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Internet des objets : pourquoi il faudra attendre 2020 en Afrique

vendredi 10 février 2017

Innovation/Entreprenariat

En 2016 et pour les 3 années à venir, la progression des « objets connectés » en Afrique ne devrait pas dépasser les 1%. Dans certains pays, cette progression devrait même être inférieure à ce faible taux. Mais selon les experts, ce n’est pas pour autant que l’Afrique restera loin des ces avancées technologiques qui perturbent les marchés à l’international. Les opérateurs du continent devront voir leurs chiffres progresser dés 2020. Détails.

Les objets connectés arrivent ! Même avec une croissance de 1 % cette année, les experts du cabinet IDC spécialisé dans l’étude du marché des TIC croient dur comme fer à l’arrivée très prochaine des objets connectés. Selon George Kalebaila, directeur du segment Télécoms et Internet of things (IoT, objets connectés), cette technologie est déjà présente de façon significative dans le continent, mais « l’explosion » n’aura lieu qu’à partir des années 2020. « Les objets connectés touchent déjà des secteurs stratégiques en Afrique comme la santé, l’éducation, la logistique ou même le secteur minier », détaille-t-il. Bien entendu, cette croissance reste concentrée dans les économies africaines les plus dynamiques. C’est le cas particulièrement en Afrique du Sud, qui a atteint une maturité optimale pour innover dans ce genre technologies, mais aussi le Kenya, le Nigéria ou encore l’Ouganda. En plus de disposer déjà d’un écosystème d’entreprises et startups technologiques qui développent et déploient des solutions innovantes basées sur le principe du IoT, une bonne partie de ces pays ont achevé la construction du cadre réglementaire indispensable pour l’utilisation de ces technologies, sous l’impulsion du secteur privé. Ce dernier est le moteur de la croissance des TIC en général en Afrique. « Tous les gouvernements africains n’ont pas compris les enjeux de la transformation digitale de l’Afrique. C’est le secteur privé qui les sensibilise par rapport à cette question », explique l’expert sud-africain.

Qu’est ce que l’Internet des choses ?

Il faut dire qu’il s’agit de technologies qui permettent un certain nombre d’avantages. L’Internet des choses est l’interconnexion des dispositifs physiques, des véhicules, des bâtiments,etc. Ces « objets » sont doté de dispositifs électroniques, composés de capteurs et de logiciels pour collecter des données qui facilitent le contrôle à distance mais aussi la prise de décision. Cela crée plus d’occasions pour une intégration plus directe du monde physique dans les systèmes informatiques. Ce qui améliore l’efficacité, la précision et donc la rentabilité tout en réduisant le taux de risque du fait que la réduction drastique de l’intervention humaine. Les experts estiment que l’IOT se composera de près de 50 milliards d’objets d’ici 2020 et touchera les foyers comme les unités de production. L’exemple le plus concret, et qui est de plus en plus utilisé en Afrique concerne le secteur de la logistique. En connectant les véhicules à Internet à travers des bornes spéciales, le gestionnaire de flotte a accès à des informations détaillées sur la localisation de chaque voiture ou camion, sa consommation en carburants, son état mécanique, la performance du conducteur, etc.

Loin des fantasmes...

Il est tout à fait légitime de se dire que cet enthousiasme n’est que candide. Il suffit en effet de connaitre un minimum les problèmes de l’Afrique pour se dire que de pareilles projections relèvent du fantasme. Mais cela serait une erreur. « Personne n’aurait prédit que le mobile money aurait un tel essor 10 ans auparavant. Internet des choses permet une rentabilité et une meilleure gestion des outils de production. Les opérateurs industriels ne peuvent pas se permettre de ne pas passer le virage », explique l’expert. Même les doutes qui se justifient à la qualité de la couverture télécoms dans continent, Kalebaila les balaie d’un revers de la main. Selon son raisonnement, cette infrastructure se développe chaque jour parce que les investissements qu’on y verse, sont rentables et assez sûrs. Et c’est justement pour cela que le cabinet s’attend à une croissance beaucoup plus importante à partir de 2020. En effet, selon les analyses, dans 3 à 4 ans, les infrastructures télécoms devront atteindre une densité suffisante pour développer des solutions IoT et les généraliser à toutes les régions et la plupart des secteurs. Une fois cette étape franchie, il sera plus ou moins facile pour l’écosystème de se développer et toucher de nouveaux marchés et secteur.

Les opérateurs non africains dominent !

L’écosystème des entreprises technologiques en Afrique reste tout de même dominé par les acteurs internationaux. Selon l’expert, cette configuration du secteur ne devrait pas changer de sitôt. Les startups technologiques africaines n’ont toujours pas acquis suffisamment de maturité pour prendre le relais. Beaucoup d’entre elles n’arrivent pas à atteindre rentabilité qui leur permettra de se concentrer sur la recherche et développement pour croître. Soutenus par des financements étrangers solides et des technologies de pointes, les fournisseurs de services non africains continueront à dominer le marché. « Cette configuration devrait persister quelques années avant que le mixte entreprises locales/étrangères ne soit équilibré », explique Kalebaila. En fait, ces opérateurs locaux sont mieux à même de comprendre le besoin des populations. Un avantage qui ne jouera en leur faveur qu’une fois qu’ils deviendront suffisamment matures et compétitifs. Mais pour le moment, l’expert note qu’une nouvelle tendance est en train de gagner du terrain : de grands opérateurs, comme IBM ou Microsoft, commencent à localiser leurs services, mais aussi à s’allier à des opérateurs locaux pour développer des solutions adaptées aux besoins des africains.

Devant ces changements, l’Afrique devrait faire face à de nouveaux challenges et notamment la sécurité. « Heureusement », il s’agit là d’une problématique qui se pose pour le monde entier. En Afrique, il devient urgent pour tous les pays de développer les cadres réglementaires adéquats. L’expertise, quant à elle, proviendra d’acteurs « extrêmement spécialisés » qui se positionnent dans ce marché prometteur. Autrement dit, la course vient à peine de commencer...

Mehdi Lahdidi

(Source : La Tribune Afrique, 9 février 2017)

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