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Entrevue avec le Directeur des TIC au Ministère des Postes et Télécommunications

vendredi 19 août 2016

Politique nationale

Directeur des TIC, Dr Chérif Diallo est aussi enseignant et chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis où il dirige différents enseignements dans la section informatique de l’Unité de Formation et de Recherches des Sciences Appliquées et Technologies (UFR SAT). La plupart de ses enseignements sont orientés autour des thématiques d’architectures des systèmes des réseaux, des technologies de télécommunications, de la sécurité des systèmes d’information et des méthodologies et outils d’audit informatique.

Merci encore Dr Diallo d’apparaitre dans notre blog. Alors dites nous tout : En tant que Directeur des TIC au Sénégal, en quoi consiste votre travail ?

Merci à vous aussi. Tout d’abord, ma tâche consiste à aider, assister et conseiller le Ministre en charge des Postes et des Télécommunications par rapport à toute question liée aux Technologies de l’Information et de la Communication. Ma mission consiste aussi à représenter le Ministre dans certaines rencontres nationales et internationales. De plus, La Direction des Technologies de l’Information et de la Communication (DTIC), que je dirige a pour mission de mettre en œuvre la politique de l’Etat définie en matière des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). A cet effet, elle est chargée :

• de concevoir, de coordonner et d’orienter la politique et les stratégies de développement durable dans le secteur des TIC ;

• de coordonner et suivre l’exécution des programmes et projets TIC puis d’évaluer leurs impacts ;

• de mettre en œuvre les conventions internationales en matière de TIC signées ou ratifiées par le Sénégal ;

• de définir les modalités d’assistance technique et de coopération bilatérale et multilatérale ;

• de participer à toutes les réunions internationales traitant de questions de TIC ;

• d’encourager le développement de la technologie endogène ;

• de définir une politique de promotion des TIC, en particulier l’internet dans tous les secteurs d’activités, et de rendre accessible l’outil Internet aux populations ;

• d’assurer le suivi de l’intégration de l’informatique aux supports de communication ainsi que la promotion des télé-services ;

• de proposer des mesures propres à assurer la sécurité des réseaux de communication ;

• de préparer, en premier ressort, les avis et observations sur les projets de loi et décrets soumis au ministre dans le secteur des TIC ;

• d’élaborer à l’intention du Ministre des Postes et des Télécommunications des rapports et notes de conjoncture périodiques.

Parlez nous de la situation du Sénégal en termes d’Innovation et Développement de l’internet : quels sont les progrès qui ont été faits ? Avez-vous un IPv6 Task force ?

En termes d’innovation et de développement des technologies de l’Information et de la Communication, beaucoup de progrès ont été faits au Sénégal. Pour amorcer un premier pas vers la maturité numérique, L’Etat du Sénégal a d’abord initié une cyberstratégie nationale qui a été largement adoptée par les acteurs du secteur des Télécommunications/TIC.

La démarche était basée sur une vision clairement exprimée et des orientations précises. Cette vision, faudrait-il le rappeler, a l’ambition d’inverser la polarité entre le gouvernement et le citoyen en mettant ce dernier au cœur des préoccupations de l’Administration et de favoriser l’innovation et la création de richesses.

En 2014, le Plan Sénégal Emergent (PSE), nouveau Document national de référence pour le développement socio-économique, a été adopté par le Sénégal. Dans le PSE, les Télécoms/TIC sont identifiées comme un secteur ayant un effet d’entrainement important sur les autres secteurs de l’économie, par l’amélioration de leur facilité d’accès et de façon substantielle leur valeur ajoutée.

C’est la raison pour laquelle le Sénégal a engagé un processus d’élaboration d’une Stratégie Nationale de Développement de l’Economie Numérique (SNDEN 2016-2025), arrimée au PSE, et dont la vision, largement partagée par l’ensemble des acteurs, est déclinée comme suit :

  • « En 2025 au Sénégal, le Numérique pour tous et pour tous les usages avec un secteur privé dynamique et innovant dans un écosystème performant ».
  • Il faudrait souligner que la présente Stratégie, à travers les piliers et les axes stratégiques, a largement pris en compte le caractère inclusif posé comme principe fondamental pour l’édification de la Société de l’Information au Sénégal.

Dans notre vision, l’infrastructure est essentielle pour concrétiser l’objectif d’inclusion numérique, si l’on veut que l’accès aux TIC soit universel, durable, ubiquiste et financièrement abordable, compte tenu des solutions appropriées déjà en place dans certains pays en développement et dans certains pays à économie en transition, pour assurer connectivité et accès durables aux zones reculées et marginalisées aux niveaux national et régional.

