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Derrière l’affaire Global Voice : La Sonatel ne veut pas être une mangeoire

mercredi 11 août 2010

Affaire Global Voice

La Sonatel est l’une des dernières niches d’argent frais parmi les entreprises prospères où l’Etat dispose encore de parts dans le capital, fut-il minoritaire. Les télécommunications, entraînées par l’accroissement de la part des services dans l’économie, sont devenues une des locomotives de la création de richesses nationales. Aussi intéresse t-elles forcément l’Etat !

Pourquoi avec le gouvernement libéral actuel, beaucoup d’entreprises à participation publique majoritaire de l’Etat, éprouvent-elles tant de difficultés ? Il faut en effet s’interroger sur la nature des relations que le pouvoir entretient avec ces sociétés même si, ce n’est pas une nouveauté dans ce pays. D’ailleurs, les records battus dans ce domaine par le régime socialiste, sont encore frais dans les mémoires.

Dans ce paysage de désolation, la SONATEL fait figure d’exception. C’est la plus belle satisfaction économique et sénégalaise de ces vingt dernières années. Sa privatisation reste un cas d’école. L’ouverture de son capital à France Telecom, à des privés sénégalais, à des petits porteurs et, surtout, à ses travailleurs, l’ont mis sur les rails et lui imposé de respecter les règles de toute entreprise de grande envergure, dans un système libéral à outrance.

Dans la logique du réussir ou périr, la Sonatel est allée plus loin : elle a trouvé une sorte d’élixir de vie qui lui permet de voir venir, fruit d’un savant dosage entre ses activités au Sénégal et ses activités à l’international. La Sonatel n’est plus l’Office des Postes et Télécommunications (OPT). Grâce à de lourds investissements, elle s’est raccordée à deux câbles sous-marins transatlantiques qui l’ont aidé à se positionner durablement comme le hub sous-régional de référence en matière de télécommunications internationales.

Entreprise innovante, aidée, il est vrai par la position monopolistique qui lui avait été accordée, elle est au fil des ans, devenue un label côté en bourse. La Sonatel (qui comprend la maison-mère basée au Sénégal et des filiales implantées au Mali, en Guinée et en Guinée-Bissau) a réalisé en fin d’exercice 2009, un résultat net consolidé provisoire de 185 milliards de F CFA (104 milliards pour le Sénégal et 81 milliards pour les filiales). Elle est à ce titre, un très gros contributeur fiscal dans les pays où elle exerce ces activités et après chaque exercice, elle donne des dividendes substantiels à ses actionnaires, gros ou petits porteurs. Ainsi l’état du Sénégal a reçu en 2009, 125 milliards de la SONATEL (85 milliards au titres des impôts et taxes et 40 milliards au titre des dividendes).

Toujours selon les chiffres rendus publics par le géant de la rue Wagane Diouf et certifiés par les cabinets Garecgo (membre du réseau Eura-Audit) et Racine (membre d’Ernest&Young) en leur qualité de commissaires aux comptes, le niveau d’endettement du groupe est très bas, sa capacité d’autofinancement sur fonds propres, élevée.

Avec ses propres ressources SONATEL investit tous les ans des montants colossaux pour le développement des télécommunications au Sénégal (84 milliards en 2007, 79 milliards en 2008, 61 milliards en 2009. Elle est devenue une industrie... Sa logique capitalistique poussée à l’extrême, avec l’annonce de résultats nets jugés colossaux, a fini par lui donner l’image, comme le soutiennent ses détracteurs, d’un Etat dans l’Etat. La Sonatel est en réalité jugée puissante. Ses résultats nets publiés sont parfois qualifiés d’indécents. Les liquidités de l’entreprise attirent les convoitises dans un contexte de rareté de la ressource financière pour l’Etat.

Le festin était terminé

Le président Wade qui a coutume de dire qu’il n’a pas de pétrole, ni de diamant, encore moins d’uranium, ne peut être indifférent à cette manne financière que génère la Sonatel. A son arrivée au pouvoir, les grandes industries manufacturières étaient entre les mains de puissants intérêts étrangers. La Pêche ? Lui-même avait dénoncé le pillage des ressources halieutiques par ses prédécesseurs avec, en point d’orgue, l’affaire des « licences de pêche russes ». Ce n’est donc pas surprenant que le secteur des télécommunications soit un domaine à « contrôler ».

Pourtant, l’entreprise a versé à l’Etat du Sénégal 137 milliards en 2008. Arrivé au pouvoir, il a constaté que la privatisation de l’OPT, entamée depuis 1987, alors que le pays était sous la coupe réglée des institutions de Bretton-Woods, avait donné naissance à une belle aventure avec un opérateur stratégique et une expertise locale mise en valeur. C’était trop tard donc pour les libéraux en ce qui concerne la Sonatel

Tigo, label de Millicom, est alors mis sous les feux de la rampe car sa licence lui a été accordée sous le régime socialiste. Bradée par les socialistes, diront les libéraux. D’ailleurs, les tractations pour le renouvellement de la licence Tigo, ont fait grand bruit. Le ministre Karim Wade et le conseil Tics du chef de l’Etat, Thierno Ousmane Sy d’un côté ; le journal « Business Insider » et le journaliste américain Laurence Delavigne de l’autre sont ainsi en procès, les derniers accusant les premiers d’avoir voulu faire chanter les responsables de Millicom pour le renouvellement de leur licence, « obtenue à vil prix » sous le régime du président Diouf.

Grosso modo, dans le lourd dossier des télécommunications téléphoniques, surtout mobiles et des services annexes, le « festin » était terminé. D’où toute la mobilisation du chef de l’Etat pour accorder la troisième licence de téléphonie à Sudatel sous le label « Expresso ». Là aussi, les accusations volent. Un procès oppose actuellement le journaliste Abdou Latif Coulibaly au même Ousmane Sy, fils de l’actuel ministre de la Justice. Motif ? Le directeur de « La Gazette » accuse le conseiller du chef de l’Etat d’avoir touché des commissions, supposée condition aux soudanais pour venir s’installer au Sénégal.

Mais la Sonatel est une affaire trop juteuse pour être laissé

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