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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Septembre 2026 > Apprentissage avec l’IA : Studios Asaman repense l’éducation des enfants, en (…)

Apprentissage avec l’IA : Studios Asaman repense l’éducation des enfants, en appelant à dépasser la vieille méthode de la mémorisation

mardi 15 septembre 2026

TIC pour l’éducation

L’intelligence artificielle est déjà dans les mains des enfants. Face à cette réalité, Studios Asaman défend une toute nouvelle approche. Plutôt que d’interdire l’outil ou de laisser les élèves l’utiliser sans méthode, Abdoulaye Bocar Dieng et son équipe préconisent fortement qu’on leur apprenne à s’en servir pour chercher, vérifier et comprendre. Une démarche déjà matérialisée à travers Kaaru Xam Xam, un livre interactif.

En effet, dans de nombreuses salles de classe africaines, apprendre reste encore largement associé à la mémorisation. L’enfant recopie une leçon, la retient puis la restitue au moment de l’évaluation. Cette méthode s’explique aussi par l’histoire des systèmes éducatifs : lorsque les livres étaient rares et que plusieurs dizaines d’élèves partageaient parfois un même manuel, mémoriser constituait une manière de conserver le savoir. La mémoire de l’enfant était, en quelque sorte, sa bibliothèque.

Mais cette stratégie montre aujourd’hui ses limites. Un élève peut réciter parfaitement une définition sans pouvoir l’expliquer avec ses propres mots ou l’appliquer à une situation nouvelle. Or, avec le numérique et l’intelligence artificielle, rechercher, stocker et restituer de l’information sont précisément des tâches que les machines accomplissent désormais très facilement. L’enjeu se déplace donc. Ce qui devient déterminant n’est plus seulement de retenir une information, mais de savoir où la chercher, comment l’interroger, la comparer à d’autres sources, en vérifier la fiabilité et finalement la comprendre.

L’IA est déjà dans les usages

Pendant que les systèmes éducatifs réfléchissent encore à la place de l’intelligence artificielle, les enfants, eux, commencent déjà à l’utiliser. À la maison, depuis le téléphone d’un parent ou d’un grand frère, certains peuvent s’en servir pour préparer un devoir, rédiger un exposé ou obtenir rapidement une réponse. Le problème est que ces usages se développent souvent sans accompagnement. Un enfant peut recevoir en quelques secondes une réponse bien formulée sans savoir si elle est exacte ni comment elle a été construite. Le risque est alors de reproduire sous une autre forme les limites de l’apprentissage par cœur : hier, l’enfant pouvait réciter sans comprendre ; aujourd’hui, il peut copier une réponse générée par une IA sans davantage la comprendre.

Pour Studios Asaman, le débat ne doit donc pas se limiter à choisir entre interdiction et acceptation. Interdire peut simplement déplacer l’utilisation de l’IA hors de l’école. La laisser entrer sans méthode peut, à l’inverse, installer une dépendance à la réponse instantanée. La question devient alors : comment transformer l’intelligence artificielle en instrument d’apprentissage plutôt qu’en raccourci permettant d’éviter l’effort d’apprendre ?

« Apprendre aux enfants à apprendre avec l’IA »

C’est autour de cette interrogation que Studios Asaman développe son approche : « apprendre aux enfants à apprendre avec l’IA ». Il ne s’agit pas d’ajouter un enseignement consacré à l’intelligence artificielle dans des programmes scolaires déjà chargés, mais d’intégrer l’outil dans une démarche intellectuelle.

L’enfant doit progressivement apprendre à formuler une question, rechercher une information, interroger plusieurs ressources, comparer les réponses, vérifier ce qui lui paraît incertain et reformuler avec ses propres mots ce qu’il a compris.

Cette compétence dépasse l’outil lui-même. Les modèles d’intelligence artificielle évolueront, mais la capacité à chercher, questionner, vérifier et comprendre restera indispensable.

