OSIRIS

Observatoire sur les systèmes d’information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal

Show navigation Hide navigation
  • OSIRIS
    • Objectifs
    • Partenaires
  • Ressources
    • Société de l’Information
    • Politique nationale
    • Législation et réglementation
    • Etudes et recherches
    • Points de vue
  • Articles de presse
  • Chiffres clés
    • Le Sénégal numérique
    • Principaux tarifs
    • Principaux indicateurs
  • Opportunités
    • Projets

Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2023 > Juin 2023 > Coupure d’Internet au Sénégal : « Suivre la voie de la censure numérique est (…)

Coupure d’Internet au Sénégal : « Suivre la voie de la censure numérique est préoccupant »

mercredi 7 juin 2023

Liberté d’expression/Censure de l’Internet

Pour les universitaires Valère Ndior et Martin Archimbaud, couper l’accès des citoyens aux réseaux sociaux est une tentative d’affaiblissement de la contestation.

Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci.

Pour plus d’informations, consultez nos conditions générales de vente.
Pour toute demande d’autorisation, contactez syndication@lemonde.fr.
En tant qu’abonné, vous pouvez offrir jusqu’à cinq articles par mois à l’un de vos proches grâce à la fonctionnalité « Offrir un article ».

Bloquer l’accès à Internet pour brider les mobilisations populaires. La formule est éprouvée et inspire des dizaines de gouvernements à travers le monde depuis près de deux décennies, y compris ceux qui n’étaient pas coutumiers de cette pratique.

La semaine dernière, au Sénégal, le gouvernement du président Macky Sall a décidé de couper l’accès de ses citoyens aux principaux réseaux sociaux. La décision a suscité les critiques de plusieurs gouvernements et organisations de la société civile. Cette mesure, détectée par l’organisation non gouvernementale NetBlocks le 1er juin 2023, a été mise en œuvre dans le contexte des manifestations et heurts de la population avec la police dans les rues de Dakar et d’autres villes.

Ousmane Sonko, le principal opposant politique de Macky Sall dans la perspective de la prochaine élection présidentielle, a été condamné à deux ans de prison de ferme pour « corruption de la jeunesse », suscitant la colère d’une partie de la population.

La suspension du réseau mobile et le blocage des réseaux sociaux ont été assumés par le ministre de l’intérieur, Antoine Diome, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue dans la nuit du 1er au 2 juin (et qui, de façon ironique, a été rediffusée sur le compte Twitter du ministère de l’intérieur). La décision a été justifiée deux jours plus tard dans un communiqué de presse laconique adressé aux médias sénégalais.

Empêcher les Sénégalais de communiquer

Selon le ministère de la communication, des télécommunications et de l’économie numérique, cette mesure radicale est prise « en raison de la diffusion de messages haineux et subversifs dans un contexte de trouble à l’ordre public dans certaines localités du territoire national ».
On comprend en réalité que l’objectif de la mesure est d’affaiblir la contestation. Les réseaux sociaux et applications de messagerie comme WhatsApp constituent des moyens de communication et de mobilisation privilégiés pour les Sénégalais. Bloquer l’accès à ces services revient à empêcher ces derniers de communiquer, entre eux et avec l’extérieur, y compris pour partager photos et vidéos des dérapages des forces de l’ordre.

Amnesty International a d’ailleurs dénoncé, dans un communiqué, des « restrictions au droit à la liberté d’expression et à l’information [qui] constituent des mesures arbitraires contraires au droit international ». De nombreux Sénégalais ont été contraints de recourir à des VPN et à des messageries alternatives comme Signal.

Ce n’est pas la première fois qu’un tel événement se produit au Sénégal, le gouvernement ayant déjà restreint l’accès aux réseaux sociaux dans des circonstances similaires. A la suite de l’arrestation d’Ousmane Sonko le 4 mars 2021, le pays avait été agité par d’importantes manifestations. En réponse, le gouvernement avait à l’époque bridé l’accès des Sénégalais à Facebook, YouTube, Telegram ou WhatsApp.

Deux blocages d’Internet en trois ans

Le Sénégal ne compte pourtant pas parmi les Etats les plus touchés par les blocages de cette nature. Seuls deux blocages d’Internet y sont répertoriés par l’ONG Access Now au cours des trois dernières années. En comparaison, l’Iran a restreint l’accès à Internet 18 fois durant la seule année 2022. Le gouvernement indien l’a quant à lui restreint pas moins de 84 fois sur la même période. Cette pratique, fréquente sur le continent africain mais présente dans de nombreux autres pays à travers le monde, a des conséquences dommageables tant sur les droits des individus que sur les droits et intérêts des opérateurs économiques.

La décision du gouvernement de suivre la voie de la censure numérique est préoccupante à plus d’un titre. Elle illustre une banalisation, à l’échelle internationale, des blocages et coupures d’Internet à des fins de contrôle du débat public. Par ailleurs, elle perpétue un phénomène endémique, considéré par plusieurs organes onusiens et juridictions internationales comme une violation du droit international des droits de l’homme.

En effet, bloquer l’accès des citoyens aux réseaux sociaux revient à les priver d’un canal de communication privilégié, notamment dans les pays où les réseaux mobiles constituent le principal procédé d’accès à Internet. Rappelons que l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques consacre le droit à la liberté d’expression en tant que droit comprenant « la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce ».

