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Aurelie Adam Soulé Zoumarou : « Il est temps que l’Afrique cesse de travailler en silos »

mercredi 26 novembre 2025

Portrait/Entretien

A Cotonou, le Bénin a accueilli le premier Sommet régional sur la transformation numérique en Afrique de l’Ouest et du Centre, réunissant une vingtaine de pays autour des enjeux d’inclusion, de connectivité et d’intelligence artificielle. À l’initiative du gouvernement béninois et de la Banque mondiale, cette rencontre vise à définir une vision commune et à harmoniser les approches nationales en matière de digitalisation.

À cette occasion, Aurelie Adam Soulé Zoumarou, ministre du Numérique et de la Digitalisation du Bénin, revient pour Agence Ecofin sur les priorités du sommet, la question du marché numérique régional, le « gap d’usage » et les perspectives africaines en matière d’intelligence artificielle.

Agence Ecofin : Le Bénin accueille un sommet régional sur la transformation numérique. Quels engagements portez-vous pour accélérer le numérique en Afrique de l’Ouest ?

Aurelie Adam Soulé Zoumarou : D’abord, il faut replacer ce sommet dans son contexte. Les pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre ont amorcé, et parfois déjà bien avancé, leur transformation numérique. C’est un acquis. Nous avançons toutefois à des vitesses différentes. L’enjeu aujourd’hui, c’est de ne plus travailler chacun dans notre coin. Il est temps que l’Afrique de l’Ouest cesse de travailler en silos.

Nous devons définir une stratégie commune : évaluer nos progrès au regard des objectifs de l’Union africaine, établir une feuille de route partagée et identifier les leviers qui permettront aux pays les plus avancés sur certains sujets d’accompagner les autres. L’objectif est aussi de mettre en place de nouvelles dynamiques régionales, car il ne s’agit plus seulement d’accélérer les transformations nationales : nous devons réussir à mieux servir nos populations grâce à des approches intégrées.

C’est cette vision que le Bénin porte dans le cadre du sommet. Ce n’est pas un exercice courant, mais il devient indispensable.

Agence Ecofin : Le concept de « marché numérique unique » a été largement évoqué lors des discours inauguraux. Dans quelle mesure cette ambition est-elle réaliste aujourd’hui pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre ?

Aurelie Adam Soulé Zoumarou : Nous en sommes encore loin. Le marché ne sera commun que si nous partageons des objectifs communs. Lorsque l’on regarde les chiffres, ceux de l’OCDE ou de la GSMA par exemple, les disparités sont énormes : un pays comme le Bénin affiche un taux de couverture autour de 75 %, tandis que d’autres plafonnent à 26 %. Comment imaginer un marché unique dans de telles conditions ?

La priorité, c’est donc de définir la dynamique régionale qui nous permettra de réduire ces écarts. C’est seulement à cette condition que nous pourrons bâtir le marché unique que nous revendiquons.

« Quand la connectivité manque, c’est la priorité ; une fois la connectivité assurée, le coût devient l’enjeu ; une fois le coût abaissé, il faut s’attaquer aux usages et aux contenus. »

Agence Ecofin : Plusieurs interventions ont souligné un paradoxe : la région est couverte, mais l’usage reste faible. Le Bénin est-il également confronté à ce « gap d’usage », et comment l’expliquez-vous ?

Aurelie Adam Soulé Zoumarou : Oui, et il est crucial de comprendre ce que ce « gap d’usage » signifie réellement. Nous avons investi, les opérateurs ont investi, mais une partie des populations et des entreprises n’utilisent pas la connectivité disponible. C’est comme si cet investissement restait en partie sans effet. Il fallait donc absolument s’attaquer à ce problème.

Au Bénin, nous l’avons identifié dès les premières années de notre stratégie numérique. Nous avons travaillé sur les quatre facteurs qui freinent l’adoption.

D’abord, la connectivité : ce volet est aujourd’hui largement résolu. Ensuite vient l’abordabilité, car certains services restent trop chers pour une partie des ménages. Le troisième facteur, ce sont les contenus : vous pouvez disposer d’un accès abordable, mais si vous ne trouvez rien qui vous concerne, vous n’utiliserez pas l’outil. Enfin, il y a la question des compétences : beaucoup hésitent encore parce qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment les usages numériques.

