Burundi : la numérisation de la justice face au défi de la connectivité
lundi 5 octobre 2026
La justice burundaise engage une nouvelle phase de sa transformation numérique, après plusieurs initiatives consacrées aux audiences à distance et à la gestion électronique des dossiers. L’extension de ces usages se heurte toutefois aux limites persistantes de l’accès au numérique.
Le Burundi prépare une plateforme numérique destinée à relier les différents acteurs de la chaîne pénale, dans le cadre de ses efforts de modernisation de la justice. Baptisé « E-Justice », le dispositif vise à faciliter la conservation des dossiers, accélérer les procédures et rapprocher les services judiciaires des citoyens. Sa mise en place intervient toutefois dans un pays où l’accès aux services numériques reste limité. Fin 2025, seuls 11,1 % de la population utilisaient Internet, selon DataReportal, ce qui signifie que près de neuf Burundais sur dix étaient encore hors ligne.
Une chaîne pénale à relier
Le projet prévoit de couvrir l’ensemble de la chaîne pénale, de la police judiciaire aux établissements pénitentiaires, en passant par le ministère public et les juridictions. L’objectif est de mieux gérer et conserver les dossiers judiciaires. Selon les informations relayées par la Radio-Télévision nationale du Burundi, les citoyens pourront également déposer certaines plaintes en ligne et suivre l’évolution de leurs dossiers.
Cette orientation prolonge des usages numériques déjà introduits dans le secteur judiciaire. À Makamba, un projet soutenu notamment par Cordaid et Bibliothèques Sans Frontières a permis de déployer 16 bibliothèques juridiques virtuelles dans des structures du ministère de la Justice et des juridictions, avec 127 professionnels formés à leur utilisation. Plus récemment, un autre volet du programme a permis d’installer 13 kits de numérisation et de digitaliser plus de 15 000 dossiers judiciaires.
Des limites qui commencent par la connectivité
L’extension de ces services à l’ensemble de la chaîne pénale reste confrontée à la couverture des réseaux. Les données de l’Union internationale des télécommunications montrent qu’en 2024, les réseaux 3G couvraient 53,2 % de la population burundaise et les réseaux 4G ou équivalents 32,2 %. Le taux d’utilisation d’Internet s’établissait à 8,6 % la même année. DataReportal, qui exploite des données plus récentes pour octobre 2025, estime de son côté la pénétration d’Internet à 11,1 %.
L’accès ne dépend toutefois pas uniquement de la couverture réseau. Dans son projet « Burundi Digital Foundations », la Banque mondiale identifiait également le coût des services et des appareils connectés ainsi que le niveau de préparation numérique comme des freins à l’adoption du haut débit. En 2021, 1 Go de données mobiles représentait 13,6 % du revenu national brut par habitant, contre 10,4 % fin 2024 selon le suivi du projet. Ce niveau reste supérieur au seuil de 2 % retenu comme référence internationale d’accessibilité pour 1 Go de données mobiles.
Le développement d’une justice numérique implique donc aussi que les magistrats, les auxiliaires de justice et les citoyens disposent des équipements et des compétences nécessaires pour utiliser ces services.
Les moyens matériels constituent déjà une difficulté documentée dans les juridictions. En 2023, la présidence burundaise avait remis des ordinateurs aux tribunaux de grande instance, mais le président de la Cour suprême avait alors indiqué que d’autres équipements restaient nécessaires, notamment pour permettre à chaque juge de disposer de son propre ordinateur.
Pour accompagner les usagers qui ne maîtrisent pas les outils numériques, le projet E-Justice prévoit par ailleurs des points d’assistance. Cette composante sera particulièrement importante dans un pays où la majorité de la population vit encore en zone rurale et où l’accès à Internet reste concentré sur une minorité.
Samira Njoya
(Source : WeAreTechAfrica, 5 octobre 2026)
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