OSIRIS

Observatoire sur les systèmes d’information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal

Show navigation Hide navigation
  • OSIRIS
    • Objectifs
    • Partenaires
  • Ressources
    • Société de l’Information
    • Politique nationale
    • Législation et réglementation
    • Etudes et recherches
    • Points de vue
  • Articles de presse
  • Chiffres clés
    • Le Sénégal numérique
    • Principaux tarifs
    • Principaux indicateurs
  • Opportunités
    • Projets

Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2008 > Janvier > L’Afrique est l’eldorado des téléphones mobiles

L’Afrique est l’eldorado des téléphones mobiles

jeudi 31 janvier 2008

Téléphonie

L’Afrique est l’eldorado des téléphones mobiles opérateurs et fabricants de téléphones portables trouvent un excellent relais de croissance sur le continent noir, largement sous-équipé. Pour réussir, ils ont conçu des modèles et des services adaptés.

Le village de Konkoma est à deux heures de route cahoteuse de la capitale de l’Ouganda, Kampala. Trois baraques en béton bordent la route : une épicerie-droguerie, un bazar d’outils agricoles et la papeterie de Joseph Ssesanga, 25 ans, principal entrepreneur local. L’instrument de sa fortune tient dans la main : un téléphone mobile.

Ssesanga participe au programme Village Phone, initié en 2003 par la Grameen Bank de Muhammad Yunus : pour 200 dollars financés par un organisme de microcrédit, avec un taux d’intérêt à 4% (contre 15% dans une banque), il a acquis, en 2005, un téléphone Nokia et une antenne à mettre sur son toit, une batterie automobile pour fournir l’électricité, et un prix préférentiel d’achat des unités de communication (quarante secondes) à 9 cents de dollar chez l’opérateur MTN (contre 13 cents pour les grossistes en cartes prépayées).

« Ce téléphone a transformé ma vie, c’est comme si j’avais gagné à la loterie », s’émerveille Joseph Ssesanga, reconverti en téléphoniste. En louant son mobile 13 cents l’unité, il a remboursé son crédit en quatre mois. Quand il était fermier, il ne tirait de ses maïs et bananiers plantains que « 1 000 à 3 000 shillings (0,5 à 2 dollars) par mois pour beaucoup de labeur, et qui pouvait être détruit en un instant par la météo ». Maintenant, Joseph Ssesanga peut payer l’école à ses enfants - « une première dans l’histoire de la famille », précise-t-il fièrement... et investir dans de nouveaux téléphones. Il en possède six aujourd’hui, qui lui rapportent 70,5 dollars par mois. Il a confié les cinq autres téléphones à des fermières dans l’arrière-campagne, qu’il rémunère 4 dollars par mois. Chacune loue le mobile à ses voisins, qui consomment une ou deux unités pour se renseigner sur le prix de la banane au marché ou sur l’heure de passage du transporteur.

Une clientèle exponentielle

Cinq ans plus tôt, Ssesanga et les fermiers des environs de Konkoma étaient ignorés des grands opérateurs. Pourquoi les 70% d’Africains ruraux, vivant, selon l’ONU, avec 1 à 3 dollars par jour, auraient-ils besoin d’un portable, et comment pourraient-ils payer ? La réponse est dans les 15 000 « village phones », servant chacun 300 à 400 clients, qui se sont implantés en Ouganda en quatre ans, contre un objectif initial de 500 sur cinq ans. Dans ce pays de 30 millions d’habitants avec un PIB par tête annuel de 300 dollars, les 14% de la population qui possèdent un mobile, avec une facture moyenne mensuelle de 15 dollars... ne sont qu’une minorité urbaine et aisée.

Mais les autres aussi ont besoin du portable : les paysans et les pêcheurs pour connaître les cours des matières premières et vendre au meilleur prix ; les garagistes, les coiffeuses, les couturières, les colporteurs pour s’arranger avec leurs fournisseurs et leurs clients, les femmes de ménage, taxis et ouvriers à la journée pour être joignables, voire se faire de la publicité. « Il y a trois ans, les analystes m’assuraient que le taux de pénétration du mobile ne pourrait dépasser les 25% en Afrique, se souvient Marc Rennard, en charge de ce continent à Orange. Aujourd’hui, on est environ à 28%, et ce n’est pas fini. Grâce à l’économie informelle, le pouvoir d’achat est bien supérieur aux chiffres officiels, et après se nourrir et se loger, communiquer est vital pour les Africains. »

