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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2020 > Mai 2020 > Ghana : Accra, faire rimer Afrique et numérique

Ghana : Accra, faire rimer Afrique et numérique

vendredi 29 mai 2020

Innovation/Entreprenariat

Le point commun entre Barack Obama et Google ? Ils ont mis le Ghana en bonne place sur leur feuille de route en Afrique. Ce pays, politiquement stable et économiquement en croissance, n’a pas fini de faire parler de lui. Sa capitale non plus !

Pas toujours facile de situer le Ghana sur une carte, autant être honnête. Pourtant, ce petit pays fait de plus en plus parler de lui. En juillet 2009, il a été le premier du continent africain à accueillir Barack Obama, alors président des Etats-Unis, en visite officielle. Une plaque commémorative rappelle sa visite au fort de Cape Coast, dans le golfe de Guinée, d’où des milliers d’Africains ont été embarqués comme esclaves vers l’Amérique et les Caraïbes entre les XVIIe et XIXe siècle.

Le Ghana a d’ailleurs commémoré les 400 ans du départ des premiers esclaves vers l’Etat de Virginie en déclarant l’année 2019 « Year of Return ». Cette « année du retour » visait à faire progresser le tourisme en incitant les Afro-Américains à venir retrouver leurs racines.

Objectif atteint selon les premiers chiffres disponibles, puisque le nombre de touristes aurait augmenté d’environ 40 % en 2019. Depuis 2018, le Ghana fait aussi parler de lui dans l’écosystème du numérique. En juin de cette année-là, Google a annoncé que son prochain centre de recherche en intelligence artificielle (IA) – et le premier sur le continent africain – ouvrirait ses portes à Accra, la capitale du pays.

Cette décision a suscité beaucoup d’interrogations et une grande curiosité. Qu’est-ce qui pouvait bien motiver Google à choisir ce pays ? En fait, le Ghana se distingue des autres Etats africains sur de nombreux points. Le pays jouit d’une stabilité politique et d’une croissance économique soutenue.

Son PIB aura progressé de 7,6 % en 2019 selon les estimations de la Banque mondiale, l’un des meilleurs taux – sinon le meilleur – de tout le continent. Deuxième producteur mondial de cacao, il exporte également du pétrole et de l’or. Bien qu’associé à l’Organisation internationale de la francophonie, c’est un îlot anglophone au milieu de pays francophones – Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Togo.

Enfin, la réputation de plusieurs de ses universités et établissements d’enseignement a dépassé ses frontières, attirant de nombreux étudiants d’autres pays anglophones d’Afrique. Autant d’aspects qui ont pesé dans la décision du géant californien.

Faire progresser la science en Afrique

Le centre de recherche en IA de Google a effectivement ouvert ses portes en février 2019, avec une dizaine de chercheurs venus de partout dans le monde. L’équipe est dirigée par le Sénégalais Moustapha Cissé. Agé d’à peine 35 ans, cet ingénieur informaticien spécialisé en IA a été formé à l’université de Saint-Louis (Sénégal), à Sorbonne Universités (campus Pierre-et-Marie-Curie, à Paris), ainsi qu’à l’université de Montréal.

Avant de diriger le centre Google d’Accra, il a travaillé au Facebook Artificial Intelligence Research (FAIR). Autrement dit, dans sa courte carrière, il a déjà frayé avec ce que le monde compte de meilleur en matière de recherche en IA. Pour Google, l’enjeu de ce nouveau centre de recherche est d’implanter solidement ses applications et ses plates-formes (moteur de recherche, publicité, Google Maps, Youtube, Waze, Android…) en Afrique, à l’heure où la scène high-tech locale se développe et se structure rapidement.

Pour Moustapha Cissé et les chercheurs du centre, les travaux menés en IA et en machine learning (ML) doivent contribuer à faire progresser la science en Afrique et répondre aux grands enjeux du continent, à savoir l’agriculture, l’éducation et la santé, avec une vision locale et une connaissance du terrain.

Il s’agit aussi de mieux prendre en compte les spécificités africaines pour que ses populations soient mieux représentées dans les vastes bases de données dont se nourrissent les algorithmes d’IA. Ainsi, la reconnaissance faciale ou la traduction automatique, domaines dans lesquels l’IA excelle, disposent de très peu de données provenant du continent africain. De fait, les tests de reconnaissance menés jusqu’à présent ont obtenu de piètres résultats sur la reconnaissance des visages noirs…

Au Ghana, former les experts africains de l’IA

Sur son profil LinkedIn, Moustapha Cissé dit qu’il « construit des machines intelligentes pour améliorer nos vies ». Et ce ne sont pas là que des mots. En même temps qu’il est entré chez Google, il a créé un master dédié à l’IA au sein de l’antenne de l’African Institute for Mathematical Sciences (AIMS), à Kigali, au Rwanda.

Cet African Masters of Machine Intelligence (AMMI) veut former les experts africains de l’IA dont le continent a grand besoin. Des chercheurs parmi les plus réputés du monde se sont engagés à venir y enseigner. Et si certains pouvaient douter de la capacité d’un tel cursus à attirer les candidats, un tweet de Moustapha Cissé apporte une réponse édifiante.

En avril dernier, il annonçait que AIMS avait reçu 7 053 candidatures pour la session 2019-2020 du master AMMI ! Google et Facebook, qui contribuent au financement de cette formation à hauteur de 8 millions de dollars, ne s’y sont pas trompés. L’AIMS est un autre élément important du développement du numérique en Afrique en général et au Ghana en particulier.

Créé en 2003 à Muizenberg, dans la banlieue du Cap, en Afrique du Sud, cet institut forme les meilleurs jeunes Africains aux mathématiques et à leurs applications dans les sciences, l’ingénierie et la technologie. Pendant une année, les jeunes sélectionnés dans toute l’Afrique sont hébergés et bénéficient gratuitement de cours donnés par des enseignants venus d’universités partenaires, parmi lesquelles Oxford ou Paris-Saclay.

AIMS a essaimé et ouvert des antennes au Ghana, à Accra, mais aussi au Cameroun, au Sénégal, en Tanzanie et au Rwanda. Parallèlement, la dynamique start-up a semble-t-il gagné tout le continent. De nombreux incubateurs et accélérateurs ont vu le jour dans la plupart des capitales africaines. Les manifestations dédiées au numérique, aux start-up, à l’innovation se multiplient.

Comme, par exemple, AfricArena Summit dont la troisième édition s’est tenue en novembre dernier au Cap. Soutenu par de grands partenaires industriels et investisseurs, le Summit a rassemblé 80 start-up sélectionnées parmi un millier de candidatures… Des pépites qui bâtissent résolument le futur numérique du continent africain.

Sophy Caulier

(Source : The Good Life, 29 mai 2020)

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