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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Mars 2026 > Au Kenya, des caméras intelligentes sanctionnent les infractions routières (…)

Au Kenya, des caméras intelligentes sanctionnent les infractions routières par SMS

mercredi 11 mars 2026

Transformation digitale

Pour renforcer la transparence et l’efficacité du contrôle routier, le gouvernement kényan mise sur la technologie plutôt que sur l’intervention humaine. Cette stratégie, amorcée dès 2020, entend freiner la hausse des accidents constatée entre 2024 et 2025.

Le Kenya vient de franchir un nouveau cap dans la numérisation du contrôle routier. L’Autorité nationale des transports et de la sécurité (NTSA) a annoncé le lundi 9 mars la mise en service d’un système automatisé de gestion du trafic routier avec amendes instantanées. Grâce à des caméras intelligentes, il détecte les infractions routières et les contrevenants sont notifiés par SMS. Fini l’intervention humaine directe. L’autorité présente cette réforme comme un moyen de renforcer l’efficacité et la transparence dans le contrôle routier et la sécurité routière.

Le mardi 10 mars, dans un souci d’information, la NTSA a publié une liste de 35 infractions routières assorties d’amendes immédiates correspondantes. Le barème va d’un simple avertissement pour un léger excès de vitesse à des sanctions de 10 000 shillings kényans (77,37 USD) pour des manquements jugés plus graves, comme l’excès de vitesse, le stationnement causant une obstruction, la non-installation des limiteurs de vitesse réglementaires sur les véhicules de transport en commun et les véhicules commerciaux ou encore la conduite d’un véhicule sans certificat de contrôle technique valide. D’autres infractions sont également visées : le non-respect des feux de signalisation, la conduite sur trottoir ou passage piéton ou encore le défaut de port de la ceinture de sécurité. Les contrevenants disposent de sept jours pour régler l’amende, faute de quoi des intérêts s’appliquent et l’accès aux services de la NTSA peut être bloqué.

Une série d’investissements techniques

Cette automatisation du contrôle routier est rendue possible grâce à une série d’innovations introduites depuis 2020 par le gouvernement. Le cadre légal du pays prévoit désormais un permis de conduire sous forme de carte intelligente dotée d’une puce électronique. La puce renferme non seulement les données d’identité du conducteur, mais aussi ses empreintes digitales, sa photographie, sa signature et des informations biométriques. En 2022, les plaques d’immatriculation de seconde génération, souvent présentées au Kenya comme des plaques « numériques » ou sécurisées, sont intervenues. Les autorités expliquent qu’elles intègrent des éléments de sécurité avancés, y compris des fonctions de traçabilité numérique des propriétaires des véhicules. En 2024, le gouvernement a officiellement fait des caméras de vitesse et de la vidéosurveillance un pilier supplémentaire de sa nouvelle stratégie de sécurité routière. Déployées en phase pilote en 2024, ces caméras seront renforcées en 2026 par de nouvelles prévues dans les six grandes villes du pays, sur demande du président de la République William Ruto.

En pratique, ce couplage entre permis biométrique, plaques sécurisées et caméras permet aux autorités d’identifier plus rapidement le véhicule en infraction, de rattacher l’infraction à un conducteur ou à un propriétaire et d’alimenter ainsi un historique de conduite exploitable par l’administration.

Des réserves persistent

Mais le système automatisé de gestion du trafic routier avec amendes instantanées soulève déjà des contestations. L’Association des automobilistes du Kenya (Motorists Association of Kenya, MAK) a publiquement demandé des clarifications urgentes à la NTSA. Le groupe estime que le nouveau dispositif laisse en suspens plusieurs questions de fond : quelle procédure pour un automobiliste qui souhaite contester l’amende ? Quels garde-fous pour éviter qu’un système automatisé ne devienne à la fois enquêteur, juge et exécutant ? Qui certifie et vérifie régulièrement la qualité des caméras et autres équipements de détection ? Et dans quel compte public seront versées les amendes perçues ? La MAK demande aussi à savoir quelle concertation publique a précédé l’entrée en vigueur du système.

L’association rappelle en outre que la crédibilité d’un contrôle entièrement numérisé dépend aussi de la disponibilité des documents d’identification des véhicules. Or, depuis février 2026, elle dénonce un retard de production de plus de 70 000 plaques d’immatriculation, s’interrogeant sur l’usage des fonds déjà collectés auprès des automobilistes pour leur production. Pour la MAK, il ne suffit pas de numériser le contrôle routier et la sanction ; encore faut-il que toute la chaîne administrative — plaques, licences, traçabilité et recours — fonctionne sans retard ni opacité.

En installant la route sous l’œil des caméras intelligentes et en faisant du SMS le nouveau procès-verbal, le Kenya affiche une ambition nette : réduire les infractions, limiter les contacts propices à la corruption et moderniser la sécurité routière afin de réduire le nombre d’accidents de la route, qui s’élevait à 5009 en 2025 contre 4748 en 2024 selon les données du Conseil national sur l’administration de la justice (NCAJ).

Muriel Edjo

(Source : WeAreTechAfrica, 11 mars 2026)

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