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Comment Nguissaly Diop a fait tomber Kocc Barma, un scénario des plus ordinaires

samedi 19 juillet 2025

Cybersécurité/Cybercriminalité

Après le coup de filet qui a permis, jeudi, l’arrestation du présumé Kocc Barma, maître-chanteur et célèbre administrateur de sites pornographiques, la Division spéciale de la cybersécurité a saisi d’importantes pièces à conviction : ordinateurs, véhicules, appareils de gestion de sites web… L’Observateur révèle que l’affaire a alimenté hier les réseaux sociaux, mais aussi les débats de grand-place.

L’intérêt porté à ce sensationnel dossier de mœurs, sanctionné par l’arrestation du plus célèbre administrateur de sites pornographiques au Sénégal, est dicté par la liste élastique de ses victimes. Plus d’une décennie durant, Kocc Barma a fait vivre les pires traumatismes, essentiellement aux femmes de tout âge : célibataires, mariées, veuves. S’autoproclamant justicier des faits de mœurs sur la toile, le maître-chanteur faisait lyncher ses victimes, dont les photos, sextapes, vidéos à caractère pornographique… étaient publiées sur le site « seneporno ».

Selon L’Observateur, la montagne de plaintes déposées à la gendarmerie et à la police est restée jusqu’ici lettre morte. Aucune enquête n’était parvenue à remonter jusqu’à lui. Ce jeudi, le redoutable Kocc Barma, maître incontestable du chantage et de l’extorsion, a pourtant vu son empire vaciller et s’effondrer à cause d’une plainte d’apparence anodine.

Une requête de la Division spéciale de la cybercriminalité, adressée avec courage le 7 mai 2025 par une femme ordinaire, Nguissaly Diop. Un courrier portant le poids d’une vérité lourde et accablante : sa jeune sœur de 16 ans, A.N., est victime de chantages sexuels répétés, exercés sur elle par un certain Mouha à qui elle se serait donnée plusieurs fois. L’Observateur confirme que cette requête s’est révélée être le fil ténu, mais implacable, qui a mené à l’arrestation de El Hadji Babacar Dioum, recherché depuis 2018 par les services de police et de gendarmerie.

D’après les informations recueillies par L’Observateur, la plaignante reproche au mis en cause d’avoir abusé de sa jeune sœur âgée de seize (16) ans, qui entretenait une relation avec lui. Au cours de celle-ci, l’amant l’aurait incitée à réaliser des vidéos obscènes qu’elle lui envoyait sans mesurer la gravité de ses actes. Mouha aurait ainsi invité la jeune fille chez lui. Là, il l’aurait contrainte à des rapports sexuels, tout en filmant. Pour parvenir à ses fins, Mouha aurait usé de menaces : ou elle accédait à ses exigences, ou il informait sa mère de sa grossesse et diffuserait par la même occasion ses vidéos intimes sur les réseaux sociaux.

Selon la plaignante, le mode opératoire du présumé maître-chanteur était répété à satiété : il faisait toujours venir la mineure chez lui avant d’abuser d’elle. Pour la faire obéir, l’homme lui a transféré une des vidéos incriminées qu’il menaçait de publier sur TikTok. Il finira par mettre ses menaces à exécution lorsque, lasse des agissements du maître-chanteur, la victime a décidé de se refuser à lui.

Babacar Dioum alias Kocc, 38 ans, fils de O. et de feue A. Sèye, marié et père d’un garçon

Mouha a alors partagé une vidéo d’elle sur un site pour adultes, Babiporno.com. Depuis 2018, ce site Internet, connu sous les noms de domaine seneporno.com (alias babiporno.com), faisait l’objet d’une enquête en raison de sa responsabilité présumée dans la diffusion non autorisée de contenus à caractère intime, ainsi que dans des faits de chantage numérique à l’encontre de nombreuses victimes.

L’Observateur rapporte qu’à la date du 15 juillet 2025, plusieurs victimes de nationalité sénégalaise ont été recensées. Les infractions constatées portent atteinte à la vie privée des personnes concernées et provoquent des préjudices psychologiques significatifs. De nombreux cas font état de conséquences graves, telles que l’humiliation publique, un climat de peur et, dans certains cas, des idées suicidaires exprimées par les victimes.

L’impact social est jugé préoccupant, avec une atteinte directe à la dignité et à la réputation des individus ciblés, en particulier les jeunes et les femmes. Les investigations techniques effectuées, croisées avec les renseignements recueillis, ont permis d’identifier un certain Babacar Dioum. Ce natif de Dakar, né le 24 février 1987, passe pour être le fils de O. et de feue A. Sèye. Il est identifié par les hommes du Commissaire Pape Mamadou D. Faye comme étant le fameux Kocc.

Marié et père d’un garçon mineur, Kocc, domicilié à Liberté 3, est considéré comme le centre d’un réseau de diffusion de contenus intimes, spécialisé dans l’extorsion et le chantage. L’Observateur souligne que les éléments financiers analysés révèlent d’importants mouvements de fonds sur ses comptes, opérés via des canaux de paiement hautement anonymisés.

Au regard de la volatilité des preuves et du risque élevé de destruction de données, les enquêteurs ont très vite jugé urgent de procéder à l’interpellation du suspect. « L’objectif principal de cette intervention est de sécuriser ses équipements électroniques (téléphones, ordinateurs, supports de stockage) et de l’isoler immédiatement afin de prévenir toute tentative d’effacement à distance, que ce soit par lui-même ou par d’éventuels complices », explique une source au cœur de l’enquête citée par L’Observateur.

Informé, le procureur de la République a marqué son accord pour une intervention. L’opération a commencé par une reconnaissance qui a permis, dans un premier temps, d’identifier la résidence visée : un immeuble situé aux abords du boulevard du Président Habib Bourguiba, sécurisé, équipé d’un système de vidéosurveillance, d’un gardien et d’un chien de garde. Une complexité qui a incité la mission à solliciter l’appui de la Brigade d’intervention polyvalente (Bip) afin de maximiser les chances de succès d’une opération exécutée jeudi matin.

La fameuse bagnole empruntée par Mame Ndiaye Savon dans l’inventaire des perquisitions

Les découvertes sont saisissantes. En plus des pseudonymes pour sites web, des VPN, des technologies et techniques de dissimulation d’identité sur des plateformes de sites pornographiques, des ordinateurs, un téléphone portable, des appareils de gestion de plusieurs sites web… sont saisis. L’Observateur indique que les enquêteurs ont également mis la main sur huit (8) véhicules, dont celui avec lequel la célèbre tiktokeuse Mame Ndiaye Savon s’était exhibée au baptême de la fille d’un lutteur.

Une bonne partie des véhicules, ainsi que les autres appareils saisis, seront placés sous scellé à la DEC. Les faits de blanchiment de capitaux sont visés. Selon les termes de l’enquête rapportés par L’Observateur, l’ensemble des identifiants, des outils d’administration et des accès techniques ont prouvé que le présumé Kocc était bien le gestionnaire des sites « seneporno » et « babiporno ».

Mieux, l’examen de ses activités en ligne va clairement attester qu’il gérait directement la publication des contenus compromettants. Selon des sources concordantes, les enquêteurs sont à présent aux trousses de plusieurs suspects incriminés dans cette affaire. Ils s’intéressent également au restaurant Eddy’s, situé à Bourguiba, non loin de l’École de police, dont ils cherchent à déterminer le propriétaire. La femme du suspect devrait être entendue. Enfin, par mesure conservatoire, la DSC a indexé les deux plateformes pornographiques.

(Source : Senenews, 19 juillet 2025)

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