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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 1999 > Cybercafes à Dakar : voyager assis

Cybercafes à Dakar : voyager assis

mercredi 1er décembre 1999

Télécentres/Cybercentres

Métissacana : mardi 2 novembre 1999. Le soleil est au zénith à Dakar. La vingtaine d’ordinateurs sont occupés. Dans cette salle en forme de trapèze, le silence est perturbé par une musique douce que distillent des baffles invisibles. Sur les murs, des affiches informent sur les sites, les adresses e-mail gratuites. Un rayon contenant des ouvrages en informatique est près du comptoir de la réception. Le public, composé en majorité de jeunes, est métissé. Les yeux rivés sur l’écran de l’ordinateur, les internautes ne se dérangent que pour demander des informations où de l’aide à l’animateur de la salle. Mamadou Diop et Aminata Ndiaye, venus ensemble et occupant le même ordinateur, chuchotent entre eux.

Au fur et à mesure que les usagers épuisent leur temps de connexion, d’autres se présentent, munis d’un ticket payé à l’entrée. Ce ticket est présenté au responsable de la salle qui indique la machine à occuper.

Le cybercafé Métissacana, créé le 5 juillet 1996, est ouvert 24 heures sur 24. Et depuis que la politique des adresses gratuites a été instaurée, Mme Diop, responsable de la formation, assure qu’« il y a un rush du public ». Des étudiants aux hommes d’affaires, en passant par des touristes et de simples curieux, chacun essaie de trouver son compte dans le « réseau des réseaux ». « L’e-mailing est plus sollicité et les recherches viennent en seconde position. D’autres encore, notamment les jeunes, viennent pour se faire des correspondants », constate Mme Diop.

Abdou Sy, un jeune commerçant, la trentaine, bien concentré devant une machine, avoue chercher « des informations sur le prix des poissons en Europe. Je suis déjà dans le secteur des produits halieutiques et je voudrais m’investir aussi en Europe. On m’a conseillé de faire une étude sur la faisabilité de mon projet. J’avoue que je ne connais pas l’outil informatique mais pour le moment je suis satisfait de ce que je trouve sur les prix des poissons dans différents pays européens ». Samba Dieng, un jeune étudiant, se sert de l’internet pour se documenter en vue de préparer une thèse de troisième cycle en environnement. Il regrette :« dommage que nous soyons encore à la traîne pour ce qui est de l’internet. Il faut impérativement intégrer son apprentissage et celui de l’informatique dans l’enseignement général ».

Le public est chaque jour plus nombreux. Que ce soit dans les cybercafés où dans les télécentres connectés (cyberphones), le prix des tickets est harmonisé : l’heure de connexion revient à 1500 F CFA et la demi-heure à 1000 F. Au Métissacana, l’initiation se fait à 15 000 francs pendant 3 heures. « Nous ne faisons qu’expliquer à la clientèle comment naviguer et correspondre », soutient la responsable. Au cybercafé « Ice », situé en plein centre-ville, l’initiation se fait à 20 000 francs pour 4 heures (2 heures de théorie et 2 heures de pratique). Une jeune élève d’un collège privé explique son intérêt pour l’internet : « il permet de voyager alors qu’on est assis ».

Revoir les tarifs

« L’internet offre des opportunités à tout le monde. Nous avons au Sénégal un réseau de télécommunications adapté, et nous nous sommes mis à l’internet très tôt, si bien que les ressources humaines dont nous disposons sont capables de fabriquer des sites web », note Amadou Top, ingénieur-informaticien et directeur de l’Alliance Technologique Informatique (Ati), l’une des plus grandes boîtes en informatique au Sénégal. Depuis quelques temps, les cybercafés connaissent un boom à Dakar (Pyramide culturelle du Sénégal, Cybercafé-Ponty, Ice) sans compter les télécentres qui se sont mis à l’heure du net. Une dizaine de fournisseurs d’accès se répartissent le marché. L’internet est présenté comme un outil qui va permettre« aux Sénégalais d’apporter leur contribution dans la mondialisation qui est un phénomène collectif. L’Afrique a sa part à apporter dans cet édifice et aujourd’hui l’internet permet de le faire », argumente Michel Mavros, patron du Métissacana. Les cybercafés, qui sont des lieux dédiés à l’internet, permettent de satisfaire ce large éventail d’opportunités. De plus en plus, certains militent pour une banalisation de l’internet qui ne peut se faire sans la réduction du prix des communications téléphoniques. « Il faudrait que les foyers, établissements scolaires, petites et moyennes entreprises se connectent. Il est vrai que les frais de participation pour une connexion sont compris entre 20 000 et 25 000 francs Cfa et il faut payer un tarif mensuel qui peut atteindre 8 000 francs sans compter la communication téléphonique qui revient à 12 000 francs l’heure. Il faut donc revoir ces tarifs dissuasifs pour permettre au plus grand nombre d’en bénéficier », milite Amadou Top

D’ailleurs, pour M. Top qui prédit un développement rapide des cybercafés, il existe un potentiel qu’il faut exploiter avec les télécentres. Pour les 8 000 télécentres existants actuellement, M. Top préconise « de trouver les moyens pour y mettre un ordinateur, même de vieux pourront faire l’affaire surtout que l’internet n’est pas gourmand en ordinateur, et de former les gérants ». Pour une implication d’une proportion importante de la population composée de beaucoup d’analphabètes, certains suggèrent de trouver les moyens d’impliquer les langues nationales ou la vocalisation.

Aujourd’hui, ce sont Métissacana et Télécom-Plus (qui connectent beaucoup de télécentres) qui se partagent le marché. Deux autres fournisseurs d’accès (Arc Informatique et Cyber centre) sont également visibles mais ils ont moins une vocation de masse.

Pour sortir de l’« enclavement et de l’isolement », il faut rééditer la fête de l’internet qui s’est tenue les 19, 20 et 21 mars 1999 afin d’augmenter le nombre de cybercafés qui ne dépassent pas la dizaine.

Alassane Cissé, Correspondance Dakar

(Source : Africultures, 1er décembre 1999)

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