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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2025 > Décembre 2025 > ASC 2025 : Alger plante les jalons de la souveraineté technologique africaine

ASC 2025 : Alger plante les jalons de la souveraineté technologique africaine

mercredi 10 décembre 2025

Innovation/Entreprenariat

La quatrième édition de la Conférence africaine des start-up (African Startup Conference – ASC 2025) s’est achevée lundi soir à Alger sur une note résolument stratégique, consacrant le rôle central de l’Algérie dans la structuration d’un écosystème africain de l’innovation tourné vers la souveraineté technologique, le financement local et l’intégration continentale.
Organisée du 6 au 8 décembre au Centre international des conférences « Abdelatif Rahal », sous le haut patronage du président de la République Abdelmadjid Tebboune, cette rencontre continentale majeure a réuni plus de 35 délégations ministérielles africaines, plus de 200 exposants, plus de 300 experts internationaux, près de 150 investisseurs, ainsi qu’un grand nombre de porteurs de projets, d’incubateurs et d’entrepreneurs de la diaspora africaine. Durant trois jours de travaux intenses, responsables politiques, ministres africains, startupeurs et investisseurs ont débattu des grands enjeux liés au développement des technologies numériques, à l’expansion des start-up africaines, au renforcement des infrastructures de communication et à la construction d’un écosystème continental capable de soutenir une économie fondée sur la connaissance et l’innovation. Dans une allocution adressée aux participants et lue par le Premier ministre Sifi Ghrieb à l’ouverture des travaux, le président de la République a qualifié l’ASC de « plus grand espace rassemblant les jeunes créateurs africains », soulignant qu’il s’agit d’« une opportunité renouvelée pour l’échange d’expertises et la promotion de l’entrepreneuriat en Afrique ». Le chef de l’État a insisté sur la nécessité de permettre aux start-up africaines de s’étendre à l’échelle continentale et de bâtir un véritable marché africain unifié des technologies, capable d’attirer les investissements et de faire émerger des champions compétitifs à l’international.

Une Déclaration d’Alger aux engagements structurants

Point d’orgue de cette édition, l’adoption de la 4e Déclaration d’Alger par les ministres africains en charge des start-up, de l’innovation et de l’économie de la connaissance constitue un tournant politique majeur. Articulée autour de deux axes fondamentaux — le soutien aux politiques publiques dans les TIC et le financement africain de la recherche, du développement et de l’innovation — la Déclaration affirme une volonté commune de renforcer la souveraineté technologique du continent. Pour la première fois, le texte a été lu par un système d’intelligence artificielle développé par une start-up algérienne, CognitionX, symbole concret des avancées locales en matière de technologies émergentes. Les signataires s’engagent notamment à soutenir la croissance des start-up africaines, à faciliter leur accès aux marchés régionaux et internationaux, à renforcer leur financement, à encourager la participation du secteur privé et à développer les compétences humaines et techniques, en particulier chez les jeunes. La Déclaration prévoit également l’élargissement du rôle des incubateurs, l’intégration des start-up africaines dans les chaînes de valeur régionales et mondiales, ainsi que la mise en place d’un mécanisme de suivi et d’évaluation, avec l’élaboration d’un rapport annuel sur l’état des start-up africaines.

L’UA salue une « étape riche et inspirante »

Dans une allocution lue en son nom lors de la clôture, la vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, Selma Malika Haddadi, a qualifié cette quatrième édition d’« étape riche et inspirante », notamment après l’adoption du cadre fiscal africain dédié aux start-ups, à l’innovation et à la recherche et développement. Selon elle, ce cadre fiscal constitue un levier décisif pour encourager l’initiative, retenir les talents africains et valoriser la prise de risque entrepreneuriale. Elle a estimé que les décisions prises au fil des quatre éditions successives de l’ASC représentent désormais des jalons structurants, appelant à une mise en œuvre coordonnée pour transformer l’ambition collective en réalité économique. Mme Haddadi a, par ailleurs, salué l’initiative algérienne visant à créer un fonds africain dédié au financement des start-up, soulignant son fort effet incitatif pour les jeunes entreprises innovantes et réaffirmant le soutien total de la Commission de l’Union africaine à cette démarche.

Des résultats économiques concrets

Le ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Noureddine Ouadah, s’est félicité du succès de cette édition, relevant une évolution qualitative marquée de la Conférence, devenue plus influente et structurante à l’échelle continentale. Il a fait état de résultats économiques tangibles, avec la signature de plusieurs partenariats entre start-up algériennes et entreprises africaines et internationales. Selon le ministre, une dizaine de start-up algériennes ont conclu des accords de coopération, deux entreprises innovantes ont réussi des levées de fonds, et dix accords d’innovation ouverte ont été signés. Des groupes privés ont également mobilisé des investissements allant de 1 à 5 millions de dollars au profit de jeunes entreprises.

Données, fiscalité et souveraineté numérique

Autre avancée majeure : l’adoption à l’unanimité, sous l’égide de l’Union africaine des télécommunications, de la Déclaration d’Alger sur les plateformes numériques équitables, sûres et responsables. Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a souligné l’importance du projet algérien visant à protéger les données personnelles des Africains, dénonçant l’exploitation des données africaines par des plateformes mondiales sans retombées économiques locales. Ce projet ambitionne de contraindre les grandes plateformes numériques à investir en Afrique, à créer de l’emploi, à soutenir l’éducation et à contribuer fiscalement, afin de garantir un retour économique équitable aux États africains.

Innovation verte, diaspora et ambitions d’ici à 2029

La conférence a également été marquée par l’annonce du lancement d’un programme de formation algéro-africain dédié à l’entrepreneuriat environnemental, présenté par la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, Kaouter Krikou. Ce programme vise à encourager les jeunes Africains à s’engager dans l’économie verte, en coordination avec le ministère de l’Économie de la connaissance. Les participants ont par ailleurs mis en avant le rôle croissant de la diaspora africaine, et notamment algérienne, dans la relance de l’écosystème des start-up et l’élaboration de stratégies nationales, dont la première stratégie algérienne en matière d’intelligence artificielle.

L’ASC 2025 a enfin permis de rappeler les avancées réalisées par l’Algérie ces dernières années, avec plus de 13 000 start-up recensées grâce à un cadre juridique souple, un régime fiscal incitatif et des investissements massifs dans les infrastructures technologiques et de recherche. L’objectif affiché est d’atteindre 20 000 start-up d’ici 2029. À l’issue de cette quatrième édition, la Déclaration d’Alger consacre une ambition claire et assumée : faire de l’Afrique non plus un simple consommateur de technologies, mais un acteur souverain, innovant et compétitif de l’économie numérique mondiale.

M. Seghilani

(Source : Le Courrier d’Algérie, 10 décembre 2025)

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