Algérie–Tunisie : un nouveau câble vers l’Italie pour renforcer les routes numériques vers l’Europe
lundi 8 juin 2026
Déjà connectées à plusieurs câbles sous-marins en Méditerranée, l’Algérie et la Tunisie veulent accroître leurs capacités internationales de transmission de données. Les deux pays étudient un nouveau projet conjoint vers l’Italie afin de sécuriser davantage leurs infrastructures numériques.
L’Algérie et la Tunisie envisagent la réalisation d’un nouveau câble sous-marin reliant les deux pays à l’Italie. L’annonce a été faite le samedi 6 juin à l’issue de la 4e session de la Commission technique mixte algéro-tunisienne dans le domaine des télécommunications, organisée à Tunis lors de la visite de travail du ministre algérien de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki.
Le projet vise à renforcer les capacités de transport de données entre les deux pays et l’Europe, dans un contexte de croissance rapide des usages numériques, du cloud et des services en ligne. Les délégations ont également convenu d’optimiser la liaison terrestre existante entre l’Algérie et la Tunisie afin d’améliorer la résilience des réseaux régionaux.
Une capacité internationale déjà importante, mais encore perfectible
Cette initiative intervient alors que les deux pays disposent déjà de capacités internationales significatives. L’Algérie est notamment reliée à l’Europe par les câbles Orval-Alval vers l’Espagne et Medex vers la France, tandis que la Tunisie s’appuie sur plusieurs liaisons méditerranéennes, dont le câble Keltra reliant le pays à l’Italie. La Tunisie est également reliée à l’Europe à travers plusieurs infrastructures sous-marines. Elle figure notamment parmi les points d’atterrissement du projet Medusa, un système de 8760 km reliant neuf pays méditerranéens, dont l’Italie, l’Espagne, la France, l’Algérie et le Maroc.
Dans ce contexte, l’intérêt du futur câble réside moins dans l’accès à l’Europe que dans la diversification des routes internationales. Les câbles sous-marins transportent plus de 95 % du trafic Internet mondial et toute interruption peut provoquer des perturbations importantes sur les réseaux nationaux. L’Algérie a d’ailleurs multiplié les investissements dans ce domaine depuis les coupures qui avaient affecté sa connectivité internationale au début des années 2000.
Pour les deux pays, une nouvelle liaison vers l’Italie offrirait également un accès plus direct aux grands hubs numériques méditerranéens. Cette capacité supplémentaire pourrait accompagner la montée en puissance des centres de données, des plateformes cloud et des applications d’intelligence artificielle, dont les besoins en bande passante progressent rapidement. Elle s’inscrit aussi dans une dynamique régionale plus large visant à faire de l’Afrique du Nord un corridor numérique entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.
Connectivité, roaming et infrastructures numériques
Au-delà du câble sous-marin, les discussions ont porté sur plusieurs chantiers de coopération numérique. Les deux pays souhaitent notamment réduire les coûts du roaming mobile pour les voyageurs et les entreprises opérant de part et d’autre de la frontière. Des échanges ont également été engagés sur le développement de solutions liées à l’Internet des objets par satellite.
Sur le plan technique, Alger et Tunis prévoient de créer une équipe conjointe chargée de mieux coordonner les réseaux mobiles dans les zones frontalières afin de limiter les interférences radioélectriques. Cette coordination servira aussi à préparer la position des deux pays en vue de la Conférence mondiale des radiocommunications de 2027.
Samira Njoya
(Source : Agence Ecofin, 8 juin 2026)
OSIRIS