À Abidjan, l’Afrique finalise sa position numérique avant Doha
samedi 19 septembre 2026
L’Afrique a achevé à Abidjan sa dernière grande étape de concertation avant la Conférence des plénipotentiaires de l’Union internationale des télécommunications (UIT), prévue à Doha du 9 au 27 novembre 2026. Réunis du 15 au 17 septembre sous l’égide de l’Union africaine des télécommunications (UAT), les États africains ont finalisé 46 propositions communes. L’enjeu est désormais de transformer cette convergence en capacité de négociation lors du rendez-vous mondial de novembre.
La quatrième et dernière Réunion préparatoire africaine pour la PP-26, APM26-4, a constitué l’aboutissement d’un processus engagé en juillet 2024 à Windhoek. Plus de 500 réunions de groupes de travail en ligne et quatre sessions préparatoires en présentiel ont précédé la rencontre d’Abidjan. Les délégations y ont arrêté 46 propositions communes : 38 modifications de résolutions existantes, deux nouvelles résolutions et six résolutions maintenues sans changement.
Ces textes doivent désormais servir de base à la position africaine à Doha. Ils ne constituent toutefois pas des décisions de l’UIT. Leur adoption à Abidjan marque la fin de la phase de coordination africaine ; leur portée politique et institutionnelle dépendra des négociations qui se dérouleront à Doha avec les autres groupes régionaux et les États membres.
C’est là que se situe l’enjeu central de la séquence d’Abidjan. L’unité de position ne vaut pas encore influence. Le véritable test sera la capacité des délégations africaines à maintenir leur coordination, à rechercher des convergences avec d’autres régions et à défendre leurs priorités dans les compromis qui seront nécessaires à la conférence.
Le directeur régional de l’UIT pour l’Afrique, Emmanuel Manasseh, a appelé précisément à convertir cette convergence en influence à Doha. Selon l’AIP, l’objectif dépasse le seul nombre de propositions : les discussions doivent contribuer à la connectivité, à la mobilisation des investissements, au développement des compétences, à la confiance numérique et à l’accès à des services numériques inclusifs.
La PP-26 constituera, à cet égard, un rendez-vous majeur pour la gouvernance mondiale des télécommunications. Les États membres y examineront les orientations futures de l’UIT et procéderont à plusieurs élections au sein de l’organisation, dont celles du Conseil et du Radio Regulations Board. Les candidatures africaines figurent également parmi les sujets examinés dans le cadre de la préparation continentale. Le programme officiel de l’APM26-4 prévoyait notamment la coordination des candidatures africaines au Conseil de l’UIT et aux fonctions électives.
La Côte d’Ivoire, pays hôte de la réunion d’Abidjan, a confirmé sa candidature au Conseil de l’UIT pour la période 2027-2030. Cette candidature devra, comme les autres, être soumise au vote des États membres à Doha. Elle s’inscrit dans une séquence où la représentation institutionnelle et la capacité à peser sur les orientations de l’Union constituent deux dimensions distinctes mais liées de la participation africaine.
Pour le continent, les enjeux dépassent les seuls équilibres électoraux. Connectivité, infrastructures, inclusion numérique, développement des compétences, sécurité et confiance dans l’environnement numérique sont devenus des questions centrales de développement. La gouvernance des fréquences et des réseaux satellitaires ajoute à cette agenda une dimension technologique et stratégique croissante.
La réunion d’Abidjan intervient ainsi dans un contexte où les télécommunications ne sont plus seulement considérées comme un secteur technique. Elles conditionnent l’accès aux services numériques, la compétitivité économique, l’innovation et une partie croissante des politiques publiques.
Un autre rendez-vous consacré aux radiocommunications est d’ailleurs prévu à Abidjan du 24 au 26 septembre : le deuxième Forum des radiocommunications, organisé par l’Agence ivoirienne de gestion des fréquences radioélectriques (AIGF). Il ne s’agit pas d’une réunion de l’UIT ni d’une étape de la préparation de la PP-26. Le FRC 2026 est un forum ivoirien à vocation technique et institutionnelle, consacré notamment aux réseaux radioélectriques terrestres et satellitaires, à la gestion des fréquences et aux questions liées à l’exposition aux ondes électromagnétiques. Sa finalité relève de la réflexion sectorielle nationale et non de la négociation africaine à Doha.
Cette distinction est importante : l’APM26-4 prépare la position des États africains pour une conférence multilatérale ; le FRC 2026 traite des enjeux techniques et réglementaires des radiocommunications en Côte d’Ivoire. Les deux événements appartiennent au même environnement numérique, mais ne relèvent ni du même organisateur ni du même mandat.
Après Abidjan, la priorité africaine est désormais de préparer la phase de négociation. L’UAT prévoit encore des travaux de coordination avant Doha, notamment une réunion préparatoire interrégionale les 13 et 14 octobre en Arabie saoudite. Les délégations devront également poursuivre les ajustements et la priorisation des textes avant les échéances fixées par l’UIT.
La conférence de Doha permettra alors de mesurer la portée réelle du travail accompli à Abidjan. Les 46 propositions communes constituent une base de négociation ; elles ne préjugent pas des compromis qui seront finalement adoptés.
Pour l’Afrique, le défi est donc désormais clairement posé : passer de l’harmonisation des positions à leur traduction dans les décisions internationales. Abidjan a permis de construire une voix commune. Doha dira jusqu’où cette voix pourra peser dans la gouvernance mondiale des télécommunications.
Clément EWOUEDJE
(Source : Business Actuality, 19 septembre 2026)
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