  • L’hébergement par le Sénégal de la station hub terrienne de Gandoul du réseau Panafricain des Services en ligne avec une ouverture sur l’ensemble du continent (télémédecine, téléenseignement, communications diplomatiques).

Sur le plan des infrastructures de télécommunications, le Sénégal dispose depuis fin décembre 2013, de 6000 kms de fibre optique (dont les 3700 kms de la Sonatel et les 1500 kms de l’ADIE) sur l’ensemble du territoire national, réparties entre les opérateurs de télécommunications et l’Etat à travers l’ADIE, la Police et la Senelec, et est desservi par 3 câbles sous-marins en fibre optique (ATLANTIS 2, SAT-3/WASC/SAFE, ACE) permettant de disposer d’une bande passante internationale de 25 Gigabits

  • Le télé-enseignement avec l’interconnexion de six (06) universités (Saint-Louis, Thiès, Bambey, Ziguinchor, Dakar et l’Université Virtuelle Sénégalaise) pour contribuer à l’amélioration de la qualité de l’enseignement au sein des universités.

En termes d’innovation dans le domaine des infrastructures de télécommunications, le Sénégal a déjà testé la 4G avec des opérateurs locaux. Le processus d’attribution de licences 4G au Sénégal est en cours.

Dans le cadre de la démocratisation de l’accès aux TIC, trente-sept (37) Centres Multimédia Communautaires (CMC) ont été déjà installés avant 2016. Dans ce projet, nous prévoyons un « passage à grande échelle » des CMC à l’intérieur du pays afin d’en doter tous les villages de plus de 500 habitants à terme.

La mise en place de salles multimédias connectées à Internet et disposant d’outils e-Learning pour les élèves et les établissements scolaires :

  • 208 collèges équipés dans le cadre du projet USAID/EDB de l’Education ;
  • 129 écoles élémentaires ;
  • 300 salles dans le cadre du projet SANKORE ;
  • L’ouverture de 27 centres de recherches et d’essai « module TIC » et 06 centres d’accès aux TIC ouverts par le projet PAISD permet de contribuer au désenclavement numérique des régions périphériques.

Internet est un vaste ensemble de réseaux indépendants qui acceptent de partager le trafic avec leurs clients mutuels grâce à un protocole commun. Aujourd’hui, la hausse de la demande de services à grande capacité pour les médias, l’éducation et la santé rendent ces échanges plus lourds et complexes. Un Point d’échange Internet (IXP) ou nœud d’échange est une infrastructure physique qui permet d’améliorer et d’accélérer les échanges de trafic Internet entre utilisateurs d’un même territoire, grâce à des accords mutuels dits de pair à pair (Peering en anglais). Dans l’ensemble, les Points d’échanges ont eu pour effet direct de réduire les coûts d’exploitation des Fournisseurs d’accès Internet locaux, tout en augmentant le trafic et les recettes. Il contribue également dans certains pays au rapatriement des plates-formes financières précédemment externalisées pour les services bancaires en ligne. Dans le but de promouvoir le développement de l’Internet en Afrique, l’Union Africaine, en partenariat avec Internet Society (ISOC), a entrepris depuis 2012, un vaste programme de mise en place de Points d’Echange Internet nationaux et régionaux dénommé « African Exchange Internet System » (AXIS). A l’instar de plusieurs pays africains, le Sénégal a bénéficié du soutien de ce programme et a organisé en 2015 l’Assemblée Générale constitutive du point d’Echanges Internet SENIX permettant l’adoption des statuts et la mise en place du conseil d’administration. Nous l’ambition aussi de réaliser, cette année, l’un des plus grands projets du secteur TIC qui est la construction d’un parc des technologies numériques dont le financement est bouclé et le démarrage imminent. La principale composante du parc de technologies numériques est constituée de principalement de :

  • 03 immeubles prêts à l’emploi, destinés aux entreprises qui évoluent dans le secteur du numérique ;
  • 01 centre de « Business Process Outsourcing » pour l’hébergement d’activités offshore de haut niveau ;
  • 01 centre d’incubation de Start up qui servira d’extension de l’incubateur de Dakar qui ne satisfait aujourd’hui que 10% des besoins en incubation.

Ce parc sera aménagé sur un site fermé de 25 hectares situé sur le pôle urbain de Diamniadio. Il constituera la première et la plus grande plateforme régionale de promotion de l’innovation et du développement de services numériques, créatrice d’emplois ; une infrastructure de classe internationale qui fera du Sénégal une plaque tournante attractive pour l’investissement dans le secteur des TIC. Conscients de la pénurie d’adresses IPv4, nous avons relancé l’étude de la migration d’IPv6. Nous sommes en train de réunir l’ensemble des parties prenantes afin de mettre en place un IPv6 Task force.

