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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Juillet 2026 > Câbles sous-marins : deux ans après le blackout, l’Afrique de l’Ouest reste (…)

Câbles sous-marins : deux ans après le blackout, l’Afrique de l’Ouest reste exposée

mardi 14 juillet 2026

Qualité de service

En mars 2024, plusieurs câbles sous-marins assurant la connectivité Internet dans 13 pays d’Afrique de l’Ouest ont été sectionnés. Cet incident a provoqué de fortes perturbations, poussant les autorités à adopter des mesures, mais la sous-région n’est toujours pas tirée d’affaire.

L’Assemblée des régulateurs des télécommunications d’Afrique de l’Ouest (WATRA) a appelé, le lundi 13 juillet, à une coordination régionale renforcée pour protéger les câbles sous-marins ouest-africains.

L’appel fait suite à la publication des rapports du Comité consultatif international sur la résilience des câbles sous-marins, une initiative conjointe de l’Union internationale des télécommunications (UIT) et du Comité international de protection des câbles (ICPC).

La déclaration intervient deux ans après la crise de mars 2024, qui avait paralysé la connectivité de 13 pays d’Afrique de l’Ouest pendant plusieurs jours. Le 14 mars 2024, quatre systèmes câblés majeurs (WACS, ACE, MainOne et SAT-3) avaient été sectionnés presque simultanément au large de la Côte d’Ivoire. Le trafic Internet avait chuté de plus de 50 % au pic de la crise. Des banques avaient dû fermer au Nigeria, des plateformes fintech s’étaient retrouvées hors service et des entreprises dépendantes du cloud avaient subi des interruptions prolongées.

Cet incident n’est pas le fruit du hasard. Selon le groupe de travail Infrastructure de la WATRA, 12 systèmes câblés, avec 37 points d’atterrissage, fournissent actuellement plus de 613 téraoctets de capacité à l’Afrique de l’Ouest. Cette concentration géographique constitue le principal facteur de vulnérabilité : les quatre câbles sectionnés en 2024 convergeaient précisément vers le même point au large de la Côte d’Ivoire. Par ailleurs, 85 % des ruptures de câbles sont causées par l’activité humaine (pêche et ancrage en tête), ce qui signifie que la majorité des incidents sont évitables avec une meilleure coordination réglementaire.

« Les perturbations de mars 2024 ont été un signal d’alarme important. Elles ont démontré que la résilience des câbles sous-marins n’est pas simplement une question technique ou télécom », a déclaré le secrétaire exécutif de WATRA, Aliyu Yusuf Aboki, qui a siégé au Comité consultatif international. Et d’ajouter : « quand la connectivité est interrompue, les conséquences s’étendent aux entreprises, aux transactions financières, aux services publics, aux échanges commerciaux, aux emplois et aux moyens de subsistance de nos économies ».

Aliyu Yusuf Aboki (à gauche), secrétaire exécutif de WATRA et le ministre nigérian des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique et coprésident de l’Organe consultatif international sur la résilience des câbles sous-marins, Dr Bosun Tijani, lors de la réunion à Zurich, en Suisse.

Des réparations lentes et coûteuses

La réparation de ces câbles illustre la vulnérabilité structurelle de la région. Une seule réparation coûte entre 1,5 et 2 millions de dollars (et jusqu’à 8 millions en cas de ruptures multiples), en grande partie parce que les navires spécialisés sont stationnés loin de l’Afrique de l’Ouest, souvent au Cap, en Afrique du Sud. Certains pays comme la Sierra Leone, le Liberia et la Mauritanie ne sont reliés que par un seul câble, ce qui rend toute rupture synonyme de blackout total.

Les réseaux câblés fonctionnent à l’échelle régionale, mais la gouvernance reste nationale. Les procédures d’autorisation, les protocoles d’urgence et les règles de protection des câbles varient d’un pays à l’autre parmi les 16 États membres de l’Assemblée. Cette fragmentation expose une économie numérique régionale estimée à 150 milliards de dollars, dans une zone dont le PIB combiné dépasse 800 milliards de dollars.

Le satellite comme bouée de secours

La crise de mars 2024 a néanmoins accéléré une prise de conscience. Pendant le blackout, les services satellitaires (Starlink et NigComSat au Nigeria) avaient fourni une connectivité ininterrompue, soulignant la résilience des réseaux spatiaux face aux défaillances câblées. Cette démonstration a accéléré l’adoption du satellite comme solution de secours sur le continent.

Le Nigeria a accordé une licence à Amazon Kuiper en 2026 et a noué, via NigComSat, un partenariat pluriannuel avec Eutelsat/OneWeb. L’Angola a déployé Angosat-2 et plusieurs opérateurs télécoms, en l’occurrence Airtel, MTN ou encore Orange, ont signé des partenariats avec des fournisseurs de services Internet par satellite. Autant d’initiatives qui témoignent d’une stratégie de diversification des infrastructures de connectivité pour réduire la dépendance aux seuls câbles sous-marins.

Ces solutions satellitaires restent toutefois des compléments, pas des substituts. Leur coût élevé limite leur adoption massive : un abonnement Starlink représente encore de 22 à 37 % du revenu mensuel moyen en Afrique subsaharienne, selon l’UIT. Et l’Université technologique de Nanyang, à Singapour, note que faire reposer la résilience africaine sur des satellites étrangers crée une autre forme de dépendance, avec des risques souverains propres.

Les recommandations de l’organe consultatif publiées cette semaine portent sur la simplification des processus d’autorisation et des procédures de réparation d’urgence, l’harmonisation des réglementations de protection des câbles, le renforcement du partage d’informations sur les incidents et l’encouragement d’investissements dans la diversité des routes et la redondance des réseaux. « Ces correctifs ne sont pas des solutions techniques. Ce sont des interventions réglementaires avec des conséquences économiques », a précisé Aliyu Yusuf Aboki.

Adoni Conrad Quenum

(Source : Agence Ecofin, 14 juillet 2026)

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