Centrafrique : une nouvelle tentative de relance de SOCATEL chiffrée à 150 millions USD
vendredi 17 juillet 2026
Pionniers des télécommunications dans de nombreux pays africains, les opérateurs historiques ont progressivement perdu du terrain face aux acteurs privés. Avec l’accélération de la transformation numérique, plusieurs gouvernements tentent désormais de les relancer pour en faire des atouts.
Le gouvernement centrafricain a annoncé le lancement de la mise en œuvre du protocole d’accord signé en septembre 2025 avec la société américaine Greenline Technologies pour la reprise et la transformation de la SOCATEL. Cette opération constitue une nouvelle étape dans les efforts engagés par les autorités pour redresser l’opérateur historique, confronté à des difficultés depuis plusieurs années.
Cette avancée était au cœur d’une réunion tenue le jeudi 16 juillet entre le ministre de l’Économie numérique, des Postes et Télécommunications, Roger Andjalandji (photo, à droite), et Max Sicari, vice‑président des opérations de Greenline Technologies. Selon le gouvernement, cette rencontre marque le passage à une phase opérationnelle du mémorandum d’entente signé à Casablanca, en marge de la Table ronde de mobilisation des financements du Plan national de développement (PND) 2024‑2028.
Le partenariat prévoit un investissement annoncé de 150 millions de dollars pour moderniser les infrastructures et les services de la SOCATEL, bâtir un data center Tier 3 et déployer un écosystème de connectivité à l’échelle nationale.
Relance de SOCATEL : une ambition de longue date
Le partenariat avec Greenline Technologies n’est pas la première initiative engagée pour tenter de remettre la SOCATEL sur pied. En novembre 2020, le gouvernement centrafricain avait conclu un accord avec la société française Global Technologies afin de restaurer et moderniser certaines infrastructures historiques de l’opérateur.
Le projet devait permettre de réhabiliter l’ancien réseau de faisceau hertzien de la société publique, construit plusieurs décennies auparavant, afin d’en faire un réseau de secours complémentaire à la fibre optique. « Ce réseau sera considéré comme un back‑up au réseau de la fibre optique », avait expliqué Jean‑Paul Steinitz, président du groupe Global Technologies, dans des propos rapportés par RFI.
L’initiative nécessitait toutefois la mobilisation d’un financement estimé à 20 millions d’euros avant le lancement des travaux. Depuis cette annonce, aucune communication publique détaillée n’a permis d’évaluer l’état d’avancement ou les résultats concrets de ce partenariat.
Plus récemment, les autorités centrafricaines avaient également évoqué une coopération avec la Russie pour accompagner la restructuration de l’opérateur historique dans le cadre d’un partenariat envisagé dans le domaine du numérique.
Une longue dégradation de la situation
Les difficultés de la SOCATEL remontent à la fin des années 1990 et au début des années 2000, dans un contexte marqué par plusieurs crises politico‑sécuritaires en République centrafricaine. Les infrastructures de l’opérateur ont été affectées par ces périodes d’instabilité, fragilisant davantage une entreprise déjà confrontée à d’importantes contraintes financières.
En 2005, le retrait de France Câbles Radio, filiale de France Télécom, du capital de l’entreprise pour créer Orange Centrafrique a également marqué un tournant pour l’opérateur historique, alors que le marché télécom centrafricain s’ouvrait progressivement à la concurrence privée.
À ces difficultés se sont ajoutées des fragilités internes liées à la gouvernance et au fonctionnement de l’entreprise. Des critiques ont régulièrement porté sur la gestion de l’opérateur télécoms, avec des interrogations sur la gouvernance, des tensions sociales et l’accumulation d’arriérés liés au personnel.
Un rapport sur la performance des entreprises publiques centrafricaines publié en 2021 relevait ainsi que la SOCATEL évoluait dans un marché transformé par l’essor des opérateurs mobiles, tout en restant principalement positionnée sur la téléphonie fixe à Bangui.
Le document décrivait un cercle vicieux dans lequel des infrastructures vieillissantes et un manque de moyens techniques, humains et financiers limitaient la capacité de l’opérateur à générer des revenus, tandis que cette faiblesse financière freinait les investissements nécessaires à son redressement.
Les inconnues autour du nouveau modèle de la SOCATEL
Si le partenariat avec Greenline Technologies est présenté comme une nouvelle étape dans la relance de la SOCATEL, plusieurs éléments restent encore à préciser. Les parties doivent finaliser les accords définitifs de reprise, mettre en place un comité conjoint de pilotage et établir un calendrier de déploiement.
À ce stade, les informations disponibles ne permettent pas de déterminer le modèle exact retenu pour la transformation de l’opérateur historique, à savoir la structure de l’opération, la répartition des responsabilités entre l’État et Greenline Technologies ou encore les modalités de financement des investissements annoncés.
Sur le volet opérationnel, des interrogations subsistent également sur le positionnement futur de l’opérateur historique. Les annonces faites jusqu’ici évoquent une modernisation des infrastructures et le déploiement d’un écosystème de connectivité, sans préciser si l’opérateur historique ambitionne de revenir sur le segment mobile, désormais central sur le marché télécom centrafricain, ou de se concentrer davantage sur les services fixes, les infrastructures numériques et les solutions destinées aux entreprises et aux administrations.
Quel que soit le modèle retenu, l’entreprise publique devra trouver un positionnement viable dans un marché déjà structuré autour d’acteurs établis comme Orange Centrafrique, Telecel et Moov Africa. Ces opérateurs disposent d’une base d’abonnés, d’infrastructures et d’une expérience commerciale accumulées depuis plusieurs années. L’opérateur historique devra également tenir compte de l’arrivée de nouvelles solutions de connectivité, avec l’Internet par satellite proposé par des acteurs comme Starlink.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 17 juillet 2026)
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