Sur cette même note, quelles sont les difficultés et comment pensez-vous y faire face ?

Les principales difficultés sont d’ordre financières. Certaines entreprises auront du mal à supporter le coût de la migration en termes de recrutement d’ingénieurs qualifiés mais aussi et surtout en termes d’acquisition de nouveaux équipements compatibles IPv6 en remplacements de ceux d’IPv4. Le coût de la mise à niveau des applications n’est pas négligeable non plus. Sans compter la problématique de la coexistence des plates formes IPv6 et IPv4, car la période de recouvrement risque d’être assez longue compte tenu des capacités très différentes des uns et des autres. De ce fait si les gouvernements africains d’une part et les bailleurs internationaux d’autre part, arrivent à aider certains acteurs, cela pourrait accélérer le processus de migration.

Pensez-vous que la majorité du continent africain fait face aux mêmes difficultés en termes de développement de l’internet ?

Si oui ou non comment pensez-vous que l’on puisse ou pas travailler en tant que continent Africain ? Il y a des disparités très diverses à travers le continent africain où on note d’importants taux d’exclusion numérique à divers endroits du continent. Au même moment certains pays sont quasiment au même niveau que l’Europe ou les USA. Pour mieux travailler en tant que continent Africain, il faudrait exploiter l’OUA qui pourrait être un excellent outil de développement de l’Internet en Afrique.

(Source : AFRINIC, 19 août 2016)


Biographie

Ancien élève du Lycée Valdiodio Ndiaye de Kaolack où, Dr. Chérif Diallo a obtenu son Baccalauréat Série C avec la mention Bien, après avoir été lauréat du concours général de mathématiques à deux reprises (en 1ère et en Terminale).Ensuite il a bénéficié d’une bourse du gouvernement français afin de poursuivre ses études supérieures en France sanctionnées par un Doctorat de Télécom SudParis (ex INT d’Evry, Institut National des Télécommunications) et d’autres diplômes parmi lesquels : une Maîtrise d’Ingénierie de l’Université Paul Sabatier de Toulouse, le Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) de Calcul Scientifique (Université Paris 6), un Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) d’informatique (sécurité des systèmes d’information), et un Certificat de Spécialisation en « Audit des Systèmes d’Information ». Ancien Consultant certifié CISSP, CCNP, & CCDP, spécialiste des Réseaux Télécoms et de la Sécurité des Systèmes d’Information, il esti ntervenu dans la conduite de missions d’audit des Réseaux Télécoms et il a piloté de nombreux projets innovants pour le compte de très grandes entreprises dans des secteurs d’activité aussi variés que : le Gouvernement (Services du Premier Ministre, Ministère des Finances, Ministère de la Culture), les Banques-finances (Société Générale, Crédit du Nord, Crédit Lyonnais), la Grande Distribution (Groupement des Mousquetaires), les Opérateurs Télécoms (SFR, Cegetel), l’Aéronautique (Dassault Systèmes, Eurocontrol, Snecma, Thalès) et l’Industrie (EDF, GDF, Air Liquide, CEA commissariat à l’énergie atomique). Son expérience de plus de 15 années de consulting et son savoir faire sont reconnus à travers plusieurs certifications professionnelles acquises aussi bien dans le domaine de la Sécurité des Systèmes d’Information (CISSP Certified Information Systems Security Professional, ISC2 ; FCNSA Administration des équipements Fortinet), que dans celui des Réseaux Télécoms (CCNP Cisco Certified Network Professional. CCDP Cisco Certified DesignProfessional). Conjointement à ses activités de consultant, il a donné des enseignements à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC), dans le domaine de l’administration des Systèmes et des Réseaux Télécoms. Il a dirigé également, depuis 2010, divers enseignements à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), à l’Université de Thiès, à l’Université Alioune Diop de Bambey et à l’Académie Franco-Américaine de Libreville (AFRAM). Jusqu’à sa nomination comme Directeur des TIC, il est enseignant chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis où il dirige différents enseignements dans la section informatique de l’Unité de Formation et de Recherches des Sciences Appliquées et Technologies (UFR SAT). La plupart de ses enseignements sont orientés autour des thématiques d’architectures des systèmes des réseaux, des technologies de télécommunications, de la sécurité des systèmes d’information et des méthodologies et outils d’audit informatique.

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