Afrique : la Fondation Gates et OpenAI annoncent 50 millions USD pour l’IA dans la santé
mercredi 21 janvier 2026
Les pays africains se tournent de plus en plus vers les technologies numériques comme l’IA pour soutenir le développement socio‑économique. Cette tendance touche à tous les secteurs, dont la santé.
La Fondation Gates et la société américaine d’intelligence artificielle OpenAI ont annoncé, le mardi 20 janvier, un partenariat visant à renforcer les soins de santé primaires dans 1000 centres de santé en Afrique d’ici 2028, grâce à l’IA. Les deux partenaires prévoient de mobiliser 50 millions USD en financements, technologies et appui technique dans le cadre de cette initiative baptisée « Horizon 1000 ».
Le programme devrait démarrer au Rwanda, avant d’être étendu à d’autres pays du continent. L’objectif est d’aider les décideurs africains à passer de l’expérimentation à un déploiement concret de l’IA dans les centres de santé. Selon les partenaires, ces technologies peuvent assister les agents de santé de première ligne dans l’application de protocoles complexes, réduire la charge administrative et permettre aux cliniciens de consacrer davantage de temps aux patients. Elles pourraient également offrir aux populations un meilleur contrôle de leur propre santé.
« L’IA sera quoi qu’il arrive une merveille scientifique, mais pour qu’elle devienne une merveille sociétale, nous devons trouver des moyens d’utiliser cette technologie exceptionnelle pour améliorer la vie des gens », a déclaré Sam Altman, PDG d’OpenAI.
Les deux organisations rappellent que les soins de santé primaires constituent le socle de systèmes de santé solides et résilients, tout en restant inaccessibles pour près de la moitié de la population mondiale. L’Afrique subsaharienne fait face, à elle seule, à un déficit estimé à 5,6 millions de professionnels de santé, ce qui exerce une pression considérable sur les effectifs existants et met en évidence l’ampleur des besoins non satisfaits. La qualité des soins demeure par ailleurs très inégale et constitue un facteur important de décès évitables.
Dans ce contexte, plusieurs pays africains ont engagé une intégration progressive des TIC dans le secteur de la santé, dans le cadre d’une transformation numérique plus large. Le Centre d’expertise international de Montréal en intelligence artificielle (CEIMIA) reconnaît ainsi que le potentiel de l’IA pour révolutionner la prestation des soins de santé en Afrique subsaharienne est immense. Dans son rapport « State of AI in Healthcare in Sub‑Saharan Africa », l’organisation souligne que les applications de l’IA ont déjà un impact significatif dans des domaines tels que la télémédecine, la gestion des opérations de santé, l’imagerie médicale, le diagnostic, la surveillance fondée sur les données et la découverte de médicaments.
La télémédecine et le suivi des patients à distance figurent parmi les usages les plus répandus, représentant 31,67 % des applications recensées en Afrique subsaharienne. Les plateformes de télémédecine reposant sur l’IA utilisent notamment la visioconférence, la messagerie instantanée et les consultations virtuelles pour mettre en relation patients et professionnels de santé à distance. Le suivi des patients peut en outre être assuré en temps réel, grâce à la collecte et à l’agrégation de données via des smartphones ou des chatbots, à moindre coût.
Un potentiel important face à des défis structurels
Malgré ces avancées, le CEIMIA met en lumière plusieurs limites. Les principaux pays « pôles » de l’IA en santé sont ceux qui captent l’essentiel des financements internationaux et sont majoritairement anglophones. Les bénéficiaires de ces financements sont principalement des entreprises privées (start‑up et PME), suivies des universités. L’absence notable des gouvernements et la faible participation des organisations de la société civile dans la chaîne de financement constituent toutefois un point de fragilité.
L’organisation souligne également que, malgré l’enthousiasme actuel autour de l’IA en santé, la majorité des recherches appliquées dans ce domaine restent largement alignées sur les priorités des bailleurs de fonds. Si celles‑ci peuvent parfois converger avec les objectifs des pouvoirs publics, ce n’est pas systématiquement le cas.
Parmi les principaux défis persistants figurent notamment la rareté des données, le manque de financements, les lacunes réglementaires, les difficultés de passage à l’échelle, les contraintes d’infrastructures, la pénurie de compétences, ainsi que les enjeux liés à la diversité, l’équité et l’inclusion (DEI), aux biais algorithmiques, à la collaboration et à la participation des acteurs locaux.
Les contraintes d’infrastructures incluent notamment les difficultés d’accès à l’électricité et à l’Internet, en particulier pour les centres de santé situés dans les zones rurales ou reculées. Pour rappel, 9 % de la population africaine reste privée d’une couverture Internet, selon la GSMA (Association mondiale des opérateurs de téléphonie). Si cela semble marginal, seulement 28 % de la population utilise Internet mobile.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 21 janvier 2026)
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