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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2018 > Décembre 2018 > En prison depuis 4 ans, Ousseynou Diop alias Weuz Hussein à la barre pour (…)

En prison depuis 4 ans, Ousseynou Diop alias Weuz Hussein à la barre pour apologie des attentats de Charlie Hebdo

mercredi 26 décembre 2018

Faits divers/Contentieux

Après les attentats du 7 janvier 2015 visant Charlie Hebdo perpétrés par les frères Chérif et Said Kouachi liés à Al Qaida dans la Péninsule arabique (AQPA) suivis de la tuerie d’une supérette casher à la porte de Vincennes commis par Amedy Coulibaly, un jeune sénégalais de 20 ans s’était fendu d’un commentaire pour le moins apologiste sur le réseau social, Facebook. Se cachant sous le pseudonyme de “Weuz Hussein” qu’il changera ensuite en “Hussein al Tijani”, il se félicitait de ces attentats et en annonçait d’autres à l’occasion d’un match de football devant opposer Lyon et Nice. Mal lui en a pris. Borné immédiatement par les radars français, il est cueilli trois jours après son post par des éléments de la Division des investigations criminelles qui se sont transportés à Thiès où il se trouvait. Placé sous mandat de dépôt depuis lors, il voit enfin le bout du tunnel en ce sens que le procès tant espéré et réclamé et par lui et par ses proches, se tient enfin ce mercredi 26 décembre.

Comme c’est étrange le mal que peuvent nous faire nos propres mots. Pour des questions comme le terrorisme où nos Etats rivalisent d’ardeur pour se faire respecter, il n’y a point de place à l’humour ou à la plaisanterie. En effet la question du terrorisme revêt un caractère tellement sérieux que défense est faite à tous les citoyens d’essayer de la justifier. Voilà l’expérience qu’est en train de vivre le jeune Thiessois Ousseynou Diop en prison depuis 4 ans.

Aujourd’hui, les jeunes de la capitale du rail n’en peuvent plus de la détention de leur camarade. Depuis les attaques du siège du journal « Charlie Hebdo » il y a quatre ans, le jeune étudiant croupit en prison pour un commentaire sur facebook.

C’est sûr que le jeune Ousseynou ne pouvait guère imaginer le poids de ces mots et des maux qu’ils allaient lui infliger. Son commentaire est une réaction spontanée comme il y en a eu à foison. Mais pendant que les uns ont usé de vocabulaire moins affligeant dans leurs publications foncièrement hostiles à l’hebdomadaire français, Ousseynou a été perdu par son innocence et son insouciance par rapport à la question du terrorisme. On ne badine pas avec ça sous nos cieux !

Pour ce commentaire donc, Ousseynou a semble-t-il assez payé de son erreur. Rester en détention sans jugement pendant tout ce temps est dur à imaginer pour quelqu’un qui a fait amende honorable maintes fois en prison. Que de fois n’a-t-il demandé la clémence du chef de l’Etat et explicitement confessé qu’il a appris de son erreur.

Pourtant le destin de cet étudiant devrait le mener dans les allées des facultés de sciences puisqu’il devait suivre les Maths Physiques Informatiques (MPI). Au lieu d’être l’objet d’articles d’une presse à mille lieues de chez nous, l’étudiant aurait pu faire les choux gras de nos médias dans un sens beaucoup plus positif. Mais le destin en a décidé autrement pour lui, et ce à travers un simple commentaire.

L’histoire d’Ousseynou en rappelle une autre. Un destin qui prend une tournure inattendue, laquelle naît d’un commentaire que l’on juge de mauvais goût car relatif à une affaire de mort. A la suite du meurtre de huit supporters de Ouakam à Demba Diop, Bara Fall sera convoqué pour une publication dans les réseaux sociaux sur une affaire qui ne le concerne même pas. Comble de malheur, le jeune lougatois sera arrêté par la sûreté urbaine à Louga puis envoyé en prison pendant de longs mois pour s’être réjoui de la mort des supporteurs de l’équipe de Mbour.

Si Bara Fall a eu plus de chance qu’Ousseynou Diop, c’est juste parce que l’affaire le concernant porte un sujet strictement « sénégalais » où l’adage veut que le linge sale se lave en famille. Pour Ousseynou, il ne s’agit pas d’une affaire de famille mais de communauté et tous les coupables, quels que soient leurs délits, sont punis par les Etats qui rêvent d’être en phase avec la communauté internationale. Sur la problématique du terrorisme, nos Etats ne transigent pas et tous les présumés coupables se valent ; qu’ils aient pour nom Ousseynou Diop ou Imam Alioune Ndao.

Aujourd’hui, des voix se lèvent pour faire entendre raison à l’Etat du Sénégal par rapport à la situation du jeune. Totalement dévasté par la longue détention et las d’en appeler à la clémence du président de la République, Ousseynou Diop n’a d’autres recours que la grève de la faim. Sa famille et ses amis de Thiès prévoient de descendre dans les rues pendant que des ONG telles Jamra sollicitent le pardon du chef de l’Etat.

Le sit-in programmé le dimanche 18 Novembre 2018 à la place de France en dit long sur le désespoir et la lassitude qui animent les amis du jeune homme qui menace d’entamer une grève de la faim. Vu la tournure des évènements, il n’y a qu’une alternative qui s’offre à l’Etat du Sénégal : le juger pour prouver sa culpabilité ou le libérer tout simplement comme on l’a fait avec les supporteurs de Ouakam tout récemment. Car tout compte fait, le malheureux Ousseynou a déjà appris de son « petit » commentaire.

Sunubuzz

(Source : Leral, 26 décembre 2018)

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