Il va de soi que les opérateurs de télécommunications jouent un rôle critique dans la mise en œuvre de telles restrictions. Le community manager du compte Twitter de l’entreprise Orange Sénégal a d’ailleurs été interpellé par de nombreux internautes. Il a systématiquement attribué la mesure à l’Etat dans chacune de ses (nombreuses) réponses. En l’occurrence, c’est bien à l’Etat qu’il appartient d’assurer la protection des droits de ses citoyens. Qu’il s’agisse de museler l’opposition ou de prévenir l’organisation de manifestations, le blocage d’Internet et des réseaux sociaux reste globalement l’apanage d’Etats peu respectueux des droits humains et des standards démocratiques.

Valère Ndior [1] et Martin Archimbaud [2]

(Source : Le Monde, 7 juin 2023)


[1] Valère Ndior est professeur de droit à l’université de Brest (Lab-LEX) et membre de l’Institut universitaire de France

[2] Martin Archimbaud est doctorant en droit à l’université de Brest, chargé de recherche (Lab-LEX)

Fil d'actu

  • Monnaies complémentaires et possibilités en Afrique : description et essai de mise en œuvre dans le domaine de l’agroécologie Burkina NTIC (30 juillet 2026)
  • Charte de membre Africollector Burkina NTIC (25 février 2026)
  • TIC ET AGRICULTURE AU BURKINA FASO Étude sur les pratiques et les usages Burkina NTIC (9 avril 2025)
  • Sortie de promotion DPP 2025 en Afrique de l’Ouest Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Nos étudiant-es DPP cuvée 2024 tous-tes diplomés-es de la Graduate Intitute de Genève Burkina NTIC (12 mars 2025)

Liens intéressants

  • NIC Sénégal
  • ISOC Sénégal
  • Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP)
  • Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT)
  • Commission de protection des données personnelles (CDP)
  • Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA)
  • Sénégal numérique (SENUM SA)

Navigation par mots clés

  • 4521/5412 Régulation des télécoms
  • 346/5412 Télécentres/Cybercentres
  • 3617/5412 Economie numérique
  • 1824/5412 Politique nationale
  • 5088/5412 Fintech
  • 648/5412 Noms de domaine
  • 2265/5412 Produits et services
  • 1504/5412 Faits divers/Contentieux
  • 809/5412 Nouveau site web
  • 5412/5412 Infrastructures
  • 1799/5412 TIC pour l’éducation
  • 189/5412 Recherche
  • 243/5412 Projet
  • 3425/5412 Cybersécurité/Cybercriminalité
  • 2039/5412 Sonatel/Orange
  • 1598/5412 Licences de télécommunications
  • 280/5412 Sudatel/Expresso
  • 1002/5412 Régulation des médias
  • 1463/5412 Applications
  • 1085/5412 Mouvements sociaux
  • 1622/5412 Données personnelles
  • 140/5412 Big Data/Données ouvertes
  • 594/5412 Mouvement consumériste
  • 371/5412 Médias
  • 646/5412 Appels internationaux entrants
  • 1613/5412 Formation
  • 94/5412 Logiciel libre
  • 2443/5412 Politiques africaines
  • 1077/5412 Fiscalité
  • 168/5412 Art et culture
  • 581/5412 Genre
  • 1768/5412 Point de vue
  • 1027/5412 Commerce électronique
  • 1557/5412 Manifestation
  • 320/5412 Presse en ligne
  • 125/5412 Piratage
  • 205/5412 Téléservices
  • 1145/5412 Biométrie/Identité numérique
  • 353/5412 Environnement/Santé
  • 338/5412 Législation/Réglementation
  • 357/5412 Gouvernance
  • 1762/5412 Portrait/Entretien
  • 144/5412 Radio
  • 802/5412 TIC pour la santé
  • 278/5412 Propriété intellectuelle
  • 58/5412 Langues/Localisation
  • 1122/5412 Médias/Réseaux sociaux
  • 2082/5412 Téléphonie
  • 193/5412 Désengagement de l’Etat
  • 1120/5412 Internet
  • 114/5412 Collectivités locales
  • 408/5412 Dédouanement électronique
  • 1271/5412 Usages et comportements
  • 1028/5412 Télévision/Radio numérique terrestre
  • 558/5412 Audiovisuel
  • 3585/5412 Transformation digitale
  • 383/5412 Affaire Global Voice
  • 161/5412 Géomatique/Géolocalisation
  • 323/5412 Service universel
  • 663/5412 Sentel/Tigo
  • 174/5412 Vie politique
  • 1978/5412 Distinction/Nomination
  • 34/5412 Handicapés
  • 698/5412 Enseignement à distance
  • 740/5412 Contenus numériques
  • 586/5412 Gestion de l’ARTP
  • 178/5412 Radios communautaires
  • 2067/5412 Qualité de service
  • 447/5412 Privatisation/Libéralisation
  • 132/5412 SMSI
  • 480/5412 Fracture numérique/Solidarité numérique
  • 2738/5412 Innovation/Entreprenariat
  • 1344/5412 Liberté d’expression/Censure de l’Internet
  • 46/5412 Internet des objets
  • 170/5412 Free Sénégal
  • 789/5412 Intelligence artificielle
  • 194/5412 Editorial
  • 51/5412 Gaming/Jeux vidéos
  • 24/5412 Yas

2026 OSIRIS
Plan du site - Archives (Batik)

Suivez-vous