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À 21 ans, un étudiant du CESAG veut révolutionner l’accès au salaire en Afrique de l’Ouest

dimanche 12 juillet 2026

Alors que des millions de salariés en Afrique de l’Ouest attendent la fin du mois pour percevoir leur rémunération, le Burkinabè Sinon Yacouba Faiz, étudiant en management au CESAG de Dakar, lance WAGIS, une fintech qui permet aux travailleurs d’accéder à une partie de leur salaire déjà gagné, sans recourir au crédit. Avec un premier déploiement prévu au Burkina Faso, la jeune pousse ambitionne de s’étendre progressivement à l’ensemble de l’UEMOA.

À l’heure où le mobile money transforme progressivement les services financiers en Afrique de l’Ouest, une jeune fintech burkinabè entend s’attaquer à une problématique largement partagée par les salariés : devoir attendre la fin du mois pour percevoir un revenu déjà acquis.

Baptisée WAGIS Technologies, la startup développe une plateforme d’Earned Wage Access (EWA), ou accès au salaire déjà gagné, permettant aux employés de retirer une partie de leur rémunération avant la date officielle de paie, sans recourir à un crédit.

À l’origine du projet se trouve Sinon Yacouba Faiz, étudiant burkinabè de 21 ans en Management au CESAG de Dakar. Selon lui, plusieurs facteurs rendent aujourd’hui ce modèle viable dans l’espace UEMOA.

« Les conditions viennent de se réunir : le mobile money est devenu universel au Burkina Faso et l’Earned Wage Access a déjà fait ses preuves au Nigeria et au Kenya. Pourtant, personne ne l’avait encore adapté à l’UEMOA », explique-t-il.

Le jeune entrepreneur évoque également une motivation personnelle. « J’ai grandi en voyant des salariés s’endetter chaque fin de mois pour un argent qu’ils avaient déjà gagné. Ce paradoxe m’était insupportable. »

Structurer une pratique déjà existante

Pour WAGIS, l’objectif n’est pas de créer un nouveau besoin, mais de formaliser une pratique déjà répandue. Aujourd’hui, de nombreux salariés sollicitent des avances auprès de leur employeur, empruntent auprès de proches ou recourent à des prêteurs informels pour faire face à des dépenses imprévues.

« Nous ne créons pas la demande. L’avance sur salaire existe déjà partout, mais de manière informelle et souvent lente. Notre ambition est de la structurer et de la rendre plus simple, plus transparente et plus digne », affirme le cofondateur.

Selon lui, le seul marché burkinabè représente déjà un potentiel important.

« Le secteur privé formel emploie environ 400 000 salariés et la pénétration de l’Earned Wage Access y est aujourd’hui de zéro pour cent. » Au-delà du Burkina Faso, WAGIS mise sur les spécificités de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. « L’UEMOA, c’est huit pays, une monnaie et un régulateur. Ce qui fonctionne à Ouagadougou peut être répliqué à Dakar ou à Abidjan. »

Un modèle qui se veut sans endettement

Contrairement aux prêts à la consommation ou aux avances classiques, WAGIS insiste sur le fait que son service ne constitue pas un crédit. L’utilisateur peut consulter le montant de salaire déjà acquis au fil des jours et retirer une partie de cette somme via Orange Money ou Wave. La somme est ensuite automatiquement déduite lors du versement du salaire.

La startup applique des frais fixes de 1,5 % par retrait, sans intérêts ni dossier de crédit. Interrogé sur le financement des avances de salaire, Sinon Yacouba Faiz explique que le modèle économique repose sur une rotation rapide des fonds.

« Au démarrage, il faut relativement peu de capital. Chaque avance est remboursée dès la paie suivante. Le même argent circule de mois en mois, contrairement à un crédit classique qui immobilise les fonds sur une longue période. » Selon lui, le risque de défaut demeure limité. « Comme le salarié a déjà gagné cet argent, le risque de non-remboursement est quasi nul. »

Le programme pilote sera financé sur les fonds propres de l’entreprise, avant la mise en place de partenariats avec des employeurs et des institutions financières. « Le principe reste inchangé : l’employeur ne débourse jamais un franc. C’est WAGIS qui avance les fonds avant de se rembourser au moment de la paie. »

Une ambition régionale

Le lancement pilote est prévu au Burkina Faso. L’entreprise vise une cinquantaine d’entreprises clientes dès la première année, avant de consolider son offre avec une carte d’avantages destinée aux salariés ainsi qu’un hub d’éducation financière. À l’horizon de trois ans, WAGIS ambitionne d’étendre ses activités à un ou deux autres pays de l’UEMOA. Pour son fondateur, la mission demeure inchangée. « Notre boussole reste la même : qu’un travailleur n’ait plus jamais à s’endetter pour accéder à son propre argent. »

Cette initiative illustre l’émergence d’une nouvelle génération de fintechs africaines qui cherchent à adapter des modèles déjà éprouvés sur d’autres marchés aux réalités économiques et réglementaires de l’Afrique de l’Ouest, avec le mobile money comme principal levier d’inclusion financière.

(Source : Social Net Link, 12 juillet 2026)

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