Une fois la connectivité assurée, ce sont donc ces trois autres dimensions qu’il faut travailler simultanément.

Cet exemple montre bien que le coût n’est pas toujours la principale barrière. Lorsque la connectivité existe et que les prix sont raisonnables, l’absence de contenus pertinents peut être le frein numéro un. C’est toute la complexité du secteur : dès qu’un problème est réglé, un autre apparaît. Quand la connectivité manque, c’est la priorité ; une fois la connectivité assurée, le coût devient l’enjeu ; une fois le coût abaissé, il faut s’attaquer aux usages et aux contenus.

C’est précisément le rôle de la politique publique : identifier, à chaque étape, le nouveau défi et apporter la solution adaptée.

Agence Ecofin : De façon concrète, comment le Bénin agit-il sur ces trois freins ?

Aurelie Adam Soulé Zoumarou : Nous avons un exemple très parlant : le microcrédit Alafia, que nous avons modernisé et rendu accessible à 100 % via téléphone. Grâce à ce service, nous avons vu des femmes qui n’utilisaient pas auparavant le numérique devenir des utilisatrices régulières. Elles ne se sont pas posé beaucoup de questions sur le coût, même si nous avons travaillé à le réduire : ce qui les a convaincues, c’est que le service leur apportait un gain économique direct.

C’est une question de coût et d’opportunité. Si vous utilisez votre téléphone uniquement pour vous divertir, vous vous demanderez : « Qu’est-ce que cela m’apporte ? ». Mais si ce téléphone vous permet d’obtenir un microcrédit qui améliore votre vie quotidienne, la valeur perçue change.

Nous avons donc renforcé les compétences de ces femmes pour leur permettre d’utiliser l’outil et nous leur avons fourni des contenus utiles. C’est exactement sur ces deux leviers — compétences et contenus — que nous allons continuer de travailler.

Agence Ecofin : Plusieurs études, dont celles de la Banque mondiale et de la GSMA, pointent le coût élevé des terminaux et de la connectivité en Afrique. Les internautes béninois estiment aussi que l’Internet reste cher au Bénin. Que leur répondez-vous ?

Aurelie Adam Soulé Zoumarou : La question du coût de l’Internet revient depuis que je suis dans le secteur — cela fait près de vingt ans — et elle continuera probablement tant qu’Internet ne sera pas gratuit. C’est un peu comparable aux débats sur la place des femmes dans le numérique : la problématique persiste parce qu’elle touche à des enjeux humains profonds.

Il faut aussi tenir compte des réalités. Dans plusieurs pays de la sous-région, la priorité n’est pas encore le coût, mais la connectivité : avoir accès au service, avec une qualité minimale, quel qu’en soit le prix. Au Bénin, ce premier obstacle a été largement levé, ce qui rend légitime l’interrogation sur les tarifs.

Nous n’avons pas d’usines qui fabriquent des équipements télécoms en Afrique. Les opérateurs, lorsqu’ils déploient des infrastructures, le font parce qu’ils y voient une opportunité économique, en plus de leur contribution au développement. Cela influe sur les prix.

Une fois la connectivité établie, il est normal que les populations questionnent le coût. Et c’est là que nous intervenons : la mutualisation des infrastructures est un levier essentiel. Lorsque plusieurs opérateurs partagent les mêmes sites ou les mêmes fibres, au lieu de déployer chacun leur réseau, cela réduit les charges et donc les tarifs. Cela joue un rôle dans l’adoption. Mais notre expérience montre que, même lorsque le coût existe, l’usage peut fortement augmenter dès lors que les services proposés répondent à un besoin réel, économique ou social.

« La baisse des taxes ne répond pas au besoin d’une solution durable qui examine l’ensemble de la chaîne de valeur des terminaux. »

Agence Ecofin : Qu’est-ce que les gouvernements africains, et le Bénin en particulier, peuvent faire pour réduire les coûts du numérique — terminaux, data, services ? Détaxer, subventionner après ciblage dans les milieux ruraux … ?

