Centrafrique : la mise en œuvre effective du fonds du service universel prévue pour 2026
mardi 21 avril 2026
Les autorités centrafricaines ont procédé, en juillet 2025, au lancement des activités du Comité de développement des communications électroniques (CDCE). Prévu par la loi, cet organe est chargé de superviser et de gérer le fonds de service universel.
La République centrafricaine prévoit de finaliser cette année la mise en œuvre de son fonds de service universel. Ce mécanisme vise à étendre l’accès aux services télécoms de base sur l’ensemble du territoire, afin de réduire une fracture numérique encore très marquée.
L’initiative figure parmi les priorités de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP) pour 2026. Celles‑ci ont été dévoilées le mercredi 15 avril, lors d’une session consacrée à la présentation du projet de budget, qui s’élève à 6,2 milliards FCFA (≈ 11,2 millions USD).
Un levier clé de la connectivité nationale
La création du fonds de service universel est prévue par la loi n°18.002 du 17 janvier 2018 régissant les communications électroniques en République centrafricaine. Un décret adopté en février 2019 en précise les modalités de mise en œuvre et de financement. Ce cadre définit le service universel comme l’obligation de fournir à l’ensemble de la population, indépendamment de sa localisation géographique, un ensemble de services de communications électroniques, à un coût abordable et de manière continue.
Son périmètre couvre notamment la fourniture de services fixes et mobiles, la téléphonie, le transfert de données et l’accès à Internet haut débit. Il inclut également l’acheminement gratuit des appels d’urgence, la mise à disposition d’un annuaire universel, l’installation de cabines téléphoniques publiques et de télécentres, ainsi que des services de renseignements et de courrier hybride.
Le dispositif intègre par ailleurs des mesures spécifiques visant à renforcer l’inclusion numérique. Il prévoit notamment le déploiement d’infrastructures de transmission à large bande accessibles aux opérateurs, ainsi que la mise en place d’un accès Internet haut débit dans les écoles, les centres de santé, les mairies, les bibliothèques, les bureaux de poste et d’autres lieux communautaires.
Il encourage aussi le développement de contenus et d’applications adaptés aux besoins des populations, ainsi que la formation aux technologies de l’information et de la communication. Des dispositions particulières sont prévues en faveur des groupes vulnérables, notamment les personnes handicapées, les populations à faibles revenus, les femmes et les habitants des zones isolées, à travers des offres adaptées et, lorsque nécessaire, des mécanismes de tarification sociale.
Le fonds est principalement alimenté par une contribution des opérateurs télécoms, fixée à 2 % de leur chiffre d’affaires de l’année précédente. Il peut également recevoir des dons, des legs, des emprunts, ainsi que des subventions de l’État, des collectivités locales ou des partenaires au développement.
Ces ressources sont ensuite allouées à un ou plusieurs opérateurs sélectionnés par l’ARCEP. Leur mission consiste à déployer des infrastructures dans les zones non couvertes, celles où aucun déploiement n’est prévu, ou encore dans les localités où seuls certains services relevant du service universel sont disponibles.
Au‑delà du réseau, le défi de l’accès et de l’usage
Cette initiative intervient dans un contexte de couverture réseau encore limitée en Centrafrique. En 2024, les réseaux 2G et 3G couvraient environ 60 % de la population, selon le « Mobile Connectivity Index » de la GSMA. Longtemps, ces deux technologies ont constitué l’essentiel de l’infrastructure mobile du pays, alors qu’elles sont désormais considérées comme dépassées dans de nombreux marchés. La 4G, dont le lancement commercial n’a débuté qu’en 2025, reste encore en phase de déploiement.
Du côté des usages, les données de DataReportal font état de 2,49 millions d’abonnés à la téléphonie mobile à fin 2025, soit un taux de pénétration de 38,1 %. L’adoption de l’Internet demeure plus faible, avec environ 670 000 utilisateurs, représentant près de 12 % de la population.
Il convient toutefois de souligner que le fonds de service universel met avant tout l’accent sur le déploiement des infrastructures physiques. Or, la disponibilité du réseau ne garantit pas automatiquement l’adoption des services télécoms. D’autres facteurs entrent en jeu, notamment l’accès à des terminaux compatibles (en particulier les smartphones), le niveau de revenu des ménages, le coût des services (data et voix), ainsi que les compétences numériques de base. À cela s’ajoutent des éléments comme la pertinence des contenus proposés, la couverture énergétique ou encore la confiance dans les services numériques.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 21 avril 2026)
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