Ce que l’on sait du RDC PASS, le projet d’identité numérique de la RDC
jeudi 11 juin 2026
La transformation numérique de l’administration congolaise franchit un nouveau cap avec l’émergence d’un système d’identité numérique national. Au cœur des réformes en cours, le RDC‑PASS ambitionne de structurer l’identification des citoyens et de faciliter l’accès aux services publics.
La République démocratique du Congo s’apprête à lancer le RDC‑PASS, son système national d’identification numérique. Le lancement officiel est prévu le samedi 13 juin à Kinshasa. Présenté comme un identifiant unique, sécurisé et gratuit, le projet sera dévoilé sous le haut patronage du président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, dans le cadre de la stratégie « RDC 2030 Digital Nation ».
Le dispositif vise à attribuer à chaque citoyen une identité numérique interopérable, appelée à être utilisée dans les services administratifs, financiers et sociaux. L’objectif est de réduire les lourdeurs administratives, de limiter la fraude documentaire et de faciliter l’accès aux services publics dans un pays où les systèmes d’identification restent encore fragmentés et inégalement accessibles.
Un projet structurant estimé à 97,1 millions de dollars
Le développement du RDC‑PASS repose sur un investissement évalué à 97,1 millions de dollars, selon le ministère du Plan. Le projet s’inscrit dans un partenariat public‑privé signé en juin 2025 entre l’État congolais et Trident Digital Tech DRC Africa SAS, filiale du groupe singapourien Trident Digital Tech Holdings.
Ce partenariat, conclu sur une durée de 20 ans, confère à l’entreprise le rôle de fournisseur exclusif des services d’identification électronique (e‑KYC), reposant sur des technologies Web 3.0 et des mécanismes de vérification numérique avancés. Trident Digital Tech Holdings a par ailleurs indiqué avoir levé 2,6 millions de dollars, destinés à soutenir les premières phases de déploiement et la commercialisation du système sur le marché congolais.
À titre de comparaison, plusieurs pays africains ont engagé des programmes similaires à grande échelle. Le Nigeria, avec son système NIN, a déjà enrôlé des dizaines de millions de citoyens, tandis que le Kenya structure son écosystème autour de l’identité numérique via des services d’e‑gouvernement intégrés.
Une architecture basée sur l’identification sécurisée et les services intégrés
Le RDC‑PASS repose sur quatre usages principaux. Il permettra l’authentification biométrique des cartes SIM afin de limiter les lignes téléphoniques frauduleuses, l’accès unifié aux plateformes d’e‑gouvernement via un identifiant unique, l’intégration d’un système d’e‑KYC automatisé pour les services financiers, et la délivrance d’une identité numérique sécurisée en complément des documents physiques.
Dans cette architecture, l’identifiant devient un point d’entrée central vers les services publics et privés, avec une logique d’interopérabilité entre administrations, opérateurs télécoms et institutions financières.
Une mise en œuvre progressive et des enjeux de souveraineté numérique
Selon les autorités, le déploiement du système se fera par phases, avec des audits techniques, des tests pilotes et une montée en charge progressive après le lancement officiel. Mais les enjeux dépassent la seule dimension technique. La question de la souveraineté des données, de leur stockage et de leur gestion par un acteur privé étranger sur une durée de vingt ans reste centrale dans les débats autour du projet.
Un projet clé dans la stratégie numérique congolaise
Le RDC‑PASS s’inscrit dans une enveloppe plus large annoncée par le gouvernement, estimée à 1 milliard de dollars pour le développement du numérique sur la période 2026‑2030. Dans ce cadre, l’identité numérique est considérée comme une infrastructure de base, au même titre que la connectivité ou les plateformes d’e‑gouvernement. Son succès dépendra toutefois de sa capacité à être adopté à grande échelle et à s’intégrer dans l’ensemble des services publics et privés du pays.
Samira Njoya
(Source : WeAreTechAfrica, 11 juin 2026)
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