nouvelle autorisation ne fera que révéler un peu plus nos propres failles.

𝐀𝐯𝐚𝐧𝐭 𝐝’𝐨𝐮𝐯𝐫𝐢𝐫 𝐥𝐞 𝐜𝐢𝐞𝐥 𝐧𝐮𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐢𝐥 𝐬𝐞𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐨𝐧𝐬𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐨𝐥𝐢𝐝𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐚𝐮 𝐬𝐨𝐥.
𝐀𝐛𝐝𝐨𝐮𝐥 𝐀𝐡𝐚𝐝 𝐍𝐝𝐢𝐚𝐲𝐞
𝐃𝐞́𝐩𝐮𝐭𝐞́ 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐗𝐕ᵉ 𝐥𝐞́𝐠𝐢𝐬𝐥𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞

(Source : Le Soleil, 7 février 2026)

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