Burkina Faso : construction d’un Centre de supervision des infrastructures numériques
mardi 20 janvier 2026
Le Burkina Faso accélère le développement des infrastructures numériques. Pour 2026, il est notamment prévu le déploiement de 270 km supplémentaires de fibre, la poursuite de la couverture en réseaux mobiles et en haut débit des 750 zones blanches, ainsi que l’opérationnalisation de mini‑datacenters.
Les autorités burkinabè ont lancé, le lundi 19 janvier 2026, les travaux de construction d’un Centre de supervision des infrastructures numériques. D’un coût estimé à 3,05 milliards de francs CFA (≈ 5,4 millions USD), le projet vise à renforcer la souveraineté numérique du pays ainsi que la résilience de ses infrastructures stratégiques. La mise en service du centre est prévue pour octobre 2026, après neuf mois de travaux.
Implanté dans un bâtiment R+5, le centre aura pour missions principales la supervision centralisée du réseau backbone national, la sécurisation du cyberespace, l’exploitation des datacenters, ainsi que la maintenance et la protection des infrastructures numériques critiques de l’État. « Il constituera un outil essentiel pour un pilotage efficace, sécurisé et souverain des systèmes numériques nationaux », a indiqué le ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques.
Des efforts croissants en faveur de l’infrastructure numérique
La construction de ce centre s’inscrit dans un contexte d’accélération du développement des infrastructures numériques au Burkina Faso. En octobre 2025, l’exécutif avait déjà lancé l’Observatoire de l’aménagement numérique (OAN). Il s’agit d’une plateforme destinée à collecter, analyser et cartographier les données relatives aux infrastructures numériques du territoire afin d’éclairer la décision publique.
Le projet s’intègre également dans la mise en œuvre des douze chantiers majeurs de la transformation digitale du pays, dont l’un des objectifs est le principe de « zéro infrastructure critique non protégée ». Le volet « zéro donnée à l’extérieur » met l’accent sur le déploiement de centres de données et de solutions cloud locales, tandis que l’axe « zéro bâtiment non connecté dans l’administration publique » prévoit l’interconnexion de l’ensemble des bâtiments publics. À terme, les autorités visent également une couverture mobile de 100 % du territoire.
En mai 2025, la ministre de la Transition digitale, Aminata Zerbo/Sabane, avait évoqué une stratégie de couverture numérique nationale à l’horizon 2030, reposant entre autres sur la promotion du partage d’infrastructures, le renforcement du backbone national, le développement de la fibre optique à domicile et l’augmentation des investissements dans les infrastructures numériques.
Lors d’un panel organisé à l’occasion de la Semaine numérique du Burkina Faso, en novembre 2025, Oumténi Dadioari, directeur de l’Intranet gouvernemental à l’ANPTIC, a présenté une feuille de route visant à renforcer l’infrastructure numérique nationale, notamment pour soutenir l’adoption de l’intelligence artificielle. Celle‑ci prévoit la création d’un data center national de niveau Tier III, la mise en place d’un cloud souverain, le développement d’une plateforme nationale de données, la diversification énergétique via le solaire, ainsi que le déploiement de la 5G et des transmissions satellitaires pour couvrir les zones rurales. Il a également encouragé le recours à des infrastructures hybrides combinant cloud public et privé, afin de permettre au secteur privé aussi de bénéficier d’un hébergement national fiable.
Des ambitions confrontées à des défis structurels
Ces efforts s’inscrivent dans la volonté des autorités de faire du numérique un pilier du développement socio‑économique et de positionner le Burkina Faso comme un acteur africain de référence dans l’intégration des TIC dans des secteurs clés tels que l’administration publique, l’éducation, la santé, le commerce et l’agriculture.
Toutefois, les indicateurs montrent que le pays part de loin. En 2024, le Burkina Faso s’est classé 175e sur 193 à l’Indice de développement de l’e‑gouvernement (EGDI) des Nations unies, avec un score de 0,2895/1, inférieur aux moyennes africaine (0,4247) et mondiale (0,6382). Pour l’indicateur relatif aux infrastructures télécoms, le pays a obtenu un score de 0,3640/1.
Selon les chiffres officiels d’août 2024, le taux de couverture des services de téléphonie mobile atteint 85 %, contre 64 % pour l’Internet 3G et 46 % pour l’Internet 4G. De son côté, l’Union internationale des télécommunications (UIT) indique qu’en 2023, le taux de pénétration d’Internet au Burkina Faso s’élevait à 17 %, contre 55,9 % pour la téléphonie mobile.
En matière de cybersécurité, le pays se situe dans le troisième palier sur cinq de l’Indice global de cybersécurité de l’UIT. Il affiche des performances solides en matière d’organisation, de cadre législatif et de coopération, mais demeure en retrait sur les mesures techniques et le développement des capacités.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 20 janvier 2026)
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