Congo : la numérisation de l’administration face au défi de l’interopérabilité
lundi 19 octobre 2026
Pour accélérer la numérisation de ses services publics, les autorités congolaises ont défini plusieurs priorités. Leur mise en œuvre dépendra notamment de la capacité des organismes publics à échanger leurs données selon des règles communes.
Réuni le jeudi 15 octobre, le comité de pilotage de la task force chargée de la transformation numérique du Congo a défini plusieurs chantiers opérationnels. Parmi les priorités retenues figurent la numérisation des actes de naissance et des casiers judiciaires, la fiabilisation du fichier des fonctionnaires ainsi que la préparation de travaux visant à assurer l’interopérabilité entre les régies financières et les services fonciers. Ces priorités doivent contribuer, à partir de 2027, à améliorer le recouvrement des recettes publiques et le contrôle des dépenses.
La gouvernance des données, un chantier complémentaire
La capacité des administrations à échanger des informations fait également l’objet de travaux menés en 2026 avec la Commission économique pour l’Afrique (CEA). En juin, l’organisation a accompagné une évaluation nationale de la gouvernance des données au Congo, suivie d’ateliers réunissant des représentants de 21 institutions. Les travaux ont mis en évidence des lacunes concernant les cadres d’interopérabilité, les normes techniques, les capacités institutionnelles et la coordination entre les institutions. Une stratégie nationale de gouvernance des données était alors en cours d’élaboration.
Ces constats rejoignent ceux d’un diagnostic de la Banque mondiale publié en 2022 dans le cadre du Projet d’accélération de la transformation numérique (PATN). L’institution relevait que des investissements numériques menés séparément par les administrations avaient conduit à la mise en place de systèmes peu interopérables et difficiles à faire évoluer à grande échelle. Le programme, financé par un prêt de 100 millions de dollars, prévoit notamment la dématérialisation des procédures, l’interopérabilité des systèmes d’information et le partage sécurisé des données publiques.
Le Congo n’est pas le seul pays à travailler sur ces questions. Au Rwanda, une politique nationale de partage des données entre les institutions publiques a été approuvée en mai 2025. Elle définit un cadre commun pour organiser les échanges tout en prévoyant des garanties de protection de la vie privée.
Au Ghana, le gouvernement développe un centre national d’échange de données destiné à permettre l’interconnexion de 48 registres publics. Selon le ministre chargé du Numérique, l’objectif est de faciliter le partage d’informations entre les institutions et d’améliorer la planification des politiques publiques. Le calendrier de déploiement complet du dispositif n’a toutefois pas été précisé.
Ces exemples illustrent deux dimensions complémentaires de l’interopérabilité : des infrastructures permettant l’échange de données et des règles encadrant leur utilisation. Au Congo, les priorités annoncées le jeudi 15 octobre marquent une étape de coordination, mais leurs effets devront être évalués à l’aune des systèmes effectivement interconnectés et des améliorations apportées au fonctionnement des services publics.
Adoni Conrad Quenum
(Source : Agence Ecofin, 19 octobre 2026)
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