Le Bénin occupe désormais le troisième rang continental en matière de gouvernance de l’intelligence artificielle selon l’Africa AI Governance Index. Cette position valide une stratégie numérique déployée avec constance sur la dernière décennie. Sous la présidence de Romuald Wadagni, cette dynamique s’accélère afin de hisser le pays au rang de hub technologique de référence en Afrique.
La publication de cet indice par le think tank Lawyers Hub confirme l’avance béninoise. Le pays instaure des standards de gouvernance robustes au sein d’un paysage sous-régional en pleine structuration. Cette distinction récompense l’émergence d’un écosystème mature. Ce classement reflète une adéquation forte entre la planification stratégique et la capacité d’exécution institutionnelle.
L’adoption de la Stratégie Nationale d’Intelligence Artificielle et des Mégadonnées a formalisé cette vision. Ce référentiel s’appuie sur un environnement normatif préexistant, articulé autour du Code du Numérique et des travaux de l’Autorité de Protection des Données Personnelles. Une telle ossature garantit la sécurité juridique indispensable à l’exploitation des données massives.
L’efficacité de ce modèle repose sur une synergie étroite entre la maîtrise des infrastructures et le développement du capital humain. L’Agence des Systèmes d’Information et du Numérique pilote les projets technologiques de l’État de manière unifiée, évitant ainsi la fragmentation sectorielle. Cette gouvernance centralisée exploite la numérisation de l’administration pour constituer un gisement de données publiques structurées, un effort adossé à un réseau de 3 500 kilomètres de fibre optique reliant l’ensemble des 77 communes du pays.
L’innovation s’appuie parallèlement sur le hub Sèmè City, responsable de la formation des talents pour asseoir une autonomie technique pérenne, avec déjà plus de 2 100 étudiants formés dans des filières de pointe comme la science des données.
Les résultats commencent à se mesurer jusque dans les compétitions internationales. En 2026, le Bénin a obtenu sa première médaille aux Olympiades internationales d’intelligence artificielle et s’est classé troisième au niveau africain. Une performance qui illustre la montée en puissance progressive des compétences béninoises dans ce domaine.
L’ambition de Wadagni : adaptation à grande échelle et souveraineté
La récente nomination de Kévin Degila comme Directeur de la Valorisation des Innovations, des Technologies et de l’Expérimentation au ministère de la Transformation digitale et de l’Innovation illustre la volonté d’accélérer la mutation du pays. Issu de l’écosystème béninois de la Data et de l’IA et investi dans la formation des talents numériques, son arrivée dans l’administration rapproche ainsi l’écosystème technologique et la construction de la politique publique en matière d’IA.
Le programme présidentiel Wadagni pour la période 2026-2033 vise à ériger les fondations numériques béninoises en une industrie de l’IA. Le Bénin se projette comme un futur exportateur de solutions algorithmiques souveraines à l’échelle continentale.
Pour concrétiser ce changement de dimension, le nouveau cap présidentiel mobilise des investissements massifs dans des infrastructures de premier plan. Le déploiement de supercalculateurs nationaux associés à une plateforme centralisée de données locales constituera la colonne vertébrale de ce projet, s’appuyant sur un taux de couverture 4G atteignant désormais 90 % du territoire national.
Sur le plan de la formation, le programme déploie des cursus de pointe en science des données à travers les Sèmè City Hubs, en lien avec une « IA Factory » axée sur l’apprentissage pratique et accessible sans condition initiale de diplôme. L’instauration d’un label officiel pour les solutions technologiques locales facilitera leur intégration dans la commande publique et soutiendra leur projection sur les marchés extérieurs.
Cette approche se traduit par des déploiements concrets dans des secteurs économiques stratégiques tels que l’agriculture de précision et le diagnostic médical. Le pays investit massivement dans la conception de modèles de langage adaptés aux langues nationales, à l’instar du fon. L’objectif consiste à surmonter les barrières linguistiques en permettant aux populations rurales d’interagir vocalement avec les services administratifs via leur téléphone, avec pour ligne de mire 100 % des démarches publiques accessibles en ligne d’ici 2030.
Par cet ancrage dans les réalités locales, couplé à la force de frappe de son nouveau programme, le Bénin façonne un modèle d’innovation technologique souverain inédit en Afrique. Il ne veut plus seulement être un pays utilisateur des technologies développées ailleurs. Il entend devenir progressivement un territoire où les talents africains et internationaux peuvent concevoir, expérimenter et déployer des solutions technologiques adaptées aux réalités du continent.
Térence Beni Raphaël Quenum, fondateur du think tank Res Publica
(Source : Agence Ecofin, 28 septembre 2026)
OSIRIS
Comment le Bénin veut devenir le hub de l’IA en Afrique ?