Bénin‑Nigeria : les douanes interconnectent leurs systèmes pour accélérer le commerce
mardi 15 septembre 2026
Le numérique transforme progressivement la manière dont les marchandises circulent aux frontières africaines, en permettant aux administrations de partager plus rapidement les informations et de réduire les formalités répétitives. Le Bénin et le Nigeria veulent appliquer cette logique.
Le Bénin et le Nigeria ont lancé l’interconnexion de leurs systèmes douaniers au poste‑frontière de Sèmè‑Kraké, avec l’objectif de permettre aux deux administrations d’échanger leurs données en temps réel. Le projet pilote a été lancé le vendredi 11 septembre par les directeurs généraux des douanes des deux pays, Raouf Malèhossou Aboudou et Bashir Adewale Adeniyi, pour améliorer le traitement des marchandises et la gestion des contrôles sur le corridor Cotonou–Lagos.
Baptisé Customs Declaration Exchange System (CDES), le dispositif doit permettre à une déclaration enregistrée dans le pays de départ d’être consultée directement par les services douaniers du pays de destination. Les informations relatives aux manifestes, au transit, aux profils de risque et aux alertes de contrôle pourront également circuler entre les deux administrations. Chacune conservera toutefois ses prérogatives en matière de calcul des droits, d’évaluation des risques et de délivrance de la mainlevée.
L’interconnexion répond à une limite persistante du poste frontalier de Sèmè‑Kraké. Bien que les deux pays disposent d’infrastructures communes, leurs administrations douanières utilisent encore des systèmes informatiques distincts. Le CDES doit notamment relier Customs Webb, utilisé au Bénin, à B’Odogwu, la plateforme nigériane, afin de réduire la ressaisie des informations et les formalités effectuées séparément de part et d’autre de la frontière.
Les autorités douanières visent ainsi à ramener le temps de passage des marchandises de 12 à 36 heures actuellement à moins de 3 heures, et à porter à plus de 80 % la part du traitement électronique préalable. Le partage des données doit aussi permettre un ciblage plus précis des cargaisons, en transmettant en amont les profils de risque et les alertes afin de concentrer les contrôles physiques sur les envois présentant les risques les plus élevés. La remise en service des scanners, l’amélioration de la surveillance et de l’éclairage ainsi que l’harmonisation des procédures bilingues font également partie des mesures prévues.
Le projet prolonge les travaux engagés par les deux pays pour numériser leurs échanges. En mai 2025, le Bénin et le Nigeria avaient notamment lancé à Sèmè‑Kraké un pilote du Système interconnecté de gestion des marchandises en transit (SIGMAT), avec l’appui de la CEDEAO. Le CDES élargit cette logique en reliant les données douanières au‑delà du seul suivi des marchandises en transit. Le corridor Abidjan–Lagos, sur lequel se trouve Sèmè‑Kraké, représente environ 70 % du commerce de transit de la sous‑région selon les douanes nigérianes, ce qui donne à cette interconnexion une portée qui dépasse le seul fonctionnement du poste‑frontière.
Samira Njoya
(Source : WeAreTechAfrica, 15 septembre 2026)
OSIRIS