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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2019 > Mai 2019 > Fibre optique Gabon Congo : pourquoi ça coince ?

Fibre optique Gabon Congo : pourquoi ça coince ?

vendredi 3 mai 2019

Infrastructures

Initié il y a cinq ans, le projet de fibre optique Central African Backbone a pour vocation de tisser un réseau de communication très haut débit en Afrique centrale. Il entre dans le cadre des engagements des pays de la CEMAC à Kigali pour le Smart Africa.

Pour cela, la fibre optique a été choisie comme technologie afin d’interconnecter le Congo, le Gabon, le Cameroun, la Guinée Equatoriale et la RDC entre eux.

Afin de matérialiser le projet de fibre optique, des centaines de millions de dollars ont été mobilisés par la Banque Mondiale sur toute la région avec le concours des états souverains. Avec plus ou moins de succès en fonction des pays.

Le Gabon et le Congo ont été les premiers à se lancer dans l’aventure. Les projets ont démarré respectivement en 2013 et 2011.

Au Cameroun, ce n’est qu’en 2018, que Minette Libom Li Likeng a lancé le projet. Mais avec beaucoup de difficultés, puisque Camtel détient toujours le monopole de la distribution de la fibre optique. Une situation qui ne convient pas aux directives du FMI.

Inauguration fantoche du câble ?

Fin 2017, le Gabon et le Congo ont inauguré leur interconnexion. Mettant fin à plusieurs années de travaux. 800 kilomètres de fibre déployées coté congolais entre Pointe Noire et la frontière gabonaise. Coté gabonais, 1200 kilomètres ont été déployés entre Libreville, Franceville, puis Lekoko, à la frontière congolaise.

Si le « backbone national » est bien fonctionnel côté gabonais, c’est une toute autre question au Congo. Le réseau est toujours hors service. Et pour plusieurs raisons.

Plusieurs kilomètres de réseau endommagés et à refaire
A ce jour, fort est de constater que le réseau congolais est toujours hors service. Le gouvernement congolais n’a toujours pas trouvé d’exploitant pour faire fonctionner son réseau. Il a changé trois fois de délégataire. Au grand désespoir du FMI, qui s’assoit sur 60 millions de dollars d’investissements.

Et pour cause, plusieurs kilomètres de réseau sont actuellement endommagés. L’Etat congolais peine à trouver les financements pour leur réhabilitation.

Léon Juste Ibombo sous la pression de Congo Télécom et de la Banque Mondiale

L’opérateur historique, Congo Télécom, voit d’un très mauvais œil l’arrivée d’un « concurrent ». Les dirigeants de la société d’état, en faillite depuis plusieurs années, lorgnent sur cette nouvelle infrastructure afin d’empocher les recettes issues de son exploitation.

Mais le FMI a émis une fin de non recevoir, afin que le réseau soit exploité par un opérateur indépendant. Le modèle de gouvernance imposé par le FMI est qu’un opérateur de renommée internationale soit recruté par appel d’offre. Et selon un cahier des charges bien précis. Ce qui, a ce jour, n’est toujours pas le cas.

Congo télécom dispose d’un argument politique de poids. Des centaines de fonctionnaires de l’opérateur pourraient entrer en grève. Accusant le projet de mettre en péril la compagnie. Une crise sociale supplémentaire que le ministre de la communication Léon Juste Ibombo aura du mal a justifié.

L’intégration numérique sous régionale menacée

Alors que certains GAFFA (Google, Facebook …) souhaitaient s’installer dans la sous région, ils pourraient très rapidement changer d’avis. Emportant avec eux, plusieurs centaines de millions de dollars d’investissements dans le numérique.

Une catastrophe pour le Gabon et le Congo qui peinent à attirer les investisseurs, depuis le début de la crise économique.

En effet, ces derniers ont dans leur viseur le marché africain et notamment la République Démocratique du Congo. Car la RDC présente le potentiel de croissance le plus important. Notamment suite au changement de régime, et en terme de population.

La non matérialisation de cette intégration sous régionale poussera ces derniers à outre passer le Gabon et le Congo. Et à créer directement leur propre infrastructure.

Un manque à gagner qui traduira l’échec du FMI et des états à réaliser de grands projets de développement.

(Source : Afric Telegraph, 3 mai 2019)

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