Avec déjà 3 milliards d’abonnés au mobile sur la planète, l’essentiel de la croissance des opérateurs vient désormais des pays émergents. Malgré les guerres et la misère, l’Afrique enregistre 5% de progression de son PIB par an, et sa population devrait doubler d’ici à 2050. Avant 2000, il y avait moins de téléphones dans toute l’Afrique qu’à Tokyo ; fin 2007, il y avait 276 millions d’utilisateurs de mobiles. Et si plus d’un Maghrébin, Egyptien et Sud-Africain sur deux est déjà un adepte, si près de 40% des Sénégalais, Ivoiriens et Camerounais ont un mobile, le potentiel est énorme dans des pays peuplés, tel le Nigeria avec ses 135 millions d’habitants, ou peu développés, comme la République démocratique du Congo (RDC), où le taux de pénétration est de 8%.

Le continent noir fait donc rêver les opérateurs de mobiles. Au début, seuls les Sud-Africains et les Moyen-Orientaux ont osé y investir, comme l’opérateur sud-africain MTN, implanté dans 18 pays, l’émirien Etisalat Moov (10 pays), Celtel (16 pays), fondé par l’Ougandais « Mo » Ibrahim - qui avait alors eu du mal à convaincre les banques-, puis vendu au koweïtien Zaïn. Mais aujourd’hui, le britannique Vodafone, installé en Egypte, cherche à accroître ses parts dans l’opérateur sud-africain Vodacom, implanté dans 5 pays, et dans Safaricom au Kenya.

De son côté, Orange, fort de sa présence historique en Egypte et au Sénégal, s’est étendu à marche forcée dans 15 pays africains, et il reste à l’affût : il est candidat aux privatisations de Ghana Telecom et Algérie Telecom, et s’intéresse à la RDC. Vivendi est là aussi, entré en 2007, via sa filiale Maroc Telecom, au Gabon et au Burkina Faso. Tous ces groupes ont profité l’an dernier en Afrique d’une croissance du nombre d’abonnés de 40 à 50%, du chiffre d’affaires de 10 à 15% tout en dégageant une confortable marge d’exploitation autour de 40%.

Les convoitises sont si aiguisées que même des pays petits et pauvres telle la Guinée (10 millions d’habitants) comptent quatre opérateurs, et que les tickets d’entrée atteignent des prix spéculatifs, comme la troisième licence au Sénégal (10 millions d’habitants) emportée à 200 millions de dollars ! « Cela devient fou, selon Devine Kofiloto, analyste à Informa Télécoms. Outre les problèmes d’infrastructures et l’instabilité politique, le revenu par abonné baissera de 14 à 11 dollars d’ici à 2012, avec le recrutement de clients ruraux plus modestes. »

Des modèles adaptés

Pour réussir, les industriels ont choisi de faire simple : coûts bas et adaptation aux besoins locaux. Nokia, dont la part de marché en Afrique est très supérieure à 40%, n’est menacé sur le continent que par ses propres vieux portables, revendus d’occasion au coin de la rue. Comprenant que le prix de l’appareil est le premier obstacle à l’accès au mobile, il a su comprimer ses coûts de production, et son best-seller, le 1110, se négocie à moins de 40 dollars. Après avoir fait appel à des anthropologues, qui ont notamment étudié au plus près les usages au Ghana, le finlandais a sorti de nouveaux modèles, équipés d’un clavier anti-poussière et surtout d’une lampe torche pour pallier les incessantes coupures d’électricité.

De leur côté, les opérateurs ne facturent pas en Afrique la minute de communication moins cher qu’en Europe. Pour gagner de l’argent malgré la consommation faible de chaque client, ils serrent les coûts : la main-d’oeuvre est bon marché, les équipements de réseau 2G, à présent banalisés, sont bradés, et les frais commerciaux restent modiques dans ces marchés de cartes prépayées où ils ne subventionnent pas le téléphone.

Reste la distribution : elle est peu gourmande, mais doit être d’une proximité maximale. « Les gens n’ont pas d’argent pour prendre les transports et choisissent souvent les plus petites cartes, de cinq minutes, quitte à en racheter une plusieurs fois par jour, dès qu’ils ont gagné une pièce, explique Antoine Pamboro, directeur de Celtel RDC. Il faut qu’il y ait des cartes à vendre partout. » En République démocratique du Congo, outre les salons de coiffure, les garages et échoppes, au fin fond des bidonvilles de la capitale, Kinshasa, la moindre vendeuse ambulante assise sur le trottoir dispose d’un parasol, d’une tablette Celtel, et propose des cartes téléphoniques près de ses paquets de mouchoirs et de sa bassine de haricots.

