À fin mai 2026, 61 opérateurs télécoms ont des services 5G commerciaux sur 37 marchés africains
samedi 12 septembre 2026
La 5G, qui représente actuellement environ 5 % de l’ensemble des connexions sur le continent, se concentre essentiellement dans les grands centres urbains, ainsi que dans les pôles d’activité et industriels tels que les zones minières, manufacturières et logistiques.
61 opérateurs de télécommunications ont lancé des services 5G commerciaux sur 37 marchés africains à fin mai 2026, mais cette génération de réseaux de téléphonie mobile reste encore aux premiers stades de son développement sur le continent, selon un rapport publié en juillet dernier par GSMA Intelligence, la branche de recherche et de conseil de l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA). Intitulé « 5G in Africa 2026 : Market status, trends and outlook », le rapport indique que ces chiffres montrent que la 5G en Afrique a dépassé le stade de la validation de principe, passant de la phase des essais isolés à un déploiement commercial.
Actuellement, la 5G représente environ 5 % des quelque 1,5 milliard de connexions mobiles sur le continent, contre une moyenne mondiale de 33 %. D’ici fin 2026, on comptera un peu moins de 100 millions de connexions 5G en Afrique. Ce chiffre devrait atteindre 382 millions d’ici 2030, soit 21 % du nombre total des abonnements mobiles, toutes générations confondues, sur le continent. À ce même horizon, la 5G représentera cependant plus de 80 % des connexions dans plusieurs pays avancés, notamment la Chine, les marchés développés de la région Asie-Pacifique, les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et les États-Unis.
La majorité des réseaux 5G déjà déployés sur le continent sont non-Standalone (non autonome, une technologie de réseau mobile hybride qui associe des antennes 5G à un cœur de réseau 4G existant). La 5G autonome (Standalone, un réseau 5G qui fonctionne entièrement de manière indépendante des infrastructures 4G grâce à l’utilisation d’un cœur de réseau 5G dédié) est encore à ses débuts, avec moins de 5 opérateurs ayant lancé ou annoncé des projets. Les contraintes structurelles, notamment les coûts élevés de déploiement, un réseau de raccordement par fibre optique limité et les difficultés liées au spectre, font de la 5G autonome une perspective à plus long terme pour l’Afrique.
La couverture 5G varie considérablement à travers l’Afrique. La République de Maurice et l’Afrique du Sud seulement affichaient une couverture démographique en 5G de plus de 50 % en mai 2026. Dans la plupart des pays, la couverture 5G reste fortement concentrée au sein des grands centres économiques urbains et des secteurs industriels ciblés. À travers le continent, les opérateurs mobiles priorisent une approche de déploiement ciblée et guidée par les cas d’utilisation plutôt que de rechercher une couverture grand public vaste et nationale, reflétant des contraintes économiques, des lacunes en matière d’infrastructure et un pouvoir d’achat limité.
Cette stratégie concentre les investissements sur des sites géographiques et des applications à forte valeur ajoutée, en particulier la 5G FWA (Fixed Wireless Access, ou accès sans fil fixe 5G) en tant qu’alternative à la fibre optique pour les ménages à revenus élevés, les petites et moyennes entreprises (PME) et les zones mal desservies, ainsi que les pôles d’activité et industriels tels que les zones minières, manufacturières et logistiques.
En concentrant les déploiements là où la demande et le potentiel de chiffre d’affaires sont les plus forts, les opérateurs peuvent maximiser le revenu moyen par utilisateur (ARPU), soutenir des cas d’utilisation spécifiques liés à la transformation numérique et préserver leur capital en évitant les coûts élevés associés à une densification généralisée du réseau.
Améliorer l’accessibilité financière des appareils
Au-delà des grands centres urbains, la poursuite de l’extension de la couverture dépendra de la rentabilité du déploiement des réseaux dans les zones à plus faible densité. Pour limiter leurs dépenses, les opérateurs exploitent de plus en plus des modèles de partage d’infrastructures, y compris le partage de tours et de réseaux actifs. Des développements récents mettent en évidence cette tendance. À titre d’exemple, Maroc Telecom et Inwi ont créé des coentreprises en mars 2025 couvrant à la fois les infrastructures de tours et de fibre optique, avec des plans pour déployer 3 000 nouvelles tours d’ici 2028 et 6 000 d’ici 2033.
L’adoption de la 5G sera stimulée par l’extension continue du réseau et des efforts ciblés pour améliorer l’accessibilité financière des appareils, dont des réductions de taxes et des initiatives de financement d’appareils. En parallèle, la migration en cours depuis des générations antérieures devrait soutenir l’adoption, certains consommateurs étant susceptibles de zapper complètement la 4G pour passer directement à la 5G.
Le prix moyen d’un smartphone 5G d’entrée de gamme en Afrique reste supérieur à 100 $, un montant qui dépasse le salaire minimum mensuel sur de nombreux marchés, rendant ainsi le renouvellement du matériel inabordable pour le grand public. En conséquence, l’attention devrait se porter de plus en plus sur les segments de la 5G FWA et des entreprises, qui offrent de plus en plus d’opportunités de créer de la valeur et de générer un impact. À l’échelle continentale, les connexions 5G FWA devraient passer d’environ 1 million en 2026 à 3,5 millions en 2030.
Le rapport souligne par ailleurs que la nécessité d’accélérer le déploiement, renforcer l’adoption et maximiser l’impact de la technologie dans la région. Cela est essentiel non seulement pour concrétiser ses avantages en termes de productivité, d’innovation et d’inclusion, mais aussi pour éviter un creusement de la fracture numérique par rapport à d’autres régions où la 5G est déjà le moteur de la transformation numérique des économies.
Les gouvernements et les opérateurs jouent un rôle central au sein de l’écosystème 5G africain. Outre les actions les domaines de la réglementation, des infrastructures, des compétences et du développement de cas d’utilisation, les différents acteurs de l’écosystème gagneraient à lever les obstacles à la disponibilité du spectre et à mettre en place des mesures incitatives pour stimuler la demande tant du grand public que des entreprises, en particulier sur les marchés où les opérateurs ont déjà investi massivement dans le déploiement des réseaux.
Pour les opérateurs, une monétisation efficace de la 5G est également essentielle pour renforcer la rentabilité des investissements réalisés et soutenir la poursuite de l’extension de la couverture et de la capacité.
Walid Kéfi
(Source : Agence Ecofin, 12 septembre 2026)
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