Congo : MTN et Airtel ont six mois pour améliorer la qualité de leurs services
mardi 14 avril 2026
La qualité de service est l’une des problématiques récurrentes du marché télécoms africain. Alors que les abonnés se plaignent constamment, les États tentent d’accentuer la pression sur les opérateurs.
Le régulateur télécoms congolais a adressé une mise en demeure à Airtel et MTN pour une qualité de service toujours jugée insuffisante. Les deux opérateurs de téléphonie mobile disposent désormais d’un délai de six mois pour corriger les manquements constatés et se conformer aux exigences réglementaires en vigueur.
Cette décision révélée la semaine dernière est l’aboutissement d’une campagne d’évaluation de la qualité de service menée du 6 au 23 février 2026 par l’Agence de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE). Au total, 20 localités ont été couvertes à travers le pays, du Kouilou à la Likouala, en passant par le Niari, la Bouenza, la Sangha et les Plateaux. L’analyse a porté sur les réseaux 2G, 3G et 4G, aussi bien pour les services de voix que pour l’accès à Internet mobile.
Les mesures se sont appuyées sur une série d’indicateurs techniques précis, notamment le taux d’établissement des appels, la qualité sonore, le temps de connexion, les débits Internet et la continuité du signal en mobilité. Chacun de ces paramètres est encadré par des seuils réglementaires fixés par l’ARPCE. Un système de notation basé sur des codes couleur permet ensuite de comparer les performances d’un semestre à l’autre et d’identifier clairement les zones où les obligations de couverture et de qualité ne sont pas respectées.
Des écarts contrastés entre zones et technologies
Les résultats de cette campagne mettent en évidence une forte disparité selon les régions et les technologies. Dans le sud du pays, la qualité de service apparaît globalement plus satisfaisante, en particulier sur les réseaux 3G où MTN et Airtel affichent des performances solides, avec un avantage pour MTN. En revanche, la 2G, bien qu’encore largement utilisée dans les zones rurales et reculées, demeure plus fragile pour les deux opérateurs.
La situation est plus contrastée sur la 4G. Des progrès sont observés, principalement sous l’impulsion de MTN, qui a étendu sa couverture à plusieurs localités jusque‑là non desservies par le haut débit mobile. Airtel, de son côté, accuse un retard notable, avec plusieurs zones encore dépourvues de 4G, ce qui limite l’accès à des services numériques plus avancés dans ces territoires.
À l’inverse, dans la partie nord du pays, le tableau est nettement plus préoccupant. Les performances y sont globalement faibles, notamment en 2G où les deux opérateurs enregistrent des résultats critiques dans la majorité des localités évaluées. En 3G, MTN parvient à maintenir des niveaux de performance acceptables dans certaines villes, tandis qu’Airtel présente des insuffisances marquées, avec plusieurs localités en dessous des seuils réglementaires.
Le régulateur souligne toutefois que ces contre‑performances s’expliquent en partie par des contraintes structurelles. Airtel met en avant sa dépendance totale à la fibre optique de Congo Télécom pour l’acheminement du trafic depuis les zones nord vers le reste du réseau. Les nombreuses interruptions de cette infrastructure, essentielle au transport des données entre les différents nœuds, ont fortement perturbé la qualité de service. Contraint de fonctionner sur un backbone de secours, de capacité plus limitée, l’opérateur a vu ses performances se dégrader de manière significative.
D’éventuelles sanctions en vue
Selon l’ARPCE, cette mise en demeure fixe une échéance claire. Elle ajoute que la prochaine campagne d’évaluation servira de « verdict ». Cela laisse entrevoir d’éventuelles mesures coercitives à l’encontre des opérateurs en infraction en cas d’absence d’amélioration.
Si le régulateur ne détaille pas précisément les mesures envisagées, le cadre légal en vigueur lui confère un éventail de leviers. La procédure prévoit d’abord une mise en demeure, suivie, en cas de non‑conformité persistante, d’une pénalité pouvant atteindre 1 % du chiffre d’affaires de l’exercice précédent. À titre d’exemple, MTN Congo s’exposerait à une sanction estimée à 47,6 millions de rands (2,9 millions $), sur la base d’un chiffre d’affaires de 4,76 milliards de rands en 2025. Ce montant peut être doublé en cas de récidive.
Enfin, la loi prévoit des mesures plus lourdes si les manquements persistent malgré les avertissements. Le ministre de tutelle peut alors réduire la durée de la licence de l’opérateur, la suspendre temporairement ou procéder à son retrait définitif.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 14 avril 2026)
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