Aurelie Adam Soulé Zoumarou : Je vais partir d’un point précis pour illustrer ce que les gouvernements peuvent faire, notamment dans une approche régionale. Prenons l’exemple des terminaux. Imaginons que le Bénin, seul, décide de produire des téléphones pour en réduire le coût. L’impact resterait limité. En revanche, si l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, ou même le continent, se mobilise autour d’un projet commun visant à produire des terminaux à bas prix, l’effet d’échelle change complètement la donne.

Vous évoquez la baisse des taxes ou la possibilité de subventionner des appareils pour certaines populations, notamment rurales. Ce sont des options, mais elles ne règlent pas le problème fondamental. Une baisse de taxes est une mesure conjoncturelle, dépendante du bon vouloir de chaque gouvernement. Elle ne répond pas au besoin d’une solution durable qui examine l’ensemble de la chaîne de valeur des terminaux.

Aujourd’hui, nous parlons du téléphone portable. Mais demain, ce sera un autre type de terminal. C’est pourquoi il faut une approche structurelle, et non uniquement fiscale. La baisse des taxes ne permet pas non plus la mise à l’échelle des initiatives que nous voulons développer.

Ce que nous recherchons, à travers ce type de sommet, c’est l’adoption d’actions régionales susceptibles de créer cet effet d’échelle et, finalement, de mieux servir nos populations.

« Les capacités de calcul — le computing — ne nécessitent pas non plus d’être installées dans chaque pays. Ce sont des infrastructures qui peuvent être mutualisées à l’échelle régionale. »

Agence Ecofin : Face au déficit d’infrastructures de calcul et de données en Afrique, beaucoup s’interrogent sur la capacité du continent à développer des solutions d’IA souveraines. Comment avancer collectivement, et quel rôle le Bénin entend-il jouer dans cette dynamique régionale ?

Aurelie Adam Soulé Zoumarou : Sur l’IA, nous ne répéterons pas le modèle suivi pour la connectivité. Il ne s’agit plus ici de construire des infrastructures lourdes ou de creuser des tranchées. L’IA permet une approche différente, véritablement africaine.

D’abord parce que l’essentiel repose sur les compétences. Un jeune Sénégalais spécialisé dans l’IA peut développer des solutions pour le Bénin depuis Dakar, ou même depuis n’importe où dans le monde. Pour l’IA, les solutions sont exportables, les talents circulent. Ce n’est plus la logique infrastructurelle classique où il faut déployer la fibre ou des sites GSM pays par pays.

Ensuite, les capacités de calcul — le computing — ne nécessitent pas non plus d’être installées dans chaque pays. Ce sont des infrastructures qui peuvent être mutualisées à l’échelle régionale. C’est ce qui rend ce moment particulièrement propice à une coopération renforcée.

La synergie entre pays permettra, par exemple, à un jeune Béninois de proposer une solution en Sierra Leone, ou inversement. Lors de ce sommet, nous recevons d’ailleurs Moustapha Cissé, Sénégalais et figure reconnue de l’IA sur le continent, ce qui illustre parfaitement cette dynamique.

Nous sommes à un moment charnière. Chaque pays a avancé sur sa dimension nationale. Il est temps d’utiliser la région pour aller plus loin encore.

Agence Ecofin : Quels sont les enjeux de ce sommet pour le Bénin ?

Aurelie Adam Soulé Zoumarou : Nous co-organisons ce sommet avec la Banque mondiale afin que la dynamique régionale devienne un levier d’accélération pour les progrès que chaque pays a déjà engagés. Vingt-deux pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre participent à cette démarche. Tous ont avancé dans leur transformation numérique, mais à des niveaux différents.

L’objectif est d’utiliser la complémentarité régionale : un pays avancé sur l’interopérabilité ou l’adressage numérique, comme le Bénin, peut aider les autres à progresser plus vite. Un pays très en avance sur l’entrepreneuriat numérique, comme le Nigeria, peut accompagner vingt et un autres pays.

Enfin, l’Union africaine a fixé des objectifs pour 2030. Ce sommet nous permet de mesurer nos progrès, d’harmoniser nos approches et de définir comment mettre en œuvre ces objectifs pour mieux servir nos populations.

Interview réalisée par Fiacre E. Kakpo

(Source : Agence Ecofin, 26 novembre 2025)

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