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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2009 > Avril > La banque de demain, selon Blaise Ahouantchédé

La banque de demain, selon Blaise Ahouantchédé

mercredi 29 avril 2009

Fintech

Fort de ses quinze ans au service de la finance et la banque, Blaise Ahouantchédé, Directeur général du Groupement interbancaire monétique de l’Union des Etats de l’Afrique de l’Ouest, est bien placé pour parler des imbrications de la monétique et de la banque de détail. Entretien.

Les Afriques : La banque de détail, demain, sera monétique ou ne sera pas ?

Blaise Ahouantchédé : Tout à fait, on peut le dire. La monétique, c’est l’avenir de l’industrie bancaire, surtout de la banque de détail, appelée banque à réseau. La monétique est un produit véritablement créateur de valeur financière où la banque prend un risque très limité et maîtrisé. La monétique, c’est le cœur de nos économies.

LA : Où en est aujourd’hui le projet du système unique interbancaire de paiement et de retrait par carte dans les Etats de l’UEMOA ?

BA : Nous ambitionnons de mettre en production, d’ici la fin de l’année, 70 banques membres du GIM-UEMOA, si les groupes de banques comme BOA, Banque Atlantique, BNP Paribas et Société Générale jouent le jeu et suivent notre rythme (nous n’avons pas de doute).

Il faut souligner que les filiales du groupe Ecobank, ont commencé à se connecter à notre système. Il est à noter que le groupe Attijariwafa Bank est déjà en production sur le réseau GIM via sa filiale CBAO.

LA : Certaines banques comptent des réseaux importants et de ce fait ne veulent pas ouvrir leurs réseaux à la concurrence. Que vont-elles gagner dans l’interopérabilité ?

BA : Je ne pense pas que des banques soient réticentes à ouvrir leurs réseaux à la concurrence dans le cadre interbancaire. Ce serait une erreur stratégique, car ouvrir son réseau n’apporte que de la valeur. Les banques touchent des commissions et découvrent de nouvelles opportunités quand elles ouvrent leur réseau, ce n’est pas gratuit. Je souligne d’ailleurs que plus le réseau est dense, plus la banque engrange des commissions. C’est le cas de CBAO Groupe Attijariwafa Bank, en production aujourd’hui au niveau du réseau GIM, dont les volumes de transactions interbancaires sont en constante augmentation (permettez-moi de ne pas révéler les chiffres). La banque de demain, c’est une banque de commissions et non une banque de taux d’intérêts.

L’interopérabilité et l’interbancarité leur apportent un réseau GIM d’une centaine de banques et d’une centaine de grosses structures de microfinance, avec, à terme, plus de 2500 points de retrait DAB et plus de 8000 points de vente pour les paiements chez les commerçants. Quelle banque ou quel groupe de banques est capable de fournir tout seul, un tel réseau dans notre zone, je ne vois pas !

Le réseau GIM est domestique. Les huit pays sont considérés comme un seul, à l’intérieur duquel sont opérées des transactions monétiques avec les mêmes règles et normes, ainsi que les mêmes commissions, quelle que soit la nature des transactions, pourvu qu’elles soient effectuées à l’aide d’une carte portant le label GIM-UEMOA. C’est le seul système au monde véritablement domestique, élargi sur huit pays et totalement opérationnel à ce jour. L’Europe est en train de travailler pour mettre en place un système comme celui du GIM appelé le SEPA, mais c’est à l’horizon 2010.

LA : Du point de vue stratégique, que représentera la monétique et ses nouvelles technologies dans la banque de détail de demain ?

BA : Je peux affirmer sans me tromper que d’un point de vue stratégique, la monétique constitue un véritable levier de croissance de la banque d’aujourd’hui et de demain, surtout dans notre zone où nous avons encore 94% de personnes à bancariser. Même si nous arrivions à atteindre 50%, ce serait un exploit. Il n’y a que la monétique qui le permet, avec les nouveaux produits comme les cartes prépayées, le mobile paye, etc. Avec la monétique interbancaire, les banques font des économies d’échelle en mutualisant les infrastructures techniques de traitement ainsi que les solutions déployées. Je suis convaincu qu’à travers le projet monétique interbancaire, il est possible de transformer notre zone en environnement moderne de paiement. Ce qui va dynamiser le tissu économique, rassurer les investisseurs et les bailleurs de fonds.

LA : Le système monétique de l’UEMOA rejoindra-t-il à terme celui de la CEMAC ?

BA : Je le souhaite vivement. C’est une nécessité. Le jour où cela arrivera, nous aurons réussi une grande intégration financière et économique. Nous avons commencé à y réfléchir. Techniquement, il n’y a pas grand chose à faire, car nous avons les mêmes solutions PowerCard de HPS, le problème est plutôt d’ordre réglementaire et je compte sur les deux Banques centrales, BCEAO et BEAC, pour nous y aider. Nous, nous sommes prêts, ainsi que notre partenaire HPS, si nous avons le OK des Banques centrales, c’est une question de mois pour arrimer les deux systèmes et commencer les échanges. Les populations des deux zones seront gagnantes, car elles pourront circuler librement avec une carte en main, d’un côté la carte GIM et de l’autre la carte OMAC. En réalité rien n’est compliqué, c’est une question de volonté.

Propos recueillis par Adama Wade

(Source : Les Afriques, 29 mai 2009)

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