Longtemps perçus comme des concurrents, le réseau de cartes et les portefeuilles mobiles se rapprochent. Au Visa Payments Forum, les dirigeants du groupe américain ont détaillé ce qu’ils entendent apporter à un secteur dont l’Afrique subsaharienne concentre les deux tiers de la valeur mondiale : interopérabilité, ouverture internationale, sécurité et nouveaux usages.
En Afrique, où le portefeuille mobile est devenu le principal moyen d’accès aux services financiers pour des centaines de millions de personnes, Visa a longtemps été perçu comme un rival du mobile money.
Lors du forum annuel du réseau, organisé à Paris, ses responsables ont défendu une tout autre posture : celle d’un partenaire apportant aux opérateurs des capacités complémentaires. « Notre objectif n’est pas de les concurrencer, mais de leur apporter la résilience et l’ouverture vers le reste du monde », a résumé Aminata Kane, responsable de Visa pour l’Afrique de l’Ouest et centrale et ancienne dirigeante d’Orange Money.
La première contribution revendiquée est l’ouverture internationale. Le mobile money a d’abord servi aux dépôts et retraits d’argent, puis aux transferts et au paiement de factures, avant de s’étendre aux paiements en magasin. Visa propose d’y ajouter une nouvelle couche : une carte virtuelle adossée à un portefeuille mobile, permettant à son détenteur d’effectuer des achats en ligne sur des plateformes internationales et de réaliser des transferts au-delà des frontières. Autrement dit, il s’agit de connecter un portefeuille mobile domestique à un réseau mondial de plus de 21 millions de commerçants, là où son utilisation se limitait souvent aux frontières du pays ou de l’opérateur.
Cette logique répond à une limite que les dirigeants de Visa reconnaissent. Les portefeuilles mobiles comme Wave ou M-Pesa offrent encore des services essentiellement centrés sur les transferts et les paiements du quotidien, avec une portée transfrontalière limitée, a estimé Tareq Muhmood, président de Visa pour la région Afrique, Moyen-Orient et Europe centrale, alors que le réseau peut « élargir considérablement ce qu’ils proposent ». Pour Visa, l’enjeu n’est pas de détourner les clients des opérateurs, mais de s’appuyer sur leur base d’utilisateurs afin d’en étendre les usages.
La deuxième contribution concerne la sécurité. « On parle d’argent, donc c’est sensible, et les fraudeurs montent en compétence », rappelle Aminata Kane. Le groupe met en avant les solutions de cybersécurité et de résilience développées pour son propre réseau, désormais proposées aux banques, aux fintechs et aux opérateurs afin de sécuriser des transactions dont le volume ne cesse de croître. Cette dimension prend une importance particulière à mesure que l’interopérabilité des paiements se généralise sur le continent, multipliant les points d’entrée potentiels pour la fraude. La dirigeante a également indiqué que Visa avait lancé la tokenisation avec plusieurs banques au Ghana, une technologie qui remplace le numéro de carte par un jeton sécurisé.
La troisième contribution porte sur l’acceptation des paiements et l’accompagnement des petites entreprises. Shahebaz Khan, responsable des activités commerciales liées aux transferts de fonds pour la région, a présenté plusieurs solutions destinées aux commerçants : un téléphone transformé en terminal de paiement, des terminaux à faible coût acceptant à la fois les QR codes et le paiement sans contact, ou encore Visa Direct, qui permet de transférer des fonds vers des milliards de points de destination dans plus de 190 pays.
Le réseau a également présenté Visa Pay, une solution fonctionnant sur un téléphone classique, sans smartphone ni compte bancaire, conçue pour les populations les moins équipées. Selon Visa, la carte offre aux commerçants davantage de recours en cas de litige, une meilleure traçabilité des transactions et un accès facilité au crédit.
Reste que ce rapprochement s’opère sur un terrain déjà largement occupé. L’Afrique subsaharienne concentre les deux tiers de la valeur mondiale du mobile money, selon la GSMA, et près d’un tiers des comptes ouverts dans le monde se trouvent sur le continent, selon Aminata Kane. Les opérateurs télécoms détiennent la relation avec les clients, la marque et le réseau d’agents ; Visa se positionne comme un fournisseur d’infrastructures et de services complémentaires.
La dirigeante insiste sur la portée de cette transformation : pour beaucoup d’Africains, le portefeuille mobile est « le premier compte de leur vie », un saut technologique qui a permis à des populations entières de passer de l’absence de compte à l’accès à des services financiers.
Fiacre E. Kakpo
(Source : Agence Ecofin, 3 juillet 2026)
OSIRIS
Ce que Visa veut apporter au mobile money africain