Kaaru Xam Xam, le concept devenu livre

Studios Asaman a matérialisé cette approche à travers Kaaru Xam Xam, un livre interactif construit autour d’un mécanisme simple : l’enfant lit, cherche la réponse avec le numérique, puis revient dans le livre pour restituer ce qu’il a compris. Le livre raconte et donne un contexte, mais choisit volontairement de ne pas tout révéler. Face à une information manquante ou une question, l’enfant doit mener sa propre recherche. Il peut consulter différentes ressources numériques, interroger une intelligence artificielle, confronter les résultats obtenus puis revenir au livre.

L’étape de la restitution est centrale. Il ne suffit pas de copier la réponse trouvée : l’enfant doit pouvoir l’exprimer avec ses propres mots. Le numérique devient ainsi une étape du processus et non une machine chargée d’effectuer le travail à sa place. Lire, chercher, vérifier, restituer : cette boucle constitue le cœur de Kaaru Xam Xam. Elle cherche à installer chez l’enfant le réflexe de la recherche mais aussi celui du doute : d’où vient cette information ? Est-elle correcte ? Une autre source la confirme-t-elle ? Suis-je capable de l’expliquer moi-même ?

Des premiers résultats à confirmer à plus grande échelle

Selon Studios Asaman, les premières mises à l’épreuve de ce type de contenus auprès d’enfants font apparaître des signaux encourageants : davantage d’engagement qu’avec un support classique, une meilleure appropriation des connaissances travaillées et, surtout, l’apparition progressive du réflexe de chercher et de questionner les réponses obtenues.

La structure partage déjà ces premiers indicateurs avec des bailleurs et partenaires techniques et financiers. L’étape suivante consiste cependant à aller au-delà des observations initiales pour mesurer rigoureusement l’impact pédagogique de la méthode. L’objectif serait notamment de conduire des expérimentations plus larges en classe, avec des groupes témoins et des indicateurs permettant de comparer les résultats. L’enjeu est de passer de premiers résultats encourageants à une preuve documentée, chiffrée et reproductible, susceptible d’éclairer une éventuelle adoption à plus grande échelle.

Abdoulaye Bocar Dieng, de l’e-learning à Kaaru Xam Xam

La démarche portée par Studios Asaman est aussi liée au parcours de son fondateur et CEO, Abdoulaye Bocar Dieng. Ingénieur de formation, titulaire d’un Master en Transmission de Données et Sécurité des Systèmes d’Information de l’UCAD, il commence notamment par travailler sur le suivi d’indicateurs et les tableaux de bord chez Orange Sénégal puis EDISOFT.

Chez EDISOFT, il forme des agents dans le cadre du déploiement d’un logiciel d’état civil sur un projet financé par l’Union européenne. Cette expérience le confronte à une problématique qui accompagnera la suite de son parcours : comment transmettre une connaissance de manière à ce que l’apprenant la comprenne réellement ? Il passe ensuite près de sept années chez KTM Advance Senegal dans le domaine du e-learning et des serious games.

Parmi ses réalisations figure Innov’Compétences, conçu pour l’École Nationale d’Administration du Sénégal : une plateforme e-learning associée à un serious game sur la réforme des finances publiques, avec un suivi individuel des apprenants à travers un Learning Record Store.

Kaaru Xam Xam s’inscrit dans le prolongement de cette expérience de l’apprentissage numérique, mais en l’appliquant cette fois à l’enfance.

Une autre manière d’envisager l’apprentissage

Studios Asaman, spécialisé dans la conception de plateformes e-learning, modules interactifs, serious games et livres interactifs, veut ainsi inscrire l’intelligence artificielle dans une démarche pédagogique plus large. Pour Abdoulaye Bocar Dieng, Kaaru Xam Xam doit être considéré au-delà du livre : il matérialise une troisième voie entre l’interdiction de l’IA et son utilisation sans encadrement.

L’enjeu est particulièrement important pour l’Afrique, qui peut développer des dispositifs pédagogiques numériques tenant compte dès leur conception de l’intelligence artificielle, mais aussi des réalités, des contenus et du patrimoine du continent. La philosophie de Kaaru Xam Xam tient finalement en quelques verbes : lire, chercher, vérifier, comprendre et restituer. À mesure que les machines deviennent capables de fournir presque instantanément des réponses, l’enjeu pour l’école pourrait être de former des enfants capables de les questionner.

(Source : Le Techobservateur, 15 septembre 2026)

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