Cipref 2026 : la presse francophone appelle à une adaptation à l’IA
dimanche 25 janvier 2026
Libreville a refermé, vendredi dernier, les portes de la première Conférence internationale de la presse francophone (Cipref) sur un acte fort : l’adoption de la Déclaration de Libreville. Pendant cinq jours, journalistes et professionnels des médias venus de 23 pays de l’espace francophone et au-delà ont débattu d’un sujet aussi incontournable que sensible : l’intelligence artificielle et son impact sur les médias.
Dans un contexte marqué par la mutation accélérée des technologies numériques, les participants ont reconnu qu’un nouveau dynamisme s’impose désormais aux médias francophones, confrontés à des bouleversements profonds dans la production, le traitement et la diffusion de l’information.
Pressions politiques et économiques, insécurité des journalistes, manque de ressources, prolifération de la désinformation : le diagnostic posé à Libreville est sans concession.
Face à ces défis, la Déclaration de Libreville adoptée à l’issue de cette conférence appelle à une adaptation réelle des journalistes et des entreprises de presse, tout en réaffirmant un attachement « inébranlable » aux principes d’éthique et de déontologie, à la liberté de la presse, à la liberté d’expression et au droit à l’information, tels que consacrés par les instruments internationaux.
Mais c’est surtout la place de l’intelligence artificielle dans les rédactions qui a cristallisé les échanges. Entre opportunité et menace, les avis convergent sur un point : l’IA ne saurait remplacer l’humain, mais elle impose un usage responsable.
Journaliste à la télévision nationale de Guinée équatoriale, Cristabalina Abua y voit un outil à double tranchant. « Le bon usage de l’IA peut améliorer notre qualité de travail, mais si on l’utilise mal, cela devient une menace. C’est pourquoi certains journalistes disent que l’IA est une menace », souligne-t-elle.
À titre personnel, confie-t-elle, l’IA lui sert avant tout à renforcer la rigueur professionnelle : « J’utilise l’IA pour vérifier une information. Elle peut permettre de trouver des sources fiables. »
Un point de vue partagé par Valaire Bougue, journaliste camerounais à Vox Africa, qui invite à dépasser les peurs parfois excessives autour de l’intelligence artificielle. « A priori, on pourrait penser que l’IA est une réelle menace pour le journaliste, parce que les fake news et les deepfakes sont parfois conçus par des mécanismes de l’intelligence artificielle », explique-t-il.
Mais pour lui, la responsabilité reste humaine : « En réalité, l’IA réagit, mais n’agit pas. Tant que l’homme n’instruit pas, l’IA ne peut pas se mettre en action. Les deepfakes réalisés sont sous commande humaine. »
Au-delà des débats, la Cipref entend s’inscrire dans la durée. Les participants ont décidé de pérenniser la conférence, qui se tiendra désormais chaque année, avec des journées scientifiques dédiées aux problématiques de l’écosystème médiatique mondial.
Un comité sera également mis en place pour rédiger les textes fondamentaux de l’organisation.
Adoptée à Libreville le 23 janvier 2026, la Déclaration de Libreville se veut ainsi un point de départ. Celui d’une presse francophone consciente de ses fragilités, mais déterminée à rester maîtresse de son avenir à l’ère de l’intelligence artificielle.
Abdou Khadir Seck, envoyé spécial
(Source : Le Soleil, 25 janvier 2026)
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