Des services appropriés

Pour booster les usages, les operateurs développent des services dédiés aux consommateurs africains. Ainsi, face à la pratique populaire du flashing - à court d’unités, on appelle quelqu’un et on raccroche aussitôt ; le destinataire comprend, en fonction d’un code convenu à l’avance, qu’il doit rappeler, ou que le taxi l’attend en bas de l’immeuble... -, Celtel et Orange ont lancé des SMS discount spécifiques « call me back » ou « rappelle-moi ».

Plus fort, MTN, Vodacom et Celtel proposent un système, appelé Me2U ou CpourToi, de transfert de crédit-temps par SMS, qui fait un carton. Micheline Gbotta, jeune enseignante à Brazzaville, au Congo, envoie régulièrement 1 ou 2 dollars d’unités pour être sûre que sa famille, à plus de 400 kilomètres au nord, près d’Owando, puisse l’appeler en cas d’urgence. Un jour, apprenant qu’il fallait de l’argent pour soigner sa grand-mère malade, elle a même envoyé sur le réseau pour 20 dollars de temps de communication... que ses parents ont revendu sur place 19 dollars à un distributeur de cartes prépayées. « Par la poste, ce ne serait jamais arrivé ou trop tard, assure Micheline Gbotta. Mon téléphone a sauvé une vie. »
Dans ces pays où pratiquement personne n’a de compte en banque, où les déplacements sont fastidieux et dangereux, les minutes mobiles sont donc devenues une nouvelle monnaie. Au Kenya, Safaricom a officialisé le système avec son offre de banque mobile M-Pesa (argent en swahili) : ses clients peuvent ouvrir un compte sur leur portable chez ses distributeurs de cartes agréés et aller les voir pour déposer, virer ou retirer du cash moyennant une petite commission forfaitaire. En partenariat avec Vodafone, Safaricom propose même ce service depuis le Royaume-Uni. Wilson Ochola, manutentionnaire à Birmingham, envoie une partie de son salaire via un SMS à sa femme et ses sept enfants restés à Nairobi : « C’est plus rapide, sûr et bien moins cher qu’un transfert par Western Union. »

Autre innovation, l’itinérance internationale au prix des communications nationales, initiée par Celtel entre le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, la RDC, le Congo et le Gabon. Un vrai avantage dans un continent où, selon Michel Elame, directeur de Celtel Congo, « les frontières sont coloniales et certaines populations nomades ». Cette première mondiale, tant sur le plan technique que tarifaire, a valu à Celtel une lettre de la Commission européenne, obligée chez elle de réguler pour obtenir des tarifs de roaming décents. Quand l’Afrique donne des leçons de téléphonie mobile à l’Europe...

Le téléphone mobile a détrôné l’ordinateur

Cette idée a germé dans la Silicon Valley : il fallait « connecter » l’Afrique, c’est-à-dire fournir des ordinateurs et l’accès à Internet aux plus pauvres afin qu’ils s’enrichissent. Mais le projet du chercheur du MIT Nicholas Negroponte de fabriquer un ordinateur à 100 dollars est dans les limbes et, même si l’on donnait les PC, les problèmes d’électricité (70% des Africains n’y ont pas accès) et d’éducation (35% sont analphabètes) ne seraient pas résolus pour autant. Aujourd’hui, affirment les économistes, le mobile - peu cher, moins gourmand en énergie, plus pratique - est l’ultime technologie d’aide au développement. Une étude de la London School of Economies estime même que 10 téléphones de plus pour 100 habitants se traduisent par un gain de 0,6 point de PIB. Le mobile améliore la productivité, économisant temps et trajets. Sans compter les effets induits de la prospérité des opérateurs, souvent parmi les premiers employeurs du pays, premiers annonceurs, premiers contributeurs aux ressources fiscales et redistributeurs de richesses (Celtel donne 1% de son profit pour financer des projets dans l’éducation). C’est bien pourquoi l’Afrique noire compte avant tout sur les mobiles pour réaliser les objectifs 2015 du Millénaire pour le développement de l’ONU : réduire la pauvreté de moitié et éradiquer l’analphabétisme.

Gaëlle Macke

(Source : Challenges, 31 janvier 2008)

Fil d'actu

  • Monnaies complémentaires et possibilités en Afrique : description et essai de mise en œuvre dans le domaine de l’agroécologie Burkina NTIC (30 juillet 2026)
  • Charte de membre Africollector Burkina NTIC (25 février 2026)
  • TIC ET AGRICULTURE AU BURKINA FASO Étude sur les pratiques et les usages Burkina NTIC (9 avril 2025)
  • Sortie de promotion DPP 2025 en Afrique de l’Ouest Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Nos étudiant-es DPP cuvée 2024 tous-tes diplomés-es de la Graduate Intitute de Genève Burkina NTIC (12 mars 2025)

Liens intéressants

  • NIC Sénégal
  • ISOC Sénégal
  • Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP)
  • Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT)
  • Commission de protection des données personnelles (CDP)
  • Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA)
  • Sénégal numérique (SENUM SA)

Navigation par mots clés

  • 4560/5191 Régulation des télécoms
  • 370/5191 Télécentres/Cybercentres
  • 3529/5191 Economie numérique
  • 1841/5191 Politique nationale
  • 4966/5191 Fintech
  • 577/5191 Noms de domaine
  • 2010/5191 Produits et services
  • 1591/5191 Faits divers/Contentieux
  • 773/5191 Nouveau site web
  • 5191/5191 Infrastructures
  • 1792/5191 TIC pour l’éducation
  • 188/5191 Recherche
  • 250/5191 Projet
  • 3510/5191 Cybersécurité/Cybercriminalité
  • 2072/5191 Sonatel/Orange
  • 1662/5191 Licences de télécommunications
  • 293/5191 Sudatel/Expresso
  • 1016/5191 Régulation des médias
  • 1320/5191 Applications
  • 1112/5191 Mouvements sociaux
  • 1694/5191 Données personnelles
  • 156/5191 Big Data/Données ouvertes
  • 628/5191 Mouvement consumériste
  • 379/5191 Médias
  • 671/5191 Appels internationaux entrants
  • 1643/5191 Formation
  • 100/5191 Logiciel libre
  • 2178/5191 Politiques africaines
  • 1018/5191 Fiscalité
  • 179/5191 Art et culture
  • 611/5191 Genre
  • 1924/5191 Point de vue
  • 1146/5191 Commerce électronique
  • 1571/5191 Manifestation
  • 326/5191 Presse en ligne
  • 135/5191 Piratage
  • 222/5191 Téléservices
  • 1021/5191 Biométrie/Identité numérique
  • 320/5191 Environnement/Santé
  • 358/5191 Législation/Réglementation
  • 371/5191 Gouvernance
  • 1797/5191 Portrait/Entretien
  • 146/5191 Radio
  • 778/5191 TIC pour la santé
  • 317/5191 Propriété intellectuelle
  • 62/5191 Langues/Localisation
  • 1150/5191 Médias/Réseaux sociaux
  • 2036/5191 Téléphonie
  • 225/5191 Désengagement de l’Etat
  • 1064/5191 Internet
  • 119/5191 Collectivités locales
  • 466/5191 Dédouanement électronique
  • 1280/5191 Usages et comportements
  • 1089/5191 Télévision/Radio numérique terrestre
  • 561/5191 Audiovisuel
  • 3423/5191 Transformation digitale
  • 407/5191 Affaire Global Voice
  • 179/5191 Géomatique/Géolocalisation
  • 340/5191 Service universel
  • 674/5191 Sentel/Tigo
  • 177/5191 Vie politique
  • 1677/5191 Distinction/Nomination
  • 34/5191 Handicapés
  • 724/5191 Enseignement à distance
  • 736/5191 Contenus numériques
  • 585/5191 Gestion de l’ARTP
  • 190/5191 Radios communautaires
  • 1808/5191 Qualité de service
  • 483/5191 Privatisation/Libéralisation
  • 138/5191 SMSI
  • 513/5191 Fracture numérique/Solidarité numérique
  • 2792/5191 Innovation/Entreprenariat
  • 1371/5191 Liberté d’expression/Censure de l’Internet
  • 46/5191 Internet des objets
  • 179/5191 Free Sénégal
  • 913/5191 Intelligence artificielle
  • 214/5191 Editorial
  • 10/5191 Gaming/Jeux vidéos
  • 24/5191 Yas

2026 OSIRIS
Plan du site - Archives (Batik)

Suivez-vous