Afrique de l’Est : le roaming régional entre ambitions tarifaires et difficultés d’application
mercredi 4 novembre 2026
La réduction des coûts des communications transfrontalières figure parmi les objectifs de l’intégration des marchés télécoms africains. Des organisations sous-régionales, dont la CEDEAO, l’EAC et la SADC, ont engagé des initiatives de roaming pour faciliter les échanges entre leurs États membres.
La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) prépare de nouvelles règles pour abaisser davantage les tarifs de l’itinérance mobile. Le projet intervient alors que, douze ans après le lancement du dispositif régional One Network Area (ONA), son application reste incomplète, confrontée à des défis réglementaires, commerciaux et techniques qui limitent son efficacité dans la région.
Cette réforme a été examinée le mardi 3 novembre à Nairobi, au Kenya, lors d’une réunion de suivi organisée par l’Assemblée législative de l’Afrique de l’Est (EALA), selon la Kenya News Agency (KNA). Les échanges ont porté sur les progrès réalisés, les obstacles rencontrés par les opérateurs et les ajustements réglementaires proposés.
De nouveaux plafonds pour les appels et les données mobiles
Le projet de règlement prévoit une diminution des plafonds tarifaires appliqués aux communications en itinérance dans la région. Pour les appels vocaux, le tarif de détail maximal passerait de 10 à 5,9 cents de dollar la minute, tandis que le plafond de gros, facturé entre opérateurs, serait ramené de 7 à 4,25 cents de dollar la minute. Le texte prévoit aussi une facturation à la seconde, sans frais d’établissement d’appel.
Les données mobiles sont également concernées. Le tarif de gros serait fixé à 1,65 dollar par gigaoctet (Go), contre 2,72 dollars pour le tarif de détail. Pour les SMS, les plafonds proposés s’établiraient respectivement à 1,5 cent et 2,7 cents de dollar par message.
Ces nouvelles dispositions doivent actualiser le cadre tarifaire de l’ONA, initialement centré sur les appels et les SMS. Elles prennent en compte la progression de l’Internet mobile et l’importance croissante des échanges de données dans les communications transfrontalières.
Des obstacles persistants à l’application du dispositif
L’application du dispositif de l’ONA reste incomplète dans la région. Selon les informations rapportées par la KNA, six des huit États membres concernés l’ont mis en œuvre : le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi et le Soudan du Sud. La République démocratique du Congo (RDC) et la Somalie ne l’ont pas encore adopté, mais se sont engagées à aligner leurs réglementations sur le cadre régional.
Dans ses travaux sur le roaming régional, le secrétariat de l’EAC relève plusieurs obstacles à l’application harmonisée du dispositif. Il cite les différences de réglementation et de fiscalité entre les pays, les écarts dans la supervision des tarifs ainsi que les coûts liés à l’interconnexion des réseaux. L’organisation pointe aussi les déséquilibres dans les volumes de trafic entre opérateurs, le roaming permanent et certaines pratiques frauduleuses comme le SIM boxing, qui permet de contourner les frais applicables aux appels internationaux.
Ces difficultés ont également été abordées lors de la réunion du 3 novembre à Nairobi. Anthony Kamwaro, responsable des affaires réglementaires et des politiques publiques chez Safaricom, a attiré l’attention sur les coûts élevés de terminaison des appels internationaux et le recours à des opérateurs intermédiaires pour acheminer certaines communications. Il a aussi évoqué les pertes de change liées aux règlements du roaming, souvent effectués en dollars alors que les opérateurs encaissent leurs revenus en monnaies locales.
De son côté, Eric Ouko, représentant de Jamii Telecommunications Limited (JTL), a soulevé les difficultés d’interconnexion entre des réseaux reposant sur des générations technologiques différentes. Il a également abordé les limites du suivi des communications transitant par des applications Internet comme WhatsApp et Telegram, dont les appels ne sont pas comptabilisés comme du trafic vocal classique par les opérateurs.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofins, 4 novembre 2026)
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