Avec le câble ViaTunisia, la Tunisie muscle sa connectivité internationale
jeudi 11 juin 2026
La montée en puissance des usages numériques pousse les pays d’Afrique du Nord à multiplier les routes de connectivité vers l’Europe. Une dynamique stratégique qui place les infrastructures sous‑marines au cœur des enjeux économiques et technologiques.
La Tunisie dispose désormais d’une nouvelle porte d’entrée vers les réseaux internationaux. Orange a annoncé la semaine dernière la mise en service commerciale de ViaTunisia, un câble sous‑marin reliant Bizerte à Marseille, en France. Cette infrastructure vient renforcer les capacités de connectivité entre l’Afrique du Nord et l’Europe, dans un contexte marqué par la croissance rapide des usages numériques, du cloud computing et des applications d’intelligence artificielle.
Développé comme un système ouvert point à point, le câble entre ainsi en exploitation commerciale après l’achèvement des travaux de déploiement et des tests techniques. Long d’environ 1050 kilomètres, il est directement connecté aux infrastructures d’Orange à Marseille, l’un des principaux hubs européens d’interconnexion de données. Cette architecture doit permettre d’améliorer l’acheminement du trafic international tout en multipliant les options de routage entre les deux rives de la Méditerranée.
Un maillon du mégaprojet Medusa
ViaTunisia constitue l’un des premiers segments opérationnels du système Medusa, un vaste réseau sous‑marin de près de 8700 kilomètres destiné à connecter les pays du bassin méditerranéen. Une fois achevé, le projet doit relier plusieurs pays d’Europe et d’Afrique du Nord à travers 24 paires de fibres optiques offrant une capacité totale de 480 térabits par seconde (Tb/s), soit l’un des plus importants projets de connectivité actuellement déployés dans la région.
Le projet bénéficie du soutien de l’Union européenne à travers le programme Connecting Europe Facility (CEF Digital), qui finance 30 % des coûts du segment ViaTunisia. Bruxelles y voit un levier pour renforcer les échanges numériques euro‑méditerranéens et accompagner l’augmentation rapide des flux de données liés à la transformation numérique.
Un enjeu de souveraineté et de résilience
L’arrivée de nouvelles routes sous‑marines est devenue une priorité pour de nombreux pays africains après plusieurs incidents ayant affecté des câbles internationaux ces dernières années. Les coupures enregistrées en Méditerranée et au large de l’Afrique de l’Ouest ont rappelé la dépendance croissante des économies aux infrastructures de connectivité internationales.
Dans ce contexte, ViaTunisia doit permettre de diversifier les itinéraires du trafic Internet et de réduire les risques d’interruption en cas d’incident sur d’autres systèmes. Orange souligne notamment que cette nouvelle liaison a été conçue pour renforcer la résilience des réseaux dans les zones exposées aux catastrophes naturelles et aux ruptures de câbles.
La Tunisie consolide sa position dans l’écosystème numérique régional
Pour la Tunisie, cette infrastructure s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement de la connectivité internationale. Le pays est déjà relié à plusieurs systèmes sous‑marins, dont PEACE, SEA‑ME‑WE 4, Didon et Hannibal. Avec Medusa, il ajoute une nouvelle porte d’entrée vers l’Europe et augmente significativement les capacités disponibles pour les entreprises, les centres de données et les fournisseurs de services numériques.
Les autorités tunisiennes considèrent d’ailleurs ce projet comme un levier pour soutenir le développement du cloud, des centres de données, des services publics numériques et des applications d’intelligence artificielle. À mesure que les pays africains cherchent à attirer davantage d’investissements dans l’économie numérique, la disponibilité de capacités internationales abondantes et sécurisées devient un facteur de compétitivité de plus en plus déterminant.
Samira Njoya
(Source : Agence Ecofin, 11 juin 2026)
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