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Dessous de la vente de la licence de téléphonie à Sudatel : Comment des Arabes, Américains et de hauts responsables nationaux se sont enrichis

vendredi 30 avril 2010

Licences de télécommunications

La vente de la licence de téléphonie par l’Etat du Sénégal n’a pas livré tous ses secrets. L’hebdomadaire « La Gazette » qui a mené une enquête sur cette affaire, revient sur les transactions douteuses qui ont permis à Sudatel de s’accaparer de la licence de téléphonie au détriment de Celtel dont l’offre était jugée meilleure.

Dans un premier temps, les autorités avaient annoncé que la vente de la licence à Sudatel avait rapporté à l’Etat du Sénégal, la somme de 100 milliards de Fcfa, avant de revenir pour annoncer 80 milliards de Fcfa. Depuis, les observateurs n’avaient de cesse de se poser des questions sur la destination des 20 milliards de Fcfa qui constituent la différence. « La Gazette » révèle que cet argent a été versé à des lobbyistes qui se sont démenés pour que Sudatel obtienne la licence. Ces lobbyistes, ce sont des Arabes, des Américains et des responsables sénégalais hauts placés. L’enquête menée par « La Gazette » a permis de retrouver les traces de 20 milliards de Fcfa à Dubaï.

C’est donc, suite à un intense lobbying que Sudatel a réussi à obtenir sa licence de téléphonie au Sénégal. Lorsque l’Agence de régulation des télécommunications et postes (Artp) lançait l’appel d’offres pour l’octroi d’une nouvelle licence globale de télécommunications, cinq sociétés s’étaient manifestées. Il s’agissait de Bintel, Belgacom, Celtel, Comium, Africa et Sudatel. Plus tard, une lettre de l’Artp portant règlement de l’appel à la concurrence, en date du 11 août 2007, demandera à ces sociétés de lui faire parvenir leurs offres fermes au plus tard le 31 août 2007 à 12 heures précises. Seules Celtel, Sudatel et Bintel se conformeront à cette exigence.

Finalement, c’est à Sudatel qu’est revenue la licence. Pourtant, là où Sudatel a fait une offre de 200 millions de dollars, Celtel proposait 210 millions de dollars. Il y a aussi que Celtel présente une plus grande capacité financière, son capital 4,7 milliards de dollars est le triple de celui de la société soudanaise qui est de 750 millions de dollars. Celtel promettait de tripler ses investissements en injectant 6,906 milliards en cinq ans, là où Sudatel envisage de mettre 515 millions de dollars seulement, pour la même échéance.

Sur le plan des références et capacités techniques en matière des télécommunications, les Soudanais, au moment de la transaction, n’opéraient que chez eux et en Mauritanie, contrairement à Celtel présente dans 14 pays d’Afrique. Concernant le calendrier de couverture, Sudatel prévoit de mailler l’intégralité du territoire national à sa cinquième année, alors que Celtel s’engageait de le faire seulement en deux ans. Pourquoi donc, au vu de tout cela, la licence a été octroyée à Sudatel ?

C’est que dès que l’opération de vente de la licence avait été lancée, la compagnie soudanaise qui a acheté le dossier d’appel d’offres et fait une offre technique et financière, avait pris la précaution de s’entourer des conseils de lobbyistes arabes et américains associés dans le cadre d’un consortium pour obtenir la mise. Un lobbying intense sera mené va être mené auprès des autorités sénégalaises. Le groupe de lobbyistes arabes va travailler au corps les autorités sénégalaises pour faire obtenir à Sudatel, la licence de téléphonie mise en vente.

Trois personnes centrales dans ce groupe arabe, ont coordonné et animé les pourparlers qui ont abouti à l’achat de la licence par Sudatel. Ce sont : Hussein Abou Basseet, Hamsa Al Hassan et Abdel Aziz Osman. L’accord conclu entre Sudatel et ses lobbyistes prévoyait le paiement d’une commission de 10 millions de dollars (5 milliards de Fcfa) pour ces derniers. Montant que les responsables de Sudatel ont tardé à payer, et en opérant plus tard, ils distingueront dans la procédure de paiement la part des Arabes et celle des Américains.

Selon « La Gazette », une correspondance du cabinet de lobbyistes en question, datée du 5 décembre 2007, réclamant ses honoraires, confirme l’accord conclu. Le directeur de ce cabinet confie à un de ses collaborateurs, la tâche ‘’d’encaisser l’intégralité de la facture impayée pour les services offerts lors de la transaction concernant la licence octroyée à Sudatel par le Sénégal’’. Seulement, si cette facture pour ce qui concernent les experts américains, a été payée, il n’en est rien pour les Arabes qui ont fini par attraire Sudatel devant les juridictions en tentant d’installer dans la cause l’Etat du Sénégal.

La vente de la licence devait également permettre le paiement de 30 millions de dollars (15 milliards de Fcfa) à de hauts responsables sénégalais. La Gazette soutient avoir réussi à avoir copie d’un ordre de virement émis par la Abu Dabi Islamic Al Bank qui a effectué le paiement de ces commissions évaluées 110 100 000 dirhams vers la Al Salam Bank. Ce montant en dirhams, une fois converti sur la base de 3,56 représente les 30 milliards de dollars. Le virement est effectué au profit de la société Red Shea Holding, une compagnie off Shore installée à Dubaï appartenant à des Sénégalais et qui est d’ailleurs administrée par un de nos compatriotes. L’argent qui a été ainsi viré, a juste transité dans les comptes de la société Red Shea Holding pour être immédiatement transféré dans des comptes en Allemagne.

Tout un manque à gagner pour le contribuable sénégalais et qui a permis d’enrichir des étrangers et des nationaux. Un scandale d’autant plus que nos autorités actuelles ne manquent de dénoncer les conditions dans lesquelles la licence de téléphonie a été octroyée à Tigo du temps du régime socialiste.

(Source : Nettali, 20 avril 2010)

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