Accès aux câbles sous-marins : quelles options pour la Centrafrique au-delà du Cameroun
mardi 1er septembre 2026
Les câbles sous-marins acheminent la quasi-totalité des échanges de données à l’échelle mondiale et constituent l’infrastructure de base de l’Internet. Pour les pays enclavés, l’accès à ces réseaux reste toutefois un défi.
La semaine dernière, une coupure de fibre au Cameroun a provoqué une perturbation d’Internet en Centrafrique, selon le ministère de l’Économie numérique. Cet incident met en évidence la dépendance de la Centrafrique à l’égard des infrastructures camerounaises pour accéder aux câbles sous-marins. Il pose aussi la question des alternatives dont dispose le pays pour diversifier ses voies de connectivité internationale.
Cameroun–Congo, les solutions actuelles
Le Cameroun constitue la principale porte d’entrée de la Centrafrique vers les câbles sous-marins, une liaison établie grâce au projet Central Africa Backbone (CAB). Cette dépendance expose le pays aux coupures du réseau camerounais. Celles-ci peuvent être liées à la dégradation des infrastructures ou au vandalisme et ont des répercussions directes sur la qualité de la connexion en Centrafrique.
Le risque est également commercial. Camtel, l’opérateur historique camerounais, peut suspendre la transmission en cas d’impayés ou de différends avec ses partenaires. En mai 2025, l’entreprise avait ainsi coupé l’accès à Internet du Tchad en raison d’impayés de SOTEL, avant qu’une mission ministérielle à Yaoundé ne permette de trouver un accord.
Le projet Central Africa Backbone (CAB) prévoit une interconnexion avec le Congo-Brazzaville, qui dispose de deux câbles sous-marins, WACS et 2Africa. Cependant, cette option reste à concrétiser, selon Gauthier Guezewane Gbowé, chargé de mission au ministère de l’Économie numérique de la Centrafrique, dans un article relayé par son département le 30 août.
Il explique que le tronçon Owando–Ouesso, actuellement en construction dans le nord du Congo, devrait ouvrir « la seconde porte » vers la Centrafrique une fois finalisé. Mais l’exploitation de la fibre étant partagée entre Congo Telecom et Silicone Connect, cette alternative soulève des questions sur la gestion de l’interconnexion avec Bangui, les tarifs et les garanties de continuité.
Des solutions envisagées vers l’Est
Face à cette situation, les autorités centrafricaines reconnaissent la nécessité d’une diversification des voies d’accès. Gauthier Guezewane Gbowé a évoqué un « basculement vers l’Est » du territoire pour une meilleure couverture.
S’il n’a pas donné davantage de détails, cette déclaration intervient après que le pays s’est rapproché du Soudan du Sud. Le projet, annoncé en mai 2026, devrait être mené par l’Agence centrafricaine de développement du digital (ACDD) et l’opérateur délégué MTN. Aucun détail supplémentaire n’a été communiqué, notamment sur le calendrier de mise en œuvre, le tracé de l’infrastructure ou ses modalités techniques.
D’autres possibilités liées à la position géographique
La position géographique de la Centrafrique lui offre d’autres possibilités pour diversifier ses accès à la connectivité internationale. Le pays peut envisager des liaisons vers l’est et le sud, en s’appuyant sur les réseaux des pays voisins, qu’ils soient limitrophes ou non.
À l’est, le Soudan, pays limitrophe de la Centrafrique, dispose d’un accès aux câbles sous-marins de la mer Rouge. Le Kenya, accessible via le Soudan du Sud avec lequel la Centrafrique a déjà conclu un accord de coopération, dispose de plusieurs câbles sous-marins, dont 2Africa, SEACOM, EASSy, TEAMS et PEACE.
Au nord, l’Égypte constitue un important carrefour des câbles sous-marins reliant l’Europe, l’Asie et l’Afrique, avec une vingtaine de systèmes passant par son territoire. La Libye, située sur la Méditerranée, dispose de son côté d’un accès à six câbles sous-marins, tandis que l’Algérie est reliée à cinq systèmes desservant la Méditerranée et l’Europe.
À l’ouest, le Nigeria dispose de l’un des plus importants ensembles de câbles sous-marins d’Afrique de l’Ouest, avec huit liaisons. Le pays est desservi par MainOne, Equiano, Glo‑1, WACS et 2Africa. Au sud, la République démocratique du Congo (RDC) est principalement desservie par deux câbles sous-marins : WACS et 2Africa.
Il convient de préciser que ces pays constituent des possibilités théoriques fondées sur la position géographique de la Centrafrique et la présence d’infrastructures sous-marines dans les pays concernés. Leur concrétisation dépendrait de plusieurs facteurs, parmi lesquels la distance, les infrastructures terrestres disponibles, les relations entre les pays, les coûts d’interconnexion et la faisabilité technique des liaisons.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 1er septembre 2026)
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