Comment l’Afrique est devenue le principal moteur de croissance d’Orange
mardi 28 juillet 2026
La zone Afrique et Moyen-Orient a dégagé une rentabilité opérationnelle de 1,76 milliard d’euros (2 milliards $) au premier semestre, son meilleur niveau depuis 2021. Cette performance permet à l’opérateur français de relever ses objectifs annuels, alors même que le groupe accroît son endettement pour financer deux opérations de consolidation en Europe.
C’est la deuxième fois en trois mois qu’Orange corrige ses prévisions dans le bon sens. Les chiffres publiés mardi 28 juillet disent une chose simple : sans ses filiales africaines, le groupe n’aurait pas relevé ses objectifs.
La zone Afrique et Moyen-Orient, un périmètre de 18 pays dont la Jordanie est le seul marché non africain, a vu son chiffre d’affaires progresser de 13,9 % au premier semestre, à 4,576 milliards d’euros (5,21 milliards $), tandis que sa rentabilité opérationnelle a progressé de 16,1 %. Le reste du groupe avance à un tout autre rythme : la France enregistre une croissance de 1,2 %, l’Europe hors Espagne 4,1 %, et la division entreprises recule encore de 3,1 %. Sur cette base, le groupe table désormais sur une croissance annuelle de sa rentabilité opérationnelle supérieure à 4 %, contre plus de 3 % annoncés en avril, et sur un flux de trésorerie disponible d’environ 4,3 milliards d’euros, contre 4 milliards précédemment.
La zone représente près de 22 % des revenus consolidés, mais elle affiche une marge de 38,5 %, contre 29,3 % pour l’ensemble du groupe. Une fois les investissements déduits, elle a généré 873 millions d’euros de trésorerie opérationnelle en six mois, en hausse de 13,5 %. Orange y revendique 180 millions de clients mobiles, 98 millions d’abonnés 4G et 52 millions d’utilisateurs d’Orange Money, en progression de 20,7 % sur un an.
« La croissance record de la zone Afrique et Moyen-Orient, avec 10 millions de nouveaux clients data mobile », figure au premier rang des motifs de satisfaction énumérés par Christel Heydemann, directrice générale du groupe. Mme Heydemann annonce pour le second semestre une croissance de la rentabilité de la zone « à deux chiffres ».
Le cas Sonatel
L’exemple sénégalais donne la mesure du phénomène. Le groupe Sonatel, filiale ouest-africaine d’Orange, présente au Sénégal, au Mali, en Guinée, en Guinée-Bissau et en Sierra Leone, a franchi pour la première fois la barre des 1000 milliards de francs CFA (1,73 milliard $) de chiffre d’affaires sur un semestre, à 1 049,8 milliards FCFA, en hausse de 9,3 %. Son résultat net atteint 230 milliards de francs CFA, en progression de 10,5 %, et sa marge opérationnelle 48,7 %, un niveau que peu d’opérateurs européens approchent.
« Les investissements engagés dans le déploiement de la fibre et du très haut débit produisent des résultats concrets », a commenté Brelotte Bâ, directeur général du groupe Sonatel, qui a consacré 154 milliards de francs CFA à ses réseaux sur la période, soit 15 % de ses revenus.
La performance mérite toutefois d’être lue de près. Le parc Orange Money de Sonatel n’a progressé que de 9,5 %, à 13,7 millions de clients, un rythme deux fois inférieur que la moyenne de la zone Afrique et Moyen-Orient. Sur ses marchés les plus disputés, l’opérateur affronte le sénégalais Wave, qui a durablement comprimé les tarifs du transfert d’argent mobile, et, depuis février, l’offre satellitaire Starlink sur le haut débit. La question n’y est plus celle du nombre d’utilisateurs, mais celle de la marge par transaction.
Où va la trésorerie
Ces résultats africains tombent à un moment précis du calendrier industriel du groupe. Orange a finalisé le 8 juin le rachat, pour 4,25 milliards d’euros, des 50 % que détenait le fonds Lorca dans l’espagnol MasOrange. Deux jours plus tôt, il a signé avec Bouygues Telecom et Free un protocole en vue de l’acquisition de SFR, valorisé 20,35 milliards d’euros, dont environ 5,6 milliards à sa charge. L’endettement net est passé de 22,5 milliards d’euros fin 2025 à 35,7 milliards au 30 juin, portant le ratio de dette rapportée à la rentabilité de 1,80 à 2,40 fois.
Le groupe assure ne pas rogner sur ses réseaux africains : les investissements y ont augmenté de 18,7 %, à 890 millions d’euros, quand ils reculaient de 2,4 % ailleurs. La couverture 4G de la zone a gagné deux points, à 80 % de la population, ce qui signifie aussi qu’un habitant sur cinq dans les pays concernés en reste privé.
Fiacre E. Kakpo
(Source : Agence Ecofin, 28 juillet 2026)
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