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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2005 > Décembre > Conseil national de régulation de l’audiovisuel : Une volonté d’embrigadement ?

Conseil national de régulation de l’audiovisuel : Une volonté d’embrigadement ?

vendredi 30 décembre 2005

Régulation des médias

A la place du HCA, il y a désormais un organe chargé de faire la police avec une autorité renforcée, à en croire l’exposé des motifs de la présente loi. Toujours selon cet exposé des motifs, « tous les médiats audiovisuels entrent dans son champ de compétence, quel que soit leur statut juridique ».

Cette loi qui vient d’être votée par l’Assemblée nationale, promulguée par le président de la République, disposera, si l’on se réfère en son article 26, d’une panoplie de sanctions et mesures coercitives applicables à tout organe de l’audiovisuel jugé coupable par ce « tribunal » que constitue le Cnra. Elle énumère trois types de sanctions, en fonction de la gravité des griefs qui sont retenus contre les contrevenants. Ces sanctions vont de la suspension d’un à trois mois de tout ou partie des émissions à la sanction pécuniaire de deux à dix millions de F Cfa, en passant par la pénalité quotidienne de retard de cent mille F Cfa à cinq cent mille F Cfa en cas d’inexécution d’une décision du Conseil national de régulation.

Avec les attributions du CNRA, tout porte à croire que c’est comme une épée de Damoclès qui est suspendue au-dessus des stations radios du privé, même si certaines attributions, notamment dans l’article 7, ne pourraient pas manquer de viser l’audiovisuel du service public de l’information. Aujourd’hui, ce sont les émissions interactives diffusées par les stations privées qui sont dans le viseur du régime, par le biais du Cnra. En atteste une partie de l’exposé des motifs qui souligne que « le nouvel organe de régulation est chargé de veiller à ce que les stations de radios et de télévisions disposent, pour leur organisation, d’un équipement technique permettant d’éviter les dérapages jusque-là constatés et qui, pour l’essentiel, portent atteinte aux institutions ou à l’honneur et à la réputation des personnes ».

Même si des dérapages pour le moins malheureux sont constatés de temps à autre sur les ondes, il n’en demeure pas moins que ces émissions interactives constituent des tribunes pour le Sénégalais qui a son mot à dire sur la gestion de la cité. Avec les attributs du Cnra, ne risque-t-on pas d’étouffer le désir des citoyens de dire ce qu’ils pensent de ceux qui les gouvernent et de leur quotidien d’une manière générale ? Quand on sait que, de plus en plus, les espaces de liberté se rétrécissent comme peau de chagrin, la censure sur les émissions interactives ne pourrait en aucun cas rencontrer l’agrément des démocrates de ce pays. Et, les faits ont montré et continuent de montrer qu’il n’existe que deux voies : la libre antenne pour permettre aux citoyens de dire ce qu’ils pensent ou bien la révolte des sans voix.

Si l’actuel régime en est arrivé là, c’est peut-être parce que l’Etat de grâce est relégué aux calendes grecques. Où sont les fervents défenseurs du président Wade qui, à longueur de journée, n’arrêtaient pas de nous rabibocher du : « laisser le vieux travailler ». Peut-être que le vieux n’a pas travaillé ou il n’a pas bien travaillé pour toujours mériter la protection de ses boucliers d’antan.

S’il y a à craindre avec cet organe, c’est bien sûr le risque d’assister à la disparition forcée de la plupart des stations privées. Non parce qu’une de leurs émissions interactives est mise en cause, mais parce qu’elles n’ont pas les moyens pour s’équiper d’outils leur permettant de différer un peu les réactions des auditeurs.

Seulement, abordé sous l’angle du respect de l’accès équitable des partis politiques, des syndicats et des organisations de la société civile aux médiats audiovisuels, c’est la RTS qui risque de trinquer. Combien de fois, elle a été épinglée par le défunt Haut conseil de l’audiovisuel (HCA) ? Combien de fois, le HCA a attiré l’attention des responsables de la RTS et des autorités de l’Etat sur la part belle qui est réservée au couple présidentiel, et au PDS, le parti au pouvoir, au détriment des formations politiques de l’opposition ? N’est-ce pas une raison suffisante mais subjective pour le président Wade pour snober le HCA et ses responsables respectifs ? Madame Aminata Cissé Niang qui présidait aux destinées du HCA jusqu’à ce mercredi 21 décembre, n’a toujours pas trouvé preneur pour son rapport. Tout pour dire qu’on risque demain de se retrouver dans la même situation. Une équipe qui fait son travail, mais dont les conclusions et autres mesures prises ne sont jamais suivies d’application. De l’autre côté, une équipe à la solde du prince, prête à mâter de la presse libre et à chouchouter une presse partisane.

En tout cas, pour le responsable du Synpics, Alpha Sall, le caractère unilatéral de ce projet pourrait sans aucun doute être source de blocages, même s’il reconnaît que l’initiative d’une loi appartient aux autorités. Vu que la corporation n’a pas été consultée, M. Sall redoute que « l’application du contenu du projet de Cnra peut poser problème par le simple fait des hommes qui sont appelés à donner corps à cette structure ».

Mandiaye THIOBANE

(Source : Nouvel Horizon, 30 décembre 2005)

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