Les fournisseurs d’accès à Internet par satellite étendent progressivement leur présence en Afrique, où la fracture numérique persiste. Déjà présent sur une trentaine de marchés, Starlink prévoit de se lancer au Gabon d’ici la fin de l’année.
Les autorités gabonaises veulent miser sur le satellite pour réduire la fracture numérique à l’intérieur du pays. Les fournisseurs Starlink et Eutelsat devraient être autorisés dans les prochains mois, selon le ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation, de l’Innovation et des Nouvelles technologies, Mark-Alexandre Doumba (photo).
Il a fait cette déclaration dans une interview accordée à l’Agence gabonaise de presse (AGP) en prélude à la « Gabon Digital Week », qui se tient du lundi 26 au vendredi 30 octobre à Libreville. Il y a abordé les enjeux et les perspectives du développement numérique national.
Réduire la fracture numérique
Cette initiative intervient alors que les réseaux mobiles sont relativement bien développés au Gabon. Le pays a obtenu une note de 87,1 sur 100 en matière de couverture réseau, selon le GSMA Mobile Connectivity Index 2025. La même source indique que la 2G couvre 99 % de la population, estimée à environ 2,6 millions d’habitants. De plus, 96,5 % des Gabonais sont couverts par les réseaux 3G et 4G.
« Aujourd’hui, plus de 200 villages ne sont pas encore connectés à Internet. Certains comptent seulement 20 ou 30 habitants. Installer un pylône pour si peu de personnes n’est pas toujours rentable, mais nous avons l’obligation de leur donner accès au numérique », a déclaré M. Doumba dans son interview à l’AGP.
Dans ce contexte, l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA) estime que les solutions de connectivité aérienne, dont le satellite, joueront un rôle important dans la réalisation de la connectivité universelle en Afrique subsaharienne. « La région abrite certains des terrains les plus difficiles pour les réseaux terrestres, notamment des forêts tropicales, des déserts et des chaînes montagneuses. Même dans les zones rurales et faiblement peuplées, le coût et la complexité du déploiement des réseaux mobiles ou filaires classiques plaident en faveur de solutions alternatives de connectivité », souligne l’organisation dans son rapport « The Mobile Economy Sub-Saharan Africa 2024 ».
La couverture ne garantit pas l’usage
Il convient toutefois de rappeler que le calendrier exact d’entrée sur le marché de Starlink et d’Eutelsat n’a pas été précisé. Les modalités de déploiement et les conditions d’accès aux services pour les populations concernées restent également inconnues.
Par ailleurs, l’initiative met l’accent sur la couverture réseau, alors que celle-ci ne garantit pas systématiquement l’adoption des services Internet. Malgré une couverture quasi généralisée de la population gabonaise par les réseaux mobiles, plus de 30 % des habitants n’utilisaient pas Internet en 2024, selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT). Pour la téléphonie mobile, l’écart entre la couverture et l’utilisation était plus faible, avec environ 15 % de la population qui n’utilisait pas ces services.
D’autres facteurs entrent en jeu, comme le coût des appareils compatibles et des services. Pour les smartphones, la Banque mondiale estime qu’environ 60 % de la population gabonaise âgée de plus de 15 ans en possédait un en 2024. Concernant le prix des services, l’UIT estimait que le coût d’un forfait de 5 Go d’Internet fixe représentait 6,63 % du revenu national brut (RNB) par habitant au Gabon en 2025, contre 2,65 % pour l’Internet mobile. Or, ces ratios ne devraient pas dépasser 2 % pour que le service soit considéré comme abordable, selon l’organisation.
Entrent également en jeu les compétences numériques des populations, la disponibilité de contenus et de services adaptés à leurs besoins, ainsi que la qualité et la stabilité de la connexion. L’accès à l’électricité, indispensable pour recharger les équipements, et la disponibilité de moyens de paiement adaptés peuvent aussi limiter l’utilisation des services numériques dans certaines localités.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofins, 29 octobre 2026)
OSIRIS
Au Gabon, le satellite envisagé pour généraliser